Un duo d’acteurs passionnant
Réalisé par Christopher Andrews, Le Clan des Bêtes raconte l’histoire de Michael, un berger irlandais entraîné dans un conflit violent avec une ferme voisine après l’attaque de ses moutons par des inconnus. Ce drame rural glisse peu à peu vers une véritable course-poursuite, où les protagonistes se retrouvent alors happés dans une spirale de violence en pleine nature.
Ce thriller intense repose sur l’interprétation de deux acteurs remarquables : Christopher Abbott (It Comes At Night, Pauvres Créatures) campe un Michael imperturbable avec une justesse saisissante, tandis que Barry Keoghan (Dunkerque, Saltburn), oscarisé pour son rôle dans Les Banshees d’Inisherin, incarne Jack, un jeune homme perturbé et énigmatique. Ensemble, ils instaurent une tension presque palpable qui donne au film une profondeur à la fois réaliste et complexe.
Patrick Redmond
Mettre à mal la masculinité toxique
“Les tensions familiales du film font écho à mon propre vécu, car j’ai moi-même évolué entre une famille catholique et une famille protestante quand j’étais petit, mais il souligne aussi le poids des figures patriarcales”, explique Christopher Andrews, qui livre ici un récit profondément personnel.
Dans un cadre rural largement dominé par les hommes, le cinéaste interroge les modèles de virilité à travers des personnages brutaux et agressifs, dont la violence cache une immense tristesse. Cette masculinité toxique puise directement dans les souvenirs d’enfance du réalisateur et l’environnement dans lequel il a grandi.
Patrick Redmond
“Il y avait une question que je souhaitais soulever dans le film : que faut-il faire pour déclencher une guerre, puis pour y mettre un terme ?”, poursuit-il. “Il suffit parfois d’un événement banal et dérisoire pour démarrer une guerre, mais y mettre fin exige de l’humilité et de l’empathie – et ce n’est pas si simple. Pour ceux qui exercent le pouvoir, il est presque inimaginable d’assumer leurs erreurs et de demander pardon. En d’autres termes, de se sacrifier et de mettre de côté leur virilité dans l’intérêt de tous.” Le Clan des Bêtes dresse ainsi un portrait sensible de la condition humaine et livre une critique acide de la masculinité et de ses excès.
Un cadre plus vrai que nature
Afin de rendre hommage à son personnage, l'acteur américain Christopher Abbott s’est longuement exercé à la pratique de la langue gaélique, une démarche qui souligne aussi l’importance de préserver le patrimoine linguistique irlandais pour mieux ancrer le film dans la région.
Patrick Redmond
Initialement imaginée dans le comté de Cumbria en Angleterre, l’intrigue a finalement été transposée en Irlande, le cinéaste ayant été séduit par ses paysages uniques et sa culture. Les décors naturels, entre vallons et reliefs aux multiples nuances de vert, confèrent au film une dimension presque mythologique, comme une parabole géographique hors du temps.
Dans ces contrées sauvages où seuls les bergers semblent s’aventurer, la nature humaine se révèle à l’état brut : le cadre qu’offrent ces terres indomptées devient alors le miroir de ces personnages dont les instincts primitifs ressurgissent, lorsque les frontières entre l’homme et la bête s’amenuisent.
Troublant de réalisme, Le Clan des Bêtes est un thriller aussi sombre qu’inquiétant, à découvrir en salle dès maintenant.