“Je ne peux pas arrêter quand je le commence, même si je l'ai vu un milliard de fois” : ce chef-d'oeuvre sorti il y a 44 ans est l’un des films fétiches du réalisateur de Nosferatu
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Il est toujours intéressant de lire ou écouter les talents du cinéma évoquer leurs films fétiches, et pourquoi. Démonstration avec Robert Eggers, qui voue un amour inconditionnel à un chef-d'oeuvre absolu indépassable.

Cela fait à peine dix ans que le réalisateur Robert Eggers s'est révélé au (grand) public. Il faut dire qu'il avait frappé très fort dès son tout premier long métrage avec The Witch, en 2015. Une oeuvre distillant une atmosphère aussi oppressante que glaciale et empoisonnée, comme un mauvais rêve. Tracant depuis son sillon, il a dernièrement livré une nouvelle version de Nosferatu, largement sous perfusion du chef-d'oeuvre séminal livré il y a plus de 100 ans par F.W. Murnau.

Toujours enthousiaste pour parler de ses goûts et influences en matière de cinéma, il avait été sondé en ce sens en décembre 2024 dans le vidéoclub de Konbini. Mais aussi par le site Letterboxd (via la chaîne Youtube James Whale Bake Sale). L'occasion de découvrir que l'un de ses films fétiches n'est autre qu'Elephant Man, le chef-d'oeuvre absolu du bien regretté David Lynch, qui nous a quittés en janvier dernier à 78 ans.

"C'est le film qui me touche le plus"

"C'est un film que je ne peux pas arrêter quand je le commence, même si je l'ai vu un milliard de fois ! Je veux dire, c'est un chef-d'oeuvre, pur et simple. Cette époque victorienne, l'oeuvre la plus accessible de David Lynch... John Hurt qui y livre une composition incroyable et déchirante. [...] Je regarde ce film probablement une fois par an. C'est le meilleur travail de Freddie Francis en tant que chef opérateur, mais aussi peut être son meilleur éclairage.

J'étudie religieusement le travail de Freddie Francis, même dans certains des mauvais films d'horreur de la Hammer et de la Amicus, [...] il a de si bons instincts [de metteur en scène] que c'est souvent la façon la plus élégante de capturer la scène. [...] On peut parler d'un million de choses concernant Elephant Man, de son travail sur le design sonore, la performance incroyable d'Anthony Hopkins... [...] Elephant Man fait partie de mon terrain de jeu imaginaire, c'est le film qui me touche le plus".

StudioCanal

On ne contredira certainement pas Robert Eggers. Dans la galaxie des oeuvres de David Lynch, Elephant Man est sans nul doute celle qui reste la plus accessible de son auteur. Elle fut d'ailleurs cruellement et scandaleusement oubliée des Oscars en 1981, d'où elle repartira les mains vides malgré ses huit nominations dont celle du Meilleur acteur pour un inoubliable John Hurt, passé à la postérité sous les traits du personnage.

Sans manichéisme, d'une grande honnêteté envers son sujet et son public, Lynch tisse au travers d'une admirable photographie en noir et blanc le récit de la beauté transfigurant la laideur. Un film profondément humaniste, qui offre plus d'une fois aux spectateurs des ascenseurs émotionnels d'une puissance dévastatrice.

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