Nous avons passé 28 ans sans savoir que ce survivant de Titanic avait réellement existé... La façon dont il s'est sorti du naufrage est époustouflante
Aude Mackau
Aude Mackau
Passionnée de cinéma, Aude a grandi dans les salles obscures tout en tombant amoureuse des séries à côté. Jonglant entre le petit et grand écran, elle se spécialise désormais dans tout ce qui fait l'actualité, de l'anecdote du passé à la dernière info sensationnelle à relayer.

Pendant près de 28 ans, nous avons ignoré que ce personnage de “Titanic” avait vraiment existé – et son incroyable survie au naufrage est digne d’un film à part entière.

L’alcool aurait-il pu lui sauver la vie ? C’est une hypothèse surprenante, mais elle pourrait être vraie. Ce personnage aperçu rapidement dans le célèbre film de James Cameron est bien réel, et son histoire est tout simplement extraordinaire.

On sait tous que l’abus d’alcool peut être dangereux, mais dans certaines situations extrêmes, il semble avoir joué un rôle inattendu : celui de donner du courage pour tenir face au danger. Ce serait le cas de Charles Joughin, le chef boulanger du Titanic, qui a survécu au naufrage le plus célèbre de l’histoire, avec une histoire qui défie la logique.

Titanic
Titanic
Sortie : 7 janvier 1998 | 3h 14min
De James Cameron
Avec Leonardo DiCaprio, Kate Winslet, Billy Zane
Presse
4,9
Spectateurs
4,4
Voir sur Disney+

James Cameron, dans son film, a voulu mêler fiction et faits réels. Même si Rose et Jack sont des personnages inventés, plusieurs détails et personnes authentiques sont présents. Par exemple, la tombe d’un certain Joseph Dawson se trouve bien au cimetière d’Halifax, au Canada. Cet ouvrier, victime du naufrage, est devenu une sorte de figure à laquelle les visiteurs déposent encore des fleurs, mêlant ainsi réalité et légende.

Mais Charles Joughin, lui, est un vrai survivant. Si vous avez vu le film attentivement, vous aurez peut-être remarqué ce boulanger moustachu, près de Jack et Rose, lors de la dernière phase du naufrage, quand les derniers rescapés s’accrochent désespérément au bord du bateau. Il sort sa flasque et boit une dernière gorgée avant de plonger dans les eaux glaciales de l’Atlantique. Ce personnage, incarné par Liam Tuohy, est basé sur Joughin, dont le récit de survie est l’un des plus impressionnants de cette nuit tragique.

Alors que plus de 1500 personnes luttaient contre la noyade et le froid, ce boulanger a sauté calmement depuis la poupe du Titanic en train de sombrer, puis a nagé paisiblement jusqu’à l’aube. Repêché par un canot de sauvetage, il a repris son travail quelques jours plus tard, comme si de rien n’était.

Un exploit presque impossible

Cela paraît presque inconcevable. Pourtant, l’enquête britannique menée après le drame explique que cet Anglais de 33 ans a affronté la catastrophe en s’étant préalablement saoulé. L’alcool, bien qu’en général dangereux, aurait en fait joué un rôle protecteur.

L’alcool provoque une sensation de chaleur car il dilate les vaisseaux sanguins près de la peau. Dans une situation de froid extrême, cela peut être risqué, car le sang chaud s’éloigne des organes vitaux, augmentant le danger d’hypothermie. Mais d’après Gordon Giesbrecht, spécialiste canadien de l’hypothermie, les eaux à -2°C de l’Atlantique Nord étaient assez froides pour rapidement contrecarrer cet effet. Ainsi, l’alcool aurait surtout servi à renforcer le courage de Joughin, plus qu’à le réchauffer.

Cette nuit-là, Joughin est resté d’un calme impressionnant. Dès qu’il a senti la collision avec l’iceberg, il a levé son équipe pour approvisionner les canots de sauvetage en pain et biscuits. Il a même refusé une place dans un bateau, aidant au contraire à forcer certaines femmes hésitantes à monter à bord, leur sauvant probablement la vie.

À 1h30 du matin, alors que les canots étaient presque tous partis, il est retourné dans sa cabine pour prendre un autre verre, conscient mais indifférent face à l’eau qui s’y infiltrait. Il a ensuite jeté des chaises longues par-dessus bord, pour créer des bouées improvisées, avant de boire un peu d’eau. Quand le Titanic s’est brisé en deux, il ne s’en est même pas rendu compte, racontant qu’il n’y a pas eu de choc violent.

Pas d’effet du “choc froid”

À 2h20, Joughin s’est hissé au sommet du bateau avant de sauter à la dernière minute dans la mer glacée. Cette immersion déclenche généralement un “choc froid” intense, qui provoque hyperventilation et spasmes. Pourtant, il semble y avoir échappé. Ce choc initial dure environ 90 secondes, puis le corps s’adapte un peu. Malgré la température proche de zéro, une personne en bonne santé peut encore survivre plusieurs minutes, voire une heure, dans l’eau froide.

Beaucoup de victimes du Titanic ont succombé à ce choc et à la panique qui s’ensuivit, mais Joughin, équipé de sa bouée, est resté calme : “Je pagayais et je faisais du surplace”, a-t-il par la suite expliqué. Stephen Cheung, un autre expert canadien en hypothermie, s’accorde avec Gordon Giesbrecht : l’alcool aurait renforcé son courage, diminuant sa sensation de froid et sa peur.

Cela diminuerait également sa sensation de froid, donc il aurait pu être plus intrépide et ne pas avoir aussi froid et donc ne pas être aussi paniqué”, a écrit Cheung dans un e-mail au National Post.

Un survivant malgré lui

Charles Joughin est devenu malgré lui un exemple de survie. Il a retardé son entrée dans l’eau, ce qui est crucial, et surtout il est resté calme, réfléchissant à une stratégie plutôt que de céder à la panique. Cette attitude fait souvent la différence dans les catastrophes, où la peur pousse certains à se perdre plutôt qu’à réfléchir.

Il a flotté dans le noir pendant près de deux heures, avant d’apercevoir un canot renversé à l’aube. Il s’en est extrait, puis a été récupéré par un bateau de sauvetage. Malgré tout, il était en assez bonne forme : “J’allais bien, sauf mes pieds, ils étaient enflés”, confia-t-il.

Selon les spécialistes, la seule erreur de Joughin aurait été de ne pas porter plus de vêtements, car même humides, ils ralentissent la perte de chaleur corporelle.

Après cette nuit tragique, il est retourné à son travail de boulanger, produisant même du pain pour les navires militaires pendant la Seconde Guerre mondiale. Son image de “boulanger ivre” est restée célèbre, notamment grâce à son apparition dans le film Titanic.

Mais derrière cette histoire fascinante, il y a surtout un homme déterminé à survivre. Comme le souligne Stephen Cheung, personne ne peut prédire qui tiendra le coup dans des situations extrêmes. Certains abandonnent vite, d’autres luttent jusqu’au bout. Charles Joughin faisait clairement partie de cette dernière catégorie.

Titanic est à retrouver en streaming sur Disney+.

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