S'il fallait ne retenir qu'une comédie dramatique, ce serait bien celle-là. Deuxième long-métrage de Sofia Coppola, Lost in Translation raconte l'histoire de deux Américains paumés au Japon. Bob Harris, interprété par un Bill Murray génial dans un rôle qui lui sied à la perfection, rencontre Charlotte, incarnée par Scarlett Johansson dans un de ses premiers grands rôles. L'un ne sait plus que faire de sa carrière d'acteur qui l'éloigne constamment de sa famille (dont il ne sait plus trop quoi faire non plus d'ailleurs) et l'autre semble angoissée à l'idée de n'être que spectatrice de sa propre vie.
Ce film est un petit bijou de légèreté. Mais pas cette légèreté souvent péjorative, qui qualifie habituellement les films trop peu ambitieux ou trop peu cérébraux, non. Coppola atteint en fait une sorte d'osmose, de juste équilibre, entre la banalité du quotidien, forcément légère mais aussi l'une des meilleures révélatrices de vérité, et la profondeur du propos. Elle fait le pont entre deux rivages quasi systématiquement opposés du cinéma: la réflexion et le divertissement. Elle parvient à tirer le meilleur de ce genre si décrié qu'est la comédie en imprégnant son film d'un réalisme épatant. Tokyo, ça se voit qu'elle connaît. Elle a d'ailleurs passé plusieurs semaines dans la ville, et même dans l'hôtel, afin de peaufiner l'image qui serait rendue par le film.
Non, Coppola n'est pas qu'une fille à papa. Son esthétique du cadrage est impressionnante. Aucun plan n'est à jeter. C'est un de ces films qui laissent au spectateur une marque indélébile: des scènes, des scènes magnifiques qui résisteront au temps et à l'oubli. Je l'ai vu il y a plus de 3 semaines, et pourtant elles restent là, fières comme des déesses.
Et puis il y'a cette histoire tellement charmante et emphatique de deux êtres perdus dans la folie d'une mégapole. Deux êtres qui se retrouvent dans leur désespoir l'espace d'un regard, d'un sourire. Un amour d'amis, remplie de vérité et de sincérité. Une douceur feutrée, surtout quand on la regarde de dehors, dehors dans le chaos. Doucement suggérée, l'amour est là comme un bonbon sur le bout de la langue. En équilibre, certes, mais serein et paisible. Un funambule ça ne tombe pas.