Lorsque les Dents de la mer de Steven Spielberg est sorti sur les écrans, il a non seulement changé à jamais le visage du box office, mais son influence a été telle que le film a logiquement drainé dans son sillage toutes une série de films centrés sur des animaux tueurs. Dans ce registre, le solide (Orca par exemple, devenu un petit classique du genre) a côtoyé le nettement moins bon, voire franchement mauvais. Toujours est-il que ce sous genre a toujours été sporadiquement alimenté au fil des années.
Sorti en 1997, L'ombre et la proie, réalisé par Stephen Hopkins, s'inscrit pleinement dans cette veine. Il ne fut pourtant pas exactement un triomphe au box office : produit pour 55 millions de dollars, il n'en a rapporté qu'un peu plus de 76 millions de dollars au compteur.
Sorti il y a 35 ans et injustement méconnu, cet exceptionnel film d’aventure mérite une sérieuse réévaluationDans les filmographies respectives du regretté Val Kilmer et Michael Douglas, il reste aussi largement oublié. Et mérite pourtant la découverte, ce qui relève presque d'une gageure désormais. Hormis un antique DVD édité il y a 24 ans (et encore, à condition de le trouver...), le film n'est visible sur aucune plateforme de streaming. Pas même sur Paramount +, le studio pourtant derrière le film. Le constat, finalement simple, est triste : L'ombre et la proie est devenu invisible depuis 25 ans.
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Deux lions mangeurs d'homme
Le film est basé sur une histoire glaçante et surtout parfaitement authentique : une histoire de deux lions mangeurs d'homme.
En 1898, l'ingénieur britannique John Henry Patterson (Val Kilmer) quitte Londres pour l'Afrique. Patterson est chargé par Beaumont, patron d'une compagnie de chemin de fer, de la construction d'un pont ferroviaire qui enjambera la rivière Tsavo, entre Mombasa et le lac Victoria. Il ne dispose que de cinq mois pour l'achever et ainsi damer le pion à l'Allemagne et à la France qui veulent aussi s'étendre sur le continent.
À peine arrivé, Patterson gagne le respect de ses ouvriers en tuant un lion mangeur d'hommes d'une seule balle. Mais une nuit, le contremaître Mahina est tiré hors de sa tente avant d'être retrouvé dévoré. Le lendemain, un autre corps est retrouvé à l'opposé du camp. Puis deux lions pénètrent dans le chantier en plein jour et tuent un autre ouvrier ainsi que le superviseur, Angus Starling.
Commence alors une longue série d'attaques : les deux lions féroces et insaisissables, baptisés "Fantôme" et "Ténèbres" (The Ghost and the Darkness) selon une vieille légende africaine, vont massacrer plus d'une cinquantaine d'hommes. Terrorisés, les ouvriers abandonnent bientôt le chantier. Avec l'aide du célèbre chasseur Remington (Michael Douglas), et de ses guerriers Masaï, Patterson va alors traquer les fauves pour pouvoir mener sa mission à bien…
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Un croisement entre Lawrence d'Arabie et Les dents de la mer
Cette histoire incroyable sera racontée par le lieutenant-colonel John Henry Patterson lui-même, dans son livre Les Mangeurs d'homme de Tsavo, publié en 1907. C'est en 1984, lors d'un voyage en Afrique, que le scénariste du film, William Goldman, a entendu parler de cette histoire. En 1989, il présente au studio Paramount son script, en le présentant comme un croisement entre Lawrence d'Arabie et les Dents de la mer.
Son script prend évidemment des libertés avec le récit initial, notamment en introduisant le personnage du chasseur américain incarné par Michael Douglas. Si le film a pu se faire, c'est en grande partie grâce à lui d'ailleurs.
Le projet a en effet longtemps patiné avant d'être remis sur les rails, notamment à cause de la valses des réalisateurs et acteurs envisagés pour le film. Paramount a ainsi caressé un (bref) temps l'idée de confier le film à Brian de Palma, Michael Mann ou même Kenneth Branagh. Le rôle de Remington fut proposé à Anthony Hopkins et Sean Connery, qui le refusèrent. Coproducteur du film, Michael Douglas finira par imposer Stephen Hopkins à la réalisation.
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Tourné dans les splendides paysages d'Afrique du Sud, à une époque où les CGI n'avaient pas massivement envahi les écrans (les lions du film sont bien réels !), L'ombre et la proie n'est évidemment pas sans défauts, à commencer par la caractérisation de ses personnages, qui manquent singulièrement de profondeur. Mais le spectacle offert vaut largement le détour, et reste d'une efficacité assez redoutable vu son sujet.
En attendant, on lance un petit appel de détresse : si un éditeur était assez charitable pour sortir le film en Blu-ray, qu'il en soit d'avance remercié.