Après Nèg Maron (2005), Rose et le Soldat (2014) et Le Gang des Antillais (2016), Jean-Claude Barny revient à la réalisation avec Fanon, un biopic consacré au psychiatre et révolutionnaire martiniquais Frantz Fanon. Alexandre Bouyer tient le rôle-titre et est entouré de Déborah François, Stanislas Merhar, Arthur Dupont, Mehdi Senoussi, Olivier Gourmet, Salem Kali et Salomé Partouche.
Le film s'ouvre en 1953, lorsque Frantz Fanon, psychiatre français originaire de la Martinique, est nommé chef de service à l’hôpital psychiatrique de Blida, en Algérie. Ses méthodes innovantes contrastent radicalement avec celles de ses collègues, dans un contexte colonial marqué par de profondes tensions. C'est au cœur de la guerre d’Algérie que le film dresse le portrait d'un homme livrant un combat acharné au nom de l'humanité.
Qui était Frantz Fanon ?
Figure majeure des mouvements de décolonisation, Frantz Fanon, psychiatre, militant et penseur incontournable, a laissé une empreinte indélébile dans la lutte contre le racisme et les injustices systémiques. Son parcours continue d'inspirer de nombreux combats contemporains.
En 1953, il prend la tête du service psychiatrique de l’hôpital de Blida, introduisant des approches humanistes et sociales en rupture avec les traitements brutaux alors en vigueur. Mais il se heurte vite à la réalité de la guerre d'Algérie : les traumatismes des patients algériens et la torture perpétrée par l'armée française le conduisent à une prise de conscience radicale.
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Résolument engagé, Fanon rejoint le Front de Libération Nationale (FLN), abandonne son poste et devient diplomate du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA). Son engagement se traduit également dans ses écrits : "L’An V de la révolution algérienne" (1959) et surtout "Les Damnés de la Terre" (1961), préfacé par Jean-Paul Sartre, où il explore les conséquences psychologiques du colonialisme et appelle à la révolte des peuples opprimés.
Atteint d’une leucémie, Frantz Fanon meurt en 1961 à Washington, à l’âge de 36 ans, un an avant l’indépendance de l’Algérie qu’il a tant défendue. "Je crois que je ne verrai jamais l'indépendance", dit-il d'ailleurs dans le film. Son corps est rapatrié en Algérie et inhumé selon ses volontés.
Pourquoi un film sur Fanon aujourd’hui ?
Jean-Claude Barny découvre l’œuvre de Frantz Fanon à 15 ans. Le futur réalisateur grandit à Argenteuil dans le Val d'Oise. Il est bercé par des séries populaires comme Les Mystères de l'Ouest ou Bonanza, mais ressent un manque. Il explique dans le dossier de presse : "J’étais vite frustré par l’écart entre les récits qu’on me proposait et la réalité que je vivais. Il me manquait des outils pour comprendre le monde.
Cette culture populaire ne me suffisait plus pour me construire. Elle m’enfermait dans une fausse réalité. Tous mes amis avaient une histoire à raconter, qu’elle soit maghrébine, italienne ou juive. Moi, en tant qu'Antillais, notre identité semblait effacée dans les années soixante-dix."
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Il se plonge alors dans la littérature militante et découvre "Peau noire, masques blancs" de Fanon, c'est un électrochoc : "Cette lecture m'a fait comprendre que je ne pouvais pas construire ma dignité avec ce qui m'était proposé à l’époque."
Faire un film sur Fanon dans le contexte actuel s'est imposé comme une évidence pour le cinéaste: "Par une sorte de prémonition, je sentais l’Histoire se répéter et je voyais mon histoire de Guadeloupéen se répéter avec les Maghrébins de France. Lorsque j’ai réalisé Nèg Maron, je voulais arrêter les caricatures et préjugés racistes à l’encontre des Antillais.
J’ai toujours su que j’allais un jour faire un film sur Frantz Fanon, où et comment, je ne savais pas encore. C’est lorsque j’ai senti le vent tourner ici, que j’ai compris que le film devait se faire en Algérie, là où le colonialisme a été le plus barbare et destructeur.
J’espère avoir réussi à montrer de façon quasi pédagogique les rapports que les Français entretenaient avec leurs anciennes colonies. Et pour comprendre ce qui se joue actuellement en France, je devais aller à la source."
Fanon est à découvrir au cinéma dès ce mercredi 2 avril.