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    Le temps qui reste
    Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Le temps qui reste" et de son tournage !

    Présenté à Un Certain regard

    Deux ans après la présentation en compétition de Swimming Pool, François Ozon est revenu sur la Croisette pour Le Temps qui reste, également en retenu en Sélection officielle, mais dans la section Un certain regard.

    Une trilogie sur le deuil

    Selon François Ozon, Le Temps qui reste peut être envisagé comme le deuxième volet d'une trilogie sur le deuil, entamée avec Sous le sable (2001). Portrait d'une femme (Charlotte Rampling) désemparée après la disparition de son mari (Bruno Cremer), ce film était, précise le réalisateur, un ""mélodrame sec" [qui pose] la question de comment vivre la mort de l'autre", tandis que "Le Temps qui reste pose celle de sa mort à soi". Ozon ajoute que le troisième volet de cette trilogie devrait raconter la mort d'un enfant.

    Regarde la mort

    Le cinéaste précise ses intentions : "Dans Sous le sable, la mort de l'autre apparaissait comme une chose à laquelle on ne peut pas croire ou ne veut pas croire. Dans Le Temps qui reste, la mort est une réalité, une certitude, je ne voulais pas qu'il y ait une ambiguité sur l'inéluctabilité de la maladie (...) Ce qui m'intéressait, c'était justement le trajet du corps de Romain qui va mourir et traverser plusieurs épreuves, passer par plusieurs stades : de la colère au déni... jusqu'à l'acceptation (...) je ne tenais pas à présenter un personnage qui fait des choses extraordinaires. Je voulais davantage montrer la réalité concrète de la situation : comment vit-on quand on sait que l'on va mourir ? Quelles sensations traverse-t-on, quelles décisions prend-on ? (...) L'enjeu n'est pas pour lui tant de se réconcilier avec les autres qu'avec lui-même. D'une manière générale, Romain se libère du rapport à l'autre (...) Comme Marie dans Sous le sable, il n'est pas un héros mais un être humain qui fait comme il peut face à une situation terrible."

    Poupaud, l'enfant à la caméra

    François Ozon s'explique sur le choix de Melvil Poupaud, comédien, mais aussi réalisateur, depuis son plus jeune âge, de courts métrages très personnels, sortis en dvd en 2005 : "J'ai toujours beaucoup aimé la présence un peu lointaine de Melvil dans les films, surtout dans Conte d'été. C'est l'unique héros masculin de la série des 4 saisons, et Eric Rohmer l'a filmé avec la même grâce et le même érotisme qu'il filme les jeunes filles. Je l'avais déjà rencontré en casting pour des films précédents, mais c'est quand il m'a envoyé une invitation pour la projection de ses courts métrages en vidéo, que j'ai eu une sorte de déclic. J'ai été très touché par ses films qui m'ont rappelé les films en super-8 que je faisais adolescent. Et j'ai aimé qu'il se filme depuis son enfance, qu'il ait ce lien presque naturel à la caméra. J'ai pensé que ce rapport artisanal au cinéma était quelque chose qui pouvait nous réunir. Et effectivement, il a compris et accepté très vite ma façon de faire des films." Notons qu'Ozon avait proposé au comédien de jouer dans Gouttes d'eau sur pierres brûlantes, mais l'acteur avait refusé le rôle, finalement tenu par Malik Zidi. Poupaud avait ensuite passé des essais pour 5x2, mais c'est Stéphane Freiss qui avait été retenu.

    Poupaud passe un cap

    Melvil Poupaud se souvient de sa réaction à la lecture du scénario : "J'étais très ému. Je me sentais très proche du personnage. J'ai compris tout de suite sa trajectoire, son rapport aux autres, à ses parents... Le besoin de complicité que Romain éprouve envers son père, moi-même je l'ai un peu vécu quand j'ai eu un enfant. La scène dans la voiture m'a par exemple tout de suite parlé quand je l'ai lue. Je me suis identifié à Romain, d'autant plus que depuis mon enfance je pense souvent à la mort, et j'ai toujours envisagé le rapport à celle-ci de façon très confidentielle, très privée." A propos de cette expérience de tournage très forte, il note : "J'ai très vite pense qu'affronter un rôle important dans un film important avec un metteur en scène important allait me faire passer un cap personnel. J'espérais qu'un aussi beau rôle arriverait un jour dans ma vie. Je l'ai eu, je l'ai fait et fort de cette expérience, peut-être que je me sens plus serein."

    1 homme

    L'auteur de 8 femmes n'avait jusqu'alors jamais réalisé de film centré uniquement sur un personnage masculin. A cet égard, Le Temps qui reste marque une nouvelle étape dans son parcours. "Les mélodrames avec des personnages masculins sont très rares, et il s'agit soit d'enfants soit de vieillards. L'émotion et l'intériorité du mélodrame sont portées le plus souvent par des femmes", fait remarquer François Ozon. "Pour ce film, ça m'intéressait d'essayer de faire un vrai mélodrame au masculin, d'essayer de faire pleurer en suivant le parcours intérieur d'un jeune homme, ce qui impliquait une érotisation du comédien. il était important que les gens tombent "amoureux" de Romain pour être en empathie et pour accepter son trajet. D'où le choix peut-être de retravailler avec Jeanne Lapoirie comme chef-opérateur. J'avais envie d'un regard féminin porté sur Melvil et d'une lumière qui mette en valeur sa beauté."

    La vieille qui marchait vers la mort

    Dans une scène du film, Romain rend visite à sa grand-mère, une femme qui, comme lui, vit ses derniers moments. Cette séquence représente, selon le cinéaste, "le coeur du film". Pour interpréter ce personnage-clé -même si sa présence à l'écran est brève-, François Ozon a fait appel à une légende du cinéma français, Jeanne Moreau. Ils s'étaient connus quelques années plus tôt grace à Jean-Claude Moireau, auteur d'une biographie de la comédienne, et photographe de plateau sur les films du cinéaste. "J'avais toujours rêvé de tourner avec Jeanne et c'est l'actrice française qui me manquait pour 8 femmes, même si elle était présente à travers le costume d'Emmanuelle Béart (référence au costume du Journal d'une femme de chambre de Buñuel (...) Ce fut une très belle rencontre et le lien de tendresse et de complicité qui s'est créé entre nous se reflète dans le film à travers la relation de Romain et de sa grand-mère." "J'espère que ce n'est pas le rôle d'une grand-mère..." a pourtant commencé par dire l'actrice lorsqu'elle s'est vu proposer un rôle dans Le Temps qui reste. Mais elle ajoute à présent : "le scénario avait très peu d'importance, parce que pour moi François est un être et un réalisateur exceptionnels -ce qui va ensemble (...) [Le film] est pour moi un aveu. Quand je l'ai vu, par moments apparaissait magiquement en surimpression le visage de François dans les plans très rapprochés de Melvil. C'est une prise de risques fantastique d'aller ainsi au plus près de son désir, d'exprimer de la façon la plus absolue son obsession."

    Une nouvelle aventure de Melvil et Marie

    L'un des rôles les plus marquants de Melvil Poupaud reste celui de Gaspard, l'amoureux indécis et mélomane de Conte d'été d'Eric Rohmer (1996). Dans Le Temps qui reste, sa mère est interprétée par une des actrices-fétiches de l'auteur des Comédies et proverbes : Marie Rivière. Apparue dans sept de ses longs métrages, elle a notamment trouvé trois beaux rôles dans La Femme de l'aviateur (1981), Le Rayon vert (1986) et Conte d'automne (1998). Par ailleurs, lorsque Romain décide de partir en vacances, il se rend sur une plage des environs de Saint-Brieuc, soit à quelques kilomètres de Dinard, là où était située l'action de Conte d'été. Grand admirateur d'Eric Rohmer (dont il fut l'élève à l'Université), François Ozon avait confié, lors de la sortie de 5x2 que le cinéaste avait été une de ses sources d'inspiration pour la scène de la rencontre.

    "Je voulais que ce soit une mort sûre"

    A l'occasion d'un entretien accordé à Allociné, le cinéaste expliquait pourquoi il a décidé que son personnage serait atteint par un cancer, et non, par exemple, par le sida : "Le fait de ne pas choisir le sida, c'était d'une part casser le cliché homosexualité/sida/mort. D'autre part, je ne voulais pas du tout faire un film sur la maladie. J'ai complètement coupé toutes les scènes de médecins, de médicaments, cela ne me semblait pas intéressant. J'avais envie d'avoir un personnage confronté à la mort de façon presque philosophique. Et le sida, aujourd'hui, on peut vivre avec. C'est une maladie très très grave, dont on meurt encore, mais on ne vous dit jamais : "Vous en avez pour trois mois.". Je ne voulais pas de cette ambiguité, je voulais que ce soit une mort sûre. J'ai vu pas mal de cancérologues, qui m'ont dit : "S'il a un cancer disséminé, avec impossibilité de déceler la tumeur primitive, et s'il a 30 ans, dites-vous qu'il est mort dans les 3 mois". En fait, ils ont décidé pour moi de la maladie... En plus, tout le monde est touché par le cancer. Alors que le sida a encore cette image... Des gens auraient pu dire : " S'il n'avait baisé avec n'importe qui... " Là, on ne peut pas le dire. Il y a l'idée, peut-être fausse, d'une égalité des gens face aux cancer."

    Instants immortalisés

    La mort et la photographie étaient déjà les thèmes centraux d'un court-métrage réalisé en 1994 par François Ozon : La Petite mort. A ce propos, le cinéaste, interrogé par Allociné, précisait : "La photographie jouait un rôle plus important dans La petite mort : c'était une arme pour le personnage, sa manière à lui de s'exprimer, car il était un peu autiste. Cette fois, ce qui m'intéressait, c'est que la photographie change de statut entre le début et la fin du film. Au début, c'est juste un travail, Romain fait de la photo de mode de façon très superficielle. Après il refait des photos avec un petit appareil, mais là, tout d'un coup, le geste est différent. Ce qui importe, ce n'est pas tant le résultat que le geste. Il n'empêche que Romain a besoin d'avoir un appareil photo pour voir ce qui se passe autour de lui, et c'est peut-être là un des problèmes du personnage. Par ailleurs, dans Le Temps qui reste, je n'avais pas besoin de montrer les photos à l'écran, le spectateur pouvait très bien les imaginer, ou même projeter des images à lui."

    Petits arrangements avec la mort

    A propos de la solitude du personnage, François Ozon déclarait à Allociné : "Il choisit la solitude. Pour moi, c'était important que ce soit un personnage qui ait besoin de se réconcilier avec lui-même, parce que sa souffrance est plus sur lui-même que par rapport aux autres. Melvil Poupaud dit que c'est un peu comme les animaux : quand ils savent qu'ils vont mourir ils vont se cacher dans un coin, ils n'ont pas envie qu'on retrouve leur corps... Et puis c'est un personnage qui a besoin d'être avec lui-même, avec son enfance. Il n'a pas envie d'infliger ça aux autres. Il préfère fuir. Cette fuite est à double tranchant. On peut se dire que c'est une forme d'élégance que de vouloir se cacher, en même temps ça va créer certainement une culpabilité. Il essaie de s'arranger comme il peut, ce n'est pas un héros, c'est pour ça qu'il est touchant, il est humain. Il règle les choses à sa manière : au lieu de dire à son petit copain ce qui lui arrive, il préfère rompre avec lui, et créer une séparation qui prépare la vraie séparation entre la vie et la mort."

    2 X Valeria

    Héroïne du précédent film d'Ozon, 5x2, aux côtés de Stéphane Freiss, Valeria Bruni-Tedeschi joue le rôle d'une serveuse libre et généreuse dans Le Temps qui reste, un personnage qui -selon le cinéaste- a rappelé à la comédienne celui de Shirley MacLaine dans Comme un torrent. Ajoutons que Valeria Bruni-Tedeschi et Melvil Poupaud avaient déjà été partenaires dans Les Gens normaux n'ont rien d'exceptionnel, le film de Laurence Ferreira Barbosa qui avait révélé la comédienne en 1993. Ils se retrouvaient dix ans plus tard sur le plateau des Sentiments de Noémie Lvovsky.

    Un physique de Romain

    Pour rendre compte de l'évolution physique du personnage, François Ozon a demandé à Melvil Poupaud de se muscler. Aidé par un coach, le comédien a fait de la gym pendant trois mois. Puis, pendant le tournage, il a subi un régime draconien, ce qui a produit des effets évidemment sur son physique (la perte de poids), mais aussi sur son moral (un état fébrile), et sur ses rapports avec le reste de l'équipe (il devait manger seul). Toutes ces conséquences lui ont permis de se sentir encore plus proche du personnage de Romain.

    Le gras et le sec

    Le réalisateur revient sur le long travail de montage : "La première version du scénario était assez brute et épurée, mais elle faisait peur à mes producteurs et je me suis rendu compte que pour convaincre les financiers, il fallait étoffer davantage le scénario. J'ai donc développé certaines scènes et certains personnages puis j'ai filmé ce scénario étoffé. Mais je me rends compte aujourd'hui que le film auquel je suis arrivé ressemble à cette première version de scénario. Le travail au montage a consisté à se débarrasser de ce que j'avais filmé "en plus", à faire le deuil de ce qui détournait l'attention et donnait moins de force au trajet du personnage. Au fur et à mesure, j'ai compris que plus on était focalisé sur Romain, plus le film se tenait et moins on avait besoin de choses annexes (...) Je pense tout simplement que mon luxe aujourd'hui est de pouvoir filmer "gras" pour pouvoir monter "sec"."

    5 femmes

    François Ozon s'est entouré de collaboratrices avec qui il avait déjà travaillé à plusieurs reprises. Il retrouve ainsi la chef-opératrice Jeanne Lapoirie pour la quatrième fois (depuis Gouttes d'eau sur pierres brûlantes), la monteuse Monica Coleman pour la troisième fois consécutive, la costumière Pascaline Chavanne (sa complice sur tous ses films depuis Les Amants criminels en 1999), la directrice de casting Antoinette Boulat (qui a participé à tous ses films, depuis Gouttes d'eau sur pierres brûlantes), et la costumière Katia Wyszkop, à qui le cinéaste avait déjà fait appel pour 5x2. Ajoutons que Le Temps qui reste a été financé, comme toute l'oeuvre d'Ozon, par la société qui avait été fondée pour produire les premiers courts métrages du réalisateur au début des années 90 : Fidélité Productions...

    Osons le Scope

    Pour la première fois, François Ozon a fait le choix du Cinémascope. Il s'explique : "Ca peut paraître étrange d'avoir utilisé le Scope pour un sujet aussi intime mais c'est le cadre idéal pour filmer l'horizon, la position allongée, la mort. Ca m'a obligé à cadrer différemment, à raconter autrement. Souvent en Scope, il faut être très serré, ou bien très large. Les plans américains fonctionnent peu. Et puis on a très peu de profondeur de champs. J'ai découvert en jouant sur des changements de point que l'on pouvait créer des intensités dramatiques auxquelles je ne m'attendais pas. Comme dans la scène du parc avec la soeur au téléphone."

    Plus la même chanson

    Fait assez rare pour être signalé : on n'entend pas de chansons dans Le Temps qui reste, contrairement à la plupart des précédents films de François Ozon. Interrogé à ce sujet par Allociné, le cinéaste expliquait : "A un moment, j'ai demandé à Melvil Poupaud de me faire écouter des albums de rock. J'avais envie de quelque chose d'un peu ardu, et masculin, alors que les chansons dans mes films sont souvent plutôt féminines. Mais j'ai trouvé qu'on tombait très vite dans le cliché." Dans la bande-annonce, cependant, on entend le morceau Perfect day de Lou Reed.
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