A une époque où l'Intelligence Artificielle occupe une place centrale dans les débats, Giulio Caligari, l'un des créateurs et scénaristes de la série Validé, dévoile aujourd'hui son premier long-métrage : Un monde merveilleux, une comédie de science-fiction portée par Blanche Gardin.
Ce film se déroule dans un futur un peu trop proche, où les humains dépendent de plus en plus des robots. Max, une ancienne professeure réfractaire à la technologie, vit avec sa fille grâce à des petites combines. Elle a un plan : kidnapper un robot dernier cri pour le revendre en pièces détachées. Mais tout dérape. Accompagnée de ce robot qui l'exaspère, elle s'engage dans une course poursuite pour retrouver sa fille et prouver qu’il reste un peu d’humanité dans ce monde devenu trop technologique.
Un film né d'une vidéo du MIT
L'idée de ce film est née lorsque Giulio Caligari a découvert sur Internet une vidéo d’un robot développé par le MIT qui bugge et envoie valser tous les objets autour de lui. "Ça me rappelait les bugs de la machine à manger des ouvriers dans Les Temps modernes de Chaplin. Il y avait soudain quelque chose de très humain dans ce robot qui ne fonctionnait pas, et de profondément burlesque dans la confrontation humain/machine.
TS Productions - Marianne Productions - 2025
J’y ai tout de suite vu un personnage comique fascinant. Le robot est par essence rationnel, premier degré, optimiste, social. J’ai très vite voulu lui opposer un personnage humain, Max : désabusé, cynique, ironique. J'avais besoin de cette opposition, inspirée des comédies de Francis Veber. Ce qui me fait le plus rire chez un clown qui rate, comme Pierre Richard, ce n’est pas sa maladresse, mais le regard blasé que lui porte Gérard Depardieu. Max est un personnage que j’admire, car elle va au bout de ses idées et assume de vivre hors du système."
Un buddy-movie avec un robot
Caligari ajoute : "Pour ce premier long-métrage, j’aimais aussi l’idée de travailler avec les codes du buddy movie, ces scénarios des années 90, avec, en son centre, une héroïne qui accepte de quitter son appartement pour partir sur les routes… et ne plus y revenir."
Au départ réfractaire aux robots, Max n’aura finalement d’autre choix que de faire équipe avec T-O, un vieux robot déréglé qui, peu à peu, va apprendre d’elle. Un apprentissage qui fait écho au récent film d'animation des studios DreamWorks Le Robot sauvage dans lequel Roz devient plus humaine à travers ses interactions avec le monde qui l'entoure.
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Giulio Caligari propose ainsi une réflexion originale sur l’intelligence artificielle. Plutôt que de céder à la vision anxiogène ou dystopique classique, le réalisateur choisit de traiter la présence des robots dans nos vies avec humour et humanité, en s’appuyant sur le comique de situation, de geste et de langage. Le robot T-O, bien qu’encore une machine au comportement programmé et souvent absurde, devient progressivement un miroir des émotions humaines et des contradictions de notre époque.
Inspiré des conversation absurdes avec les IA conversationnelles
Concernant la création de T-O, Caligari explique : "J’ai d’abord pensé T-O (Théo) formellement, comme une machine à gags. Sa gestuelle unique, sa démarche répétitive, avec une fidélité presque canine, ses réflexes mécaniques, sa gravité propre, la possibilité du bug, sa désarticulation, ses dislocations, ouvrent autant de portes de comique de gestes. Je me suis inspiré de ce que j’avais appris, en stage, sur la pratique du clown et du masque. Ensuite, j’ai commencé à travailler son « caractère », un comique de mots, en m’inspirant de conversations absurdes que j’ai pu avoir avec différentes I.A. conversationnelles."
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Pour incarner Max, le cinéaste a immédiatement pensé à Blanche Gardin, dont le phrasé direct et les répliques cinglantes correspondaient parfaitement au personnage. "Je me disais en écrivant ce scénario que ce serait le rêve pour moi qu’elle accepte ce rôle. Cette comédienne possède un ADN propre et une personnalité tellement forte qu'elle en devient un genre en elle-même : « une comédie avec Blanche Gardin ».
Lorsqu’elle arrive à l’image, elle véhicule avec elle toute une iconographie. Ses spectacles et son humour constituaient une richesse énorme pour jouer Max, un bagage inconscient. Elle s’est engagée sur ce premier long-métrage et cela m’a beaucoup touché et porté. Au-delà de son travail d’actrice, elle a naturellement apporté son savoir-faire d’autrice, et c’était stimulant de retravailler le texte avec elle."
Avec Un Monde Merveilleux, Giulio Caligari met en lumière comment l'optimisme artificiel des machines peut révéler, par contraste, notre cynisme. À travers la relation improbable entre une femme désabusée et un robot fidèle, il interroge notre dépendance aux nouvelles technologies (imaginez perdre votre smartphone!) et la place qu’elles prennent dans nos vies, jusqu’à empiéter sur notre libre arbitre.
Le long-métrage est à voir actuellement en salles.