On a parfois du mal à l'imaginer, mais à l'époque de sa gloire, le public applaudissait chacune de ses premières apparitions à l'écran. C'est dire l'impact qu'avait Montgomery Clift, l'un des acteurs américains à qui l'on promettait l'une des plus belles carrières hollywoodiennes. Mais malgré ses 4 nominations à l'Oscar entre 1949 et 1962, quelque chose n'allait pas avec "Monty" Clift. Qu'est-il vraiment arrivé à ce grand acteur ?
Ses débuts difficiles face à John Wayne
MGM
Montgomery Clift commence à jouer dès ses 13 ans, et participe à 15 pièces entre 1935 et 1945. D'abord dans des petits rôles, sa beauté et sa grâce naturelle, sa démarche, lui valent de rapidement gravir les échelons. Il attire aussi par un jeu inhabituel pour l'époque, ajoutant des pauses au sein de ses répliques, remplaçant des répliques par un regard ou optant pour des postures scéniques qui captent le public.
Refusant des années durant le cinéma qui lui offre pourtant des ponts d'or, il se décide finalement à franchir le pas en 1948 pour tourner coup sur coup Les Anges marqués de Fred Zinnemann et La Rivière rouge d'Howard Hawks. Avec ce dernier rôle, il veut montrer, en choisissant un western, qu'il peut jouer autre chose qu'un personnage sensible face à un John Wayne déconcerté par le jeu de son collègue de 13 ans son cadet.
Qu'importe ! Le film lance la carrière de Clift, qui enchaîne les succès et obtient une renommée formidable. Si la beauté de son visage frappe immédiatement, la finesse de son corps aussi, tout comme les personnages faillibles et sensibles qui séduisent le public (surtout féminin), qui trouve en lui une nouvelle figure de héros alors absente du cinéma. A la même époque, Brando incarne lui aussi des êtres sensibles, mais aussi très virils et violents, à l'opposé de Clift.
Le succès a un prix
Paramount
La Paramount lui propose un contrat jamais vu alors : il doit tourner trois films mais peut refuser tout scénario ou réalisateur qui ne lui conviendrait pas et peut mettre fin à ce marché à tout moment sans condition. C'est dire la star qu'il est devenue. Sauf que cette célébrité a un prix.
D'abord, Clift a un rapport compliqué à la sexualité. En couple avec Elizabeth Taylor, rencontrée sur le tournage d'Une place au soleil, Clift lui fait comprendre qu'il fréquente également les hommes. Leur séparation rapide ne ternira pas leur amitié, qui perdurera jusqu'à la mort de l'acteur. A l'époque, l'homosexualité est perçue comme une maladie mentale et Monty Clift mène sa vie sentimentale réelle à l'abri des regards.
D'après William LeMassena, qui a vécu avec Clift, c'était un homme "à fleur de peau". Cité dans l'épisode de la série documentaire Hollywood: The Rebels consacrée à l'acteur, il déclare que l'acteur avait dès cette époque, un problème d'alcool et de médicaments :
Paramount
"Il buvait pour une raison, et j'ai commencé à m'inquiéter, car cela devenait dangereux. (...) Il me questionnait sans cesse (...) sur le sujet de l'éthique, de la morale, qui revenaient constamment. Il était de ces hommes qui portent les péchés du monde sur leurs épaules, et deviennent les seuls rédempteurs. S'il voyait un animal ou un enfant se faire malmener, il absorbait cette souffrance. Il était incapable de faire face au monde, et cela l'a mené à s'anesthésier avec l'alcool et possiblement des drogues plus dures."
L'accident tragique
Même son travail, dans lequel il excelle, lui coûte. Après cinq ans seulement passés à Hollywood, il trouve le métier d'acteur de cinéma très différent de ce qu'il espérait. C'est précisément ce soir-là, alors qu'il est déprimé et en plein doute, que sa carrière comme sa vie vont basculer.
Nous sommes le 12 mai 1956. La journée, Clift vient de tourner le film L'Arbre de vie et le soir, quitte la villa de son amie Liz Taylor vers 23 heures "sobre", d'après McCarthy. Ce dernier roule devant, l'acteur suit avec sa voiture. Lors d'un virage, la voiture de Clift fait un écart et heurte un poteau téléphonique. Le véhicule est détruit et l'acteur écrasé à la place du conducteur.
MGM
McCarthy sort de sa voiture et constate que l'acteur est toujours vivant. Son visage est déchiré et couvert de sang. Il est toujours vivant, et Elizabeth Taylor, prévenue, est contrainte de lui extraire les dents du bas de sa mâchoire, qui sont entrées dans sa gorge afin qu'il ne s'étouffe pas. Il survit et en urgence, après seulement neuf semaines de soins et de chirurgie esthétique, grâce à de la fibre d'argent, se fait recoudre le visage afin de répondre à la demande du studio de terminer le tournage de L'Arbre de vie. Mais à quel prix ?
La douleur est insurmontable sans analgésiques, que Montgomery Clift prend en quantité. La moitié gauche de son visage est immobile et malgré les efforts de l'équipe pour cacher que son visage est irrémédiablement changé, notamment toute sa partie basse, et à la sortie du film, le public découvre pour la première fois un Montgomery Clift blessé, à tous les sens du terme.
La fin d'un géant
Twentieth Century Fox
Après cet accident, et malgré son net affaiblissement physique, Montgomery Clift participe encore de grands films comme Le Fleuve sauvage d'Elia Kazan, Soudain l'été dernier de Joseph L. Mankiewicz ou encore Les Désaxés de John Huston avec Marilyn Monroe et Clark Gable (un film maudit dont le casting principal est mort peu de temps après le tournage).
L'acteur se fatigue très vite, commence à développer de la cataracte, et le tournage de son avant-dernier tournage, Freud : passions secrètes est terrible. Le réalisateur John Huston lui met beaucoup de pression pour tourner vite, ce dont l'acteur est incapable. Il se met à oublier ses répliques et Huston recourt à ce qu'il appelle des "panneaux pour idiot" sur lesquels il fait inscrire les dialogues. Universal fait un procès à Monty, le blâmant pour tous les retards de la production du film et même si l'acteur gagne, Hollywood l'estime peu fiable et refuse de l'engager, l'éloignant des écrans pendant quatre ans.
En 1966, après le tournage des Espions qu'il peine à terminer, il est exténué et décède trois mois plus tard d'une crise cardiaque causée par une occlusion artérielle. Ce soir-là, Les Désaxés passait à la télé. Son aide à domicile lui avait demandé à Clift s'il voulait le regarder : "Absolument pas !", avait-il répondu. Ce fut sa dernière phrase.