Nick La Main Chaude !
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4.5 - Excellent
Bunuel, le héros du mouvement surréaliste des années 1920, a déjà 77 ans quand il réalise ce long-métrage. Interrompant le tournage au bout de quelques jours parce qu'il était insatisfait de la prestation de Maria Schneider dans le rôle de la danseuse Conchita, il engage finalement deux actrices pour se relayer et incarner ce personnage. Voilà un choix payant: que deux actrices se partagent le même rôle est un phénomène unique qui a donné lieu à diverses interprétations: une personne a toujours plusieurs facettes, argumentait-on; Mathieu (interprété par Fernando Rey) est vraiment amoureux de deux femmes, ou Conchita incarne tout simplement la Femme dans sa dualité. Le vieux maître, lui, balayait d'un revers de la main ces belles constructions philosophiques, disant qu'il n'avait simplement rien trouvé de mieux et que cette décision n'était qu'un pis-aller. De manière surréaliste, Bunuel refuse en effet la justification consciente et rationnelle de processus inconscients, parle de hasard ou d'illuminations dont il ne saisirait pas le sens lui-même parce qu'il n'y a rien à comprendre. Le plus curieux, en fait, est que le scpectateur oublie très vite que deux actrices se partagent le rôle, alors que Molina et Bouquet ne se ressemblent vraiment pas. Cette superposition de deux personnes différentes est facilitée par l'aspect du film. En effet, Bunuel, l'iconoclaste fervent d'images, le catholique athée, réussit avec son style sobre et sévère à nous faire accepter les évènements les plus bizarres, qui finissent par sembler plausibles: c'est ainsi qu'un piège à souris se referme avec un claquement sec au cours d'une conférence sérieuse qui se déroule dans un bureau distingué; une voiture explose à l'arrière—plan. Les personnages semblent trouver qu'il s'agit de la chose la plus normale du monde, ce qui fait que le spectateur n'est pas seulement appelé à s'interroger sur l'ordre établi et notre accoutumance à celui-ci, mais qu'il fait lui-même l'expérience de la rapidité avec laquelle nous devenons insensibles à ce qui semble absurde, qu'il s'agisse des attentats terroristes jamais expliqués perpétrés par le « Groupe armé révolutionnaire de l'Enfant Jésus », ou du double rôle de la belle Conchita.
En somme, « Cet Obscur objet du désir » fait partie de ces films incontournables qu'on se doit de voir une fois dans sa vie.
Ajoutée le 12 févr. 2012 à 20h34
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