"J'ai un instinct pour ces rôles" : c'est l'un des plus grands méchants de l'Histoire du cinéma, et il nous hante depuis 35 ans
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Immense comédien n'ayant, depuis longtemps, plus rien à prouver, Anthony Hopkins livrait en 1991 une extraordinaire composition sous les traits d'Hannibal Lecter, dans "Le Silence des agneaux". Un sommet indépassable.

Repéré en 1965 par l'acteur shakespearien par excellence, le grand Laurence Olivier, qui le prend sous son aile, Anthony Hopkins fera ses gammes au sein du prestigieux Royal National Theatre.

Dans ses mémoires, Confessions of an Actor, Laurence Olivier écrivait à son propos : "un nouveau jeune acteur venu dans la compagnie promis à un brillant avenir du nom d'Anthony Hopkins étudiait sous mon autorité, et s'en alla avec le rôle d'Edouard [NDR : Edouard III, de la pièce du même nom signée Shakespeare] comme un chat avec une souris entre les dents".

On ne saurait écrire plus bel hommage pour celui qui deviendra effectivement un immense comédien. Si Hollywood aime par-dessus tout formater ses talents en les faisant rentrer dans les stéréotypes, Hopkins tire sa force précisément en ne rentrant dans aucun moule.

Ventriloque fou chez Richard Attenborough dans le trop méconnu Magic, il se distingue encore plus dans son fabuleux rôle du médecin Frederick Treves dans Elephant Man de David Lynch, avec qui il entretiendra pourtant des relations exécrables sur le tournage.

"Je joue bien les monstres, je les comprends"

Sa terrifiante incarnation du tueur cannibale Hannibal Lecter dans le Silence des agneaux est considérée à juste titre comme une des plus grandes compositions jamais faites d'un méchant à l'écran. Sa performance oscarisée fut d'ailleurs classée, en 2003, première du Top 100 dressé par l'American Film Institute dans son palmarès des plus grands méchants de l'Histoire du cinéma, qui n'est pourtant présent que 16 min à l'écran.

Pour mieux se glisser dans la peau de son personnage, qui a d'ailleurs réellement glacé le sang de Jodie Foster, Hopkins improvisa et laissa libre court à ses idées, comme par exemple celle de ne jamais cligner des yeux et avoir le regard toujours fixe, la manière de se tenir lors de la première rencontre avec l'agent Clarice Starling, derrière la vitre.

Orion Pictures

"Comment jouez-vous Hannibal Lecter ? Et bien effrayez les gens en ne bougeant pas ! [...] Je joue bien les monstres. Je les comprends. Je comprends les hommes fous" glissera-t-il non sans malice plus tard.

"Je ne voulais pas jouer sur le côté maléfique. Jouer la folie d'un fou, c'est ridicule. Donc j'ai choisi de jouer son côté super sain d'esprit. La partie hautement civilisée du cerveau d'Hannibal. Ses aspects maléfiques sont là aussi, mais c'est aux spectateurs de juger".

Son secret, c'est donc précisément de détourner ou déjouer les attentes du public. "Si vous incarnez un méchant, jouez son opposé" disait-il dans un entretien accordé à Business Insider en mars dernier. "Toujours choisir le côté opposé. "Si vous jouez quelqu'un de vraiment méchant, jouez-le de manière très agréable".

"J'ai un instinct pour ces rôles"

L'acteur sait ce qu'il doit à ce rôle qui l'a fait entrer dans la légende du 7e Art. Ironiquement, il pensait de prime abord qu'il s'agissait d'un film pour enfant, à cause de son titre, comme il l'a raconté en 2024 au micro du Hollywood Reporter.

L'acteur a commencé à lire le scénario dans la loge du théâtre londonien où il se trouvait à ce moment-là, espérant qu'il s'agissait bien d'une offre. Si ce n'était pas le cas, il ne voulait pas continuer à lire, a-t-il dit à son agent, "parce que c'est l'un des meilleurs rôles que j'ai jamais lus".

Lorsqu'il a fini par rencontrer Jonathan Demme, qui le voulait absolument dans ce rôle, Hopkins lui a dit : "pourquoi m'avez-vous choisi ? Il [Demme] m'a répondu : "pourquoi, vous avez des problèmes ?" J'ai répondu : 'Non, non. Pourquoi m'avez-vous choisi ?

Nous avons discuté, mais je savais comment jouer le rôle, et je ne sais pas. J'ai un instinct pour ces rôles. Je pouvais comprendre Lecter. Je pouvais comprendre le mystère de l'homme, le solitaire, la voix isolée dans l'obscurité [...]".

35 ans après, le choc émotionnel suscité par la découverte majuscule que fut Le Silence des agneaux reste intact, comme au premier jour. C'est la marque des chefs-d'oeuvre.

FBwhatsapp facebook Tweet
Sur le même sujet