Lorsqu'un réalisateur de la trempe de Michael Mann se met à table et accepte volontiers de discuter des oeuvres qu'il aime, on se tait et on écoute religieusement. Le cinéaste a en effet été sollicité par le site Letterboxd (via la chaîne Youtube James Whale Bake Sale) pour livrer ses coups de coeur cinématographique; et l'un de ses choix s'est arrêté sur un film surpuissant signé par une grande réalisatrice : Démineurs de Kathryn Bigelow.
L'histoire ? Elle se déroule en pleine guerre d'Irak, à Bagdad. Le sergent-chef James, spécialiste du déminage en zone de combat, prend la tête d’une unité d’hommes ultra-entraînés au désamorçage d’explosifs. Mais ses méthodes surprennent deux de ses soldats, lorsqu’il les précipite dans un jeu mortel de guerilla urbaine, sans se soucier de leur sécurité.
James se comporte comme si la mort ne lui faisait pas peur. La ville plonge dans le chaos. Ses subordonnés tentent de raisonner James, grisé par le danger. Sa vraie nature se révèle alors, et ses hommes en seront marqués à jamais…
Un travail incisif et brillant
Dans son récit, Mann met logiquement en évidence la formidable performance de Jeremy Renner, et explore l'aspect psychologique du personnage principal, qui développe une dépendance à l'adrénaline des situations de combat, la comparant même à l'expérience des photographes de guerre.
"La performance de [Jeremy] Renner est brillante. Le film prend ces événements externes dynamiques, la guerre, et nous emmène dans un voyage intime de quelqu'un qui fait un travail extraordinairement dangereux, et qui devient progressivement plus dangereux alors que sa mission est sur le point de se terminer. Un travail qui le pousse et le pousse encore. [...] De retour à la vie civile, il ne peut pas le supporter et s'engage alors pour une autre période de service.
SND
C'est une dépendance à l'adrénaline, j'ai presque envie de dire la pathologie d'un événement cyclique. J'ai observé que ce phénomène est courant. On retrouve également cette dépendance chez les photographes de guerre, qui sont dépendants de l'adrénaline et de l'évasion, même s'ils s'exposent à des risques.
Un de mes amis était photographe de guerre. En quoi est-ce un échappatoire, une évasion ? Je pourrais comprendre qu'il s'agisse d'un engagement. [...] C'est une façon d'échapper aux factures de la vie quotidienne, parce que vous vous évadez dans des situations extrêmes de vie ou de mort. [...] Mais quoi qu'il en soit, je pense que son travail est tellement incisif et brillant et qu'elle est vraiment une formidable réalisatrice".
Un grand film multi primé... mais un terrible flop au box office
Démineurs a reçu lors de la 82e cérémonie des Oscars en 2010 pas moins de six statuettes : meilleur film, meilleure réalisatrice, meilleur son, meilleur montage sonore, meilleur montage, meilleur scénario original; contre trois pour l'autre sérieux challenger, Avatar.
Ces récompenses ont marqué deux faits historiques : Kathryn Bigelow est devenue la première femme à recevoir l'Oscar de la meilleure réalisatrice. Un moment de joie forcément intense pour la cinéaste, qui sera d'ailleurs cette même année retenue par le Time comme l'une des 100 personnalités les plus influentes du monde.
Dans une cruelle injustice, parmi la longue liste des films lauréats de l'Oscar du meilleur film, Démineurs fut le plus gros flop au box-office de l'histoire de la cérémonie, avec seulement 17 millions de dollars de recettes (soit 150 fois moins qu'Avatar) sur le sol américain. Avec ses six Oscars, Démineurs fut pourtant le film le plus acclamé et couronné de l'année 2010 avec ses 75 prix internationaux. Ca fait mal...