Commençons par dire qu'il m'est quasiment impossible de critiquer It (oui ça me gonfle de faire le ç majuscule donc je vais dire le titre en anglais même si ça fait hipster) indépendamment du roman dont il est adapté puisqu'il s'agit de mon livre fétiche, un coup de cœur artistique comme j'en ai rarement voire presque jamais eu. Mais comme on est sur Allociné je vais tenter faire un effort. Vous voilà prévenus. Il s'agit donc de l'histoire d'un groupe d'amis vivant dans la petite ville fictive de Derry, dans le Maine, et qui, durant l'été 1960 (ou 1958 dans le bouquin, ça y est je commence), alors qu'ils ont une douzaine d'années, vont affronter une sorte d'entité maléfique relativement complexe qu'ils nommeront Ça (il y est ce ç finalement). Une trentaine d'années plus tard, en 1990 (1985 dans le livre, grrr), l'un d'entre eux les rappelle un par un : Ça est revenu. Le film est en deux parties durant lesquelles des parallèles sont faits entre les deux époques bien que la première partie se concentre un peu plus sur les enfants et la deuxième sur les adultes. En tant qu'adaptation il s'agit d'un choix de narration raisonnable et au final assez bon, même s'il navigue entre deux eaux. En effet la narration du livre, qui fait s'enchaîner les deux époques de façon régulière jusqu'à scinder les récits dans la partie finale, est totalement inadaptée au cinéma. D'un autre côté, le parti pris vers lequel semble se diriger la nouvelle adaptation d'It (prévue pour septembre 2017), consistant à faire un film sur chaque période, aurait fait perdre au récit une grande partie de sa force métaphorique et de ses sujets de fond (effets de miroir, retour nécessaire à l'enfance,...). Résultat, le principe de narration mitigé de cette première version a au moins le mérite d'être cohérent pour le spectateur tout en lui apportant une base de réflexion qui distingue le film de l'œuvre de genre usuelle.
Certains pourront peut-être regretter le découpage du film en « chapitres », chaque personnage se souvient de sa première rencontre avec Ça en 1960, puis la formation du groupe, puis l'affrontement, puis nouvelles rencontres avec Ça en 1990...mais tout le principe, et tout le sujet du film, est dans cette répétition et permet de lancer discrètement des thématiques originales et très complexes : en vrac on a la nature du Mal et son aspect cyclique, l'unité d'un groupe qui passe par la multiplication des expériences personnelles, le traumatisme et la douleur du souvenir, la passion amoureuse et amicale, l'acceptation de l'irrationnel... Le film se devant d'être limité en temps ces idées sont surtout embryonnaires et c'est au spectateur de les développer par lui-même, ce qui donne parfois un effet de trop plein. Quitte à ne pas pouvoir aborder pleinement toutes les thématiques de l'œuvre originale peut-être aurait-il été judicieux d'être sélectif et d'en laisser certaines de côté.
Venons-en à l'horreur à proprement parler. Le film a maintenant 26 ans mais il peut encore effrayer les âmes les plus sensibles et tout du moins mettre mal à l'aise dans certaines scènes. Celles où l'angoisse ne doit rien aux effets spéciaux donc. Parce que non seulement It date de 1990 mais en plus c'est un téléfilm, donc à petit budget, du coup certaines scènes confinent vraiment au ridicule (les squelettes dans la vase et la forme finale de Ça notamment). Mais dans l'absolu la peur se distille assez efficacement, sans doute grâce à l'interprétation. L'interprétation des enfants tout d'abord est assez juste et sobre, événement TRÈS rare pour une petite production de cette décennie, l'acteur de Bill par exemple est assez charismatique et crédible en leader bègue fragilisé par la mort de son petit frère. Aux antipodes de son équivalent adulte donc. Bon déjà quand on veut créer un personnage charismatique, ON.NE.LUI.MET.PAS.DE.CATOGAN. Mais en plus de ça il surjoue continuellement et c'est épuisant (et peut-être dû à la VF). Donc dommage pour la partie adulte, d'autant que les autres acteurs sont pas mauvais malgré des moustaches 80's à faire pâlir d'envie Tom Selleck et quelques sous-pulls du meilleur goût. Et surtout, surtout il y a Tim Curry dans le rôle de Grippe-Sou, le clown dont Ça prend le plus souvent l'apparence. Le film mérite d'être regardé juste pour lui, il est l'horreur incarné, son visage élastique élastique se tord dans les mimiques les plus atroces et la scène du bateau en papier est un summum du genre qui marque les esprits pour trèèèès longtemps. Enfin j'aimerais souligner un dernier problème relatif à la production et pour ça, j'en suis désolé, mais je vais devoir me référer au livre. Ça, le livre, constitue l'apogée du travail de Stephen King sur l'enfance/adolescence en cela qu'il théorise ouvertement ce qu'il avait abordé dans plusieurs autres livres (comme Shining par exemple) sur le pouvoir de l'enfance. Bien qu'il comporte une large partie où les personnages sont adultes, c'est un livre sur l'enfance et le lecteur y baigne toujours. Les adultes doivent retourner à leurs peurs enfantines ainsi qu'à leur ouverture d'esprit d'alors, sont confrontés à un milieu qu'ils n'ont pas revus depuis leur adolescence, l'enfance est le cœur du livre. Sauf qu'il s'agit d'un livre pour adultes. Étant donné que les maisons d'éditions sont beaucoup moins strictes que les maisons de production, surtout lorsqu'on leur remet un manuscrit d'un dénommé Stephen King, le livre est paru sans problème. Mais réaliser un film sur l'enfance à destination des adultes est un projet beaucoup trop ambigu pour un studio frileux, et ce malgré le succès du livre. Les producteurs ont donc cherché à mettre en valeur la partie adulte du récit et l'ont laissée pratiquement intacte, y rajoutant même une ou deux courtes scènes, tandis qu'ils pratiquaient de larges découpes dans la partie enfants. Le souci c'est que cette dernière équivaut environ à 2/3 du bouquin et est beaucoup plus riche que l'autre. Et pour cause, non seulement elle doit raconter la création du groupe d'amis mais également les découvertes sur Ça et sur la manière de l'affronter qui sont censés être des acquis dans la seconde partie du récit. Qui plus est elle se déroule sur une période de trois mois contre un jour et une nuit ( un épilogue) pour la phase adultes. Le film apparaît donc assez déséquilibré et gâché par cette décision de production. D'autant qu'elle permet d'occulter tous les points les plus subjectifs de l'histoire, notamment lorsqu'il y est question de sexualité chez ces enfants, point très important dans le livre et quasiment absent dans le film, bien que les réalisateurs aient eu l'intelligence de substituer à l'approche frontale de Stephen King une emphase très subtile et maîtrisée lors de la très métaphorique scène du lavabo ensanglanté.
En conclusion le film s'en sort assez honorablement malgré des contraintes évidentes de budget et de production. Il peut se regarder au choix comme une petite série B relativement intelligente ou comme un curieux objet filmique très représentatif de son temps.