La Pampa au cinéma : voici pourquoi ce film sur l'adolescence pourrait vous troubler
Thomas Desroches
Thomas Desroches
-Journaliste
Les yeux rivés sur l’écran et la tête dans les magazines, Thomas Desroches se nourrit de films en tout genre dès son plus jeune âge. Il aime le cinéma transgressif, queer, horrifique et les documentaires engagés.

Coécrit et réalisé par Antoine Chevrollier, "La Pampa" suit une amitié masculine bouleversée par un secret dans l'univers du motocross. Rencontre avec le cinéaste.

D'abord présenté à la Semaine de la Critique à Cannes, La Pampa a depuis fait le tour des festivals, récoltant de nombreux prix. Ce film, le premier coécrit et réalisé par Antoine Chevrollier - aux commandes des séries Le Bureau des légendes et Oussekine -, entre en résonnance avec notre époque et ses questionnements.

L'histoire suit l'amitié de deux jeunes hommes, Willy (Sayyid El Alami) et Jojo (Amaury Foucher), qui partagent la même passion : le motocross. Leur relation est mise à mal lorsque le secret d'un des deux est découvert.

Masculinité, stéréotypes, homophobie... La Pampa est à l'image des préoccupations de son réalisateur, qui offre au passage un rôle bien différent à Artus. Rencontre.

La Pampa
La Pampa
Sortie : 5 février 2025 | 1h 43min
De Antoine Chevrollier
Avec Sayyid El Alami, Amaury Foucher, Damien Bonnard
Presse
4,0
Spectateurs
4,1
louer ou acheter

AlloCiné : On sent que La Pampa parle de quelque chose que vous connaissez : son village, ses habitants, leurs préoccupations…

Antoine Chevrollier : Il s'avère que je viens du village où le film a été tourné, à Longué-Jumelles. C’est au fin fond de l'Anjou et c’est là où je suis né, j'ai grandi et ma famille y vit encore.

Il y avait ce terrain qui s'appelait La Pampa et qui est toujours là. C’était le monde du motocross et cela m’avait toujours fasciné quand j’étais petit. Ce n'était pas tant la pratique que l'univers qui m’intéressait.

Ce n’est que plus tard que j’ai commencé à déconstruire tout ça. J’observais les comportements hyper virilistes et masculins de tous ces hommes. C’était à la fois une pure fascination mais aussi une vraie source de peur. J'avais envie d'en faire partie, mais j'avais le sentiment que je n'avais pas les capacités pour pouvoir intégrer ce monde.

Le film échappe à certains écueils des drames queer. Le personnage joué par Sayyid El Alami est notamment très intéressant dans sa manière d’approcher la sexualité de son ami, joué par Amaury Foucher.

Je souhaitais surprendre. C'est ce que j’avais en tête dès l'écriture et que j'ai essayé de poursuivre avec tous les différents collaborateurs artistiques dans la fabrication du film. On raconte une histoire qui a déjà été dite, montrée et lue, mais on contourne certains pièges pour basculer du côté où on ne s’attend pas.

Il fallait jouer avec ces codes pour mieux les détourner. Pour ça, je me mets du côté du spectateur.

On pense que le combat contre l’homophobie n’est plus nécessaire mais il y a des gamins et des gamines qui en meurent encore.

La Pampa s’empare, entre autres, du sujet de l’homophobie. Un problème présent absolument partout mais ici, vous choisissez comme décor un petit village.

Cette homophobie rurale, c’est réel. Elle est réelle et elle tue. C'était quelque chose qu'il était important de montrer. De la même manière que pour Oussekine, j'avais le sentiment qu'il fallait ressentir pour pouvoir comprendre. Le cinéma permet ça.

Cette violence, je l’ai constatée. La construction du père est très égocentrée. Il est extrêmement violent par la parole, par son attitude. Avec Damien Bonnard, on a énormément répété. C’était un rôle très difficile pour lui car il est à l’opposé de tout ça.

Aujourd’hui, on dit que la nouvelle génération approche différemment les questions d’orientation sexuelle, de genre, d’identité… Qu’en pensez-vous ?

Il s'avère que ma nièce était encore au lycée quand j’ai commencé à écrire. Elle me racontait des choses. J'avais en tête ce que traversait la génération contemporaine. Je ne crois pas que les choses changent tant que ça.

Il y a une évolution, c'est certain, mais c'est tellement compliqué pour toutes ces jeunes filles et ces jeunes hommes qui vivent dans les campagnes. Et je pense que les réseaux sociaux n’arrangent rien.

À mon époque, tout était plus sournois. Il fallait partir et c’est ce que j’ai fait. Aujourd'hui, j'ai le sentiment que cette violence est la même. On pense que le combat contre l’homophobie n’est plus nécessaire mais il y a des gamins et des gamines qui en meurent encore.

Amaury Foucher dans AGAT FILMS
Amaury Foucher dans "La Pampa" d'Antoine Chevrollier.

Est-ce difficile de trouver un casting pour un film comme celui-ci ?

Non, ça a été. Ça s'est passé de façon assez classique une fois qu'on a eu Sayyid El Alami. Mais pour moi, c'était important que ce soit un acteur queer qui joue le rôle de Jojo. J'y tenais.

On a assez de représentations fallacieuses autour du monde queer pour que quand il y ait des rôles de trans ou d'homosexuels ou de lesbiennes, ils soient réellement joués par des personnes qui s’identifient comme tels.

On ressentait beaucoup de rage dans votre série Oussekine. C’est également le cas ici.

Oui, j’ai beaucoup de rage en moi et c'est une rage qui n'est liée qu'à une violence que moi et mes amis subissons. Elle ne vient pas de nulle part. Il y a des violences et des rages condamnables, d’autres qui sont acceptées. J'estime que quand elle est sourde, elle n'est pas condamnée. Celle qui est condamnée, c'est quand il y a une réaction en face.

La violence des réseaux sociaux qui harcèlent toute la communauté LGBTQI+, elle est sourde. Et quand la réponse est forte en face, c’est là que l’on est comdamné. C'est pas normal. Donc oui, j'ai une rage et j'espère la garder le plus longtemps possible pour essayer de montrer à quel point on est là, on est forts et on ne va pas se laisser faire.

Propos recueillis par Thomas Desroches, à Cannes, le 20 mai 2024.

La Pampa d'Antoine Chevrollier, à découvrir au cinéma.

FBwhatsapp facebook Tweet