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    Scorn : un hommage à H.R. Giger visuellement époustouflant mais très imparfait
    Olivier Pallaruelo
    Olivier Pallaruelo
    -Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
    Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

    Annoncé depuis des années, "Scorn" est sorti le 14 octobre. Développé par Ebb Software, il s'agit sans doute du plus bel hommage visuel jamais réalisé à l'immense artiste H.R. Giger. Mais amoindri par des mécaniques de jeu assez crispantes...

    Ebb Software

    C'est peu dire que le jeu Scorn, développé par un studio serbe du nom de Ebb Software, revient de très, très loin. Annoncé en 2014 par un trailer montrant des images pré-alpha du jeu, il échoua à atteindre ses objectifs dans une campagne de financement participatif sur Kickstarter.

    Une seconde campagne, lancée en 2017, réunira quelques 190.000 €. Après de nombreux reports, et l'abandon en 2019 d'un format épisodique en deux parties, qui pouvait se justifier pour des raisons de coût, Scorn est annoncé en mai 2020 pour accompagner le line up de la console X Box Series de Microsoft. En décembre 2021, le titre est finalement annoncé pour octobre de l'année suivante. Depuis le 14 octobre, le jeu est enfin disponible, et nous avons posé nos mains dessus.

    En voici la bande-annonce...

    L'immense artiste que fut H.R. Giger a laissé une trace indélébile au cinéma, pour avoir été le concepteur de la créature de la saga Alien, et irrigué de son influence bon nombre d'oeuvres. Le père de la biomécanique a bien entendu influencé le monde des jeux vidéo, en dehors de la franchise Alien.

    Dans les shoot'em up (R-Type !!!) et Beat'em Up, notamment. Mais aussi, et de manière beaucoup plus directe, dans deux jeux absolument formidables : Darkseed 1 & 2, respectivement sortis en 1992 et 1995. De type Point'n Click, ces jeux avaient bénéficié de la collaboration directe de Giger, qui avait fourni les environnements visuels.

    Un sublime hommage au maître

    Si l'on prend la peine de développer cet aspect, c'est aussi pour souligner que, in fine, les jeux directement inspirés par Giger ne sont finalement pas si nombreux. Raison de plus pour saluer comme il se doit Scorn. Une déclaration d'amour manifeste et inconditionnel au génial créateur oscarisé qui nous a quitté en 2014.

    Car disons-le sans détour. Cette plongée cauchemardesque dans cet univers organique, un bio labyrinthe tortueux, abandonné, viscéral et sensoriel, est très certainement le plus bel hommage jamais rendu à l'imaginaire du maître. Traversant des environnements où l'on est plus d'une fois frappé par le gigantisme, tout suinte le sang, les viscères, la désolation, la biomécanique et la mort, dans un spectacle visuel aussi hypnotique que fascinant. Et anxiogène au possible.

    Pour faire bonne mesure, on rajoutera également une autre influence fondamentale. Celle du peintre polonais Zdzisław Beksiński. Un artiste qui mettait souvent en scène dans ses toiles des paysages ravagés, des corps suppliciés, des images de la mort, de la décomposition et de la dégradation. Une source d'influence majeure au passage pour le chef-d'oeuvre Elden Ring sorti en début d'année.

    Ebb Software

    Comme son modèle référentiel, le jeu est en fait hybride. C'est avant tout un puzzle game diégétique, mâtiné d'un zeste de survival horror, et assaisonné d'une pincée de FPS. Très light pour cet aspect, et, malheureusement, pas du tout le meilleur...

    Ce qui est appréciable, c'est ce refus par le studio de prendre le joueur par la main. Aucun élément d'information à l'écran, pas de HUD. A vous de découvrir comment fonctionne les objets de votre inventaire. Il faut bien observer les environnements, et trouver comment interagissent les mécanismes de ce monde mystique autrefois habité par une civilisation occulte.

    Le spectacle de chair meurtrie n'est pas que visuel; il est aussi l'une des composantes de gameplay du jeu : votre personnage se voit greffé sur sa main un système qui permet de déverrouiller les mécanismes des portes ou de leviers. En fait, la direction artistique est tellement forte qu'elle est capable de porter à elle seule toute la narration du jeu. Car oui, bien entendu, Scorn a une histoire à raconter. Et pas inintéressante.

    Ca n'est quand même pas Doom

    Etrange idée, et sans doute malheureuse aussi, que d'avoir introduit une composante FPS dans le jeu, qui n'aurait pas du tout démérité à se borner à rester un puzzle game horrifique. Ou alors à louvoyer pour adopter l'approche géniale d'un titre comme Amnesia : The Dark Descent, sorti en 2010.

    Un sommet de survival horror, dans lequel le joueur fuyait justement les combats, étant beaucoup trop vulnérable. Et souffrait en prime de nyctophobie. De là justement une utilisation absolument démoniaque de la pénombre.

    Ebb Software

    Dans Scorn, les combats sont crispants au possible. Si cet élément accentue la pression sur le joueur, et lui fait comprendre qu'il est dans un environnement hostile, il n'avait certainement pas besoin de cela. Plutôt souffrir mille morts dans des pièges et mécanismes retors que d'affronter les créatures rampantes (et pas que) rencontrées. Une authentique plaie à tuer.

    La faute à une espèce de shotgun à la portée très limitée, très lent, et très imprécis, à moins d'être quasi à bout portant. Il faut même s'y reprendre à plusieurs fois pour éliminer une petite créature qu'on croyait à peu près gérable. Jusqu'à ce qu'elle balance des crachats d'acide faisant bien mal et évités très difficilement.

    Ebbe Software

    Si on peut les contourner, ce n'est pas toujours possible, notamment lorsqu'elle se trouvent dans un couloir étroit que vous devez de toute façon emprunter et donc vider, avec un chargeur ultra limité... Petite douceur supplémentaire : certains ennemis apparaissent par grappes de trois. Nous n'avons rien contre la difficulté dans un jeu, bien au contraire. Mais le sadisme a quand même ses limites.

    Si vous êtes capable de faire abstraction de cet aspect vraiment très crispant du jeu (en tout cas pour nous), Scorn est un jeu à découvrir, surtout pour les fans de H.R. Giger qui n'ont pas grand chose à se mettre sous la dent. Mais une direction artistique aussi impressionnante qu'elle soit, et des énigmes parfois bien ficelées, ne suffisent hélas pas à remporter notre adhésion pleine et entière.

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