Ça parle de quoi ?
Put your soul on your hand and walk est ma réponse en tant que cinéaste, aux massacres en cours des Palestiniens. Un miracle a eu lieu lorsque j’ai rencontré Fatem Hassona. Elle m’a prêté ses yeux pour voir Gaza où elle résistait en documentant la guerre, et moi, je suis devenue un lien entre elle et le reste du monde, depuis sa "prison de Gaza" comme elle le disait. Nous avons maintenu cette ligne de vie pendant plus de 200 jours. Les bouts de pixels et sons que l’on a échangés sont devenus le film que vous voyez.
Le poids des mots, le choc des photos
Le synopsis que vous venez de lire n'est pas complet à 100%. Il lui manque en effet sa dernière phrase, glaçante, qui a changé la fin du film de Sepideh Farsi en ajoutant au drame qu'il raconte la notion de fatalité, typique des tragédies, qui fait que l'on connaît déjà la conclusion de l'histoire avant qu'elle ne débute sous nos yeux. Mais rembobinons un peu avant d'y arriver.
Le 14 avril 2025, l'ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion), section parallèle du Festival de Cannes, annonce dans sa sélection le documentaire Put Your Soul on Your Hand and Walk, sur les échanges entre la réalisatrice et la photographe palestinienne Fatem Hassona, qui lui raconte son quotidien à Gaza pendant plusieurs mois, en lui permettant de donner de l'écho à son récit autant que d'avoir des nouvelles de ce monde extérieur qu'elle aimerait rejoindre.
RÊVES D'EAU PRODUCTIONS
Le lendemain, la cinéaste joint celle à qui elle avait régulièrement parlé entre avril et novembre 2024, pour lui annoncer la sélection du film à Cannes et évoquer la possibilité qu'elle soit présente, à ses côtés, sur la Croisette un mois plus tard, pour présenter le long métrage. Mais le destin en a décidé autrement : quelques heures plus tard, le 16 avril 2025 à 1h du matin très précisément, une frappe israélienne sur sa maison tue Fatem ainsi que toute sa famille.
"L’assassinat de Fatem le 16 avril 2025 suite à une attaque israélienne sur sa maison en change à jamais le sens", dit ainsi la dernière phrase du synopsis du film, dédié à Fatem Hassona et aux siens. En sous-entendant que le long métrage, dont la fin a été changée entre le moment où il a été soumis au comité de sélection et sa présentation à Cannes, n'est désormais plus consacré à une miraculée mais à un fantôme, dont le grand sourire nous hante longtemps après la fin de ce récit plein de vie et d'espoir malgré le cadre dans lequel il se déroule.
"Je peux mourir à cause d'une bombe, de peur ou de famine", explique Fatem Hassona dans ce documentaire qui se compose majoritairement de conversations par écrans interposés filmés par la réalisatrices, entrecoupées de photos prises par celle qui nous raconte son quotidien, ainsi que de cartons avec des dates et d'extraits de journaux télévisés permettant de mettre en parallèle le récit avec des faits dont nous avons entendu parler depuis le 7 octobre 2023, comme le bombardement de cette école transformée en abri.
"Même s'ils nous tuent, nous allons continuer de vivre et rire"
Associée à cette forme simple, la narration chronologique permet aussi de voir l'évolution de celle qui raconte ne pas avoir su qui avait déclaré la guerre à qui dans les premiers instants du conflit, comme beaucoup de ses compatriotes, et affirme d'abord ne pas vouloir quitter son pays, elle qui se sent "fière et spéciale, car nous sommes forts et brave", alors que la mort peut frapper n'importe où. Les bruits d'explosion, glaçants, font parfois partie de l'ambiance sonore du long métrage que la positivité de Fatem contrebalance : "Même s'ils nous tuent, nous allons continuer de vivre et rire", dit-elle.
Prononcée au début de Put Your Soul on Your Hand and Walk (expression que la principale intéressée emploie pour décrire la manière dont chaque sortie peut-être la dernière), cette phrase résonne très différemment lorsque l'on sait à l'avance le destin qui l'attend, et rend l'ensemble un peu plus déchirant encore. "On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas", peut-on lire régulièrement sur les réseaux sociaux relayant les informations sur la situation à Gaza, et il en va de même grâce au film bouleversant de Sepideh Farsi.