Ce film méconnu et controversé fit scandale il y a 56 ans et il ressort aujourd'hui au cinéma !
Thomas Desroches
Thomas Desroches
-Journaliste
Les yeux rivés sur l’écran et la tête dans les magazines, Thomas Desroches se nourrit de films en tout genre dès son plus jeune âge. Il aime le cinéma transgressif, queer, horrifique et les documentaires engagés.

L'œuvre de Pier Paolo Pasolini ne meurt pas et continue de provoquer bon nombre de débats. En témoigne la ressortie de son film "Porcherie", pas l'un des plus connus de la carrière de l'auteur mais sans aucun doute l'un des plus sulfureux.

Personne ne scandalisait les milieux conservateurs comme Pier Paolo Pasolini. Ce fut le cas en 1968 avec la sortie de son film Théorème qui lui vaut un procès en Italie pour "obscénité" et de nouveau, sept ans plus tard, avec le non moins connu Salò ou les 120 Journées de Sodome, fable scatophile et perverse sur l'horreur du nazisme.

Porcherie
Porcherie
Sortie : 10 octobre 1969 | 1h 38min
De Pier Paolo Pasolini
Avec Jean-Pierre Léaud, Anne Wiazemsky, Pierre Clémenti
Spectateurs
3,1
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Entre ces deux classiques siège Porcherie. Bien que présenté à la Mostra de Venise en 1969, le long métrage n'a pas acquis la même renommée que les deux autres titres cités. Pas de panique, il sort en salle 56 ans après sa sortie dans une version restaurée.

Porcherie n'a rien de classique. Le film suit deux histoires parallèles et étrangères l'une à l'autre. Dans la première, un homme (Pierre Clémenti), seul dans un désert volcanique, s'adonne au meurtre et à l'anthropophagie pour pallier la faim. Dans le seconde, le fils (Jean-Pierre Léaud) d'un riche industriel nazi refuse de se marier avec une jeune femme, lui préférant... les porcs.

Malavida Films

Zoophilie, cannibalisme, fable politique et anticonformiste... Pasolini savait de nouveau provoquer le public pour mieux exorciser ses démons et pointer du doigt la société. Néanmoins, Porcherie ne fait pas l'objet d'un procès comme le film sorti avant lui. Cette œuvre fait office d'énigme et cumule les obscurités. C'est aux spectateurs que revient la tâche d'interpréter les thèmes.

"Un film pessimiste"

Au lendemain de la première à Venise en 1969, Le Monde rapporte les paroles du réalisateur en ces termes :

"On peut dire, plus précisément, que ces œuvres [Théorème et Porcherie, ndlr] se situent dans une période allant de 1965 à 1968, que j'y ai songé avant le mouvement des étudiants, à un moment de désespoir existentiel, à un moment où il y avait une crise du marxisme et, succédant à la mort de Jean XXIII, une régression de l'Église en Italie. Porcherie, c'est vrai, est un film pessimiste mais il est né dans ce climat qui m'a d'autant plus touché que j'étais moi-même "biographiquement" malheureux."

Porcherie est bien moins graphique et violent qu'un Salò. Il n'en reste pas moins que le film continue d'interroger, passionner et déranger les spectateurs. Trois bonnes raisons de le (re)découvrir en salle, donc.

Porcherie de Pier Paolo Pasolini, à découvrir au cinéma

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