C'est la scène finale de The Fabelmans, le dernier long métrage de Steven Spielberg (inspiré de sa propre vie), et sans doute l'une des plus marquantes de sa carrière.
Alors qu'il vient de se faire engager comme simple assistant dans un studio hollywoodien, le jeune Sammy Fabelman obtient une entrevue de 5 minutes ("probablement une seule", l'avertit la secrétaire) avec le légendaire John Ford, son modèle absolu, et l'un des plus grands réalisateurs de toute l'Histoire du cinéma.
Spielberg face à Ford
Interprété par David Lynch pour l'occasion, le cinéaste mythique n'est pas tendre avec le jeune homme, et tout en lui faisant commenter les tableaux qui sont accrochés dans son bureau, le malmène quelque peu avant de lui délivrer un inestimable conseil : "Quand l'horizon est en bas, c'est intéressant. Quand l'horizon est en haut, c'est intéressant. Quand l'horizon est au milieu, c'est chiant comme la pluie."
Cette magnifique petite séquence, que Spielberg décide de conclure avec un magistral point final à son long métrage, le réalisateur de Jurassic Park et de E.T. l'a réellement vécue. Au début de sa carrière, alors qu'il rêvait plus que tout de réaliser des films, il avait lui-même pu échanger quelques mots avec John Ford.
Mais la rencontre ne s'était pas exactement passée comme il s'y attendait. En effet, ainsi qu'il l'avait raconté au micro du Late Show with Stephen Colbert, Spielberg s'était alors retrouvé face à un homme plutôt bourru et expéditif, et n'avait pas saisi tout de suite la richesse de leur bref entretien.
"Il m'a donné le meilleur conseil que l'on m'ait jamais donné"
"J'ai appris quelque chose", a-t-il ainsi raconté.
"Pendant longtemps, j'ai pensé que c'était un moment horrible qui m'était arrivé : (...) à l'époque, alors que je n'étais qu'un jeune homme de 18 ans, mon héros m'engueule dans son bureau et me dit de sortir. J'ai été tellement traumatisé de me retrouver devant celui qui était sans doute le plus grand réalisateur américain de l'Histoire, et pendant des années j'ai vécu avec l'humiliation de ce qu'il m'avait fait, sans accorder de crédit à ce qu'il avait réellement essayé de me dire."
Ce n'est que plusieurs années après cette rencontre décisive avec John Ford que Spielberg a fini par dépasser son impression première et par repenser au conseil que le cinéaste lui avait donné ce jour-là :
"'Va voir des oeuvres d'art, va au musée, observe la composition, la couleur, regarde l'horizon.' En 2 minutes et 30 secondes, il m'a donné le meilleur conseil que l'on m'ait jamais donné. Mais il l'a fait d'une manière tellement bourrue que j'ai simplement vu la rudesse [de son intervention] et que je n'ai pu en apprécier la valeur que bien des années plus tard."
(Re)découvrez la bande-annonce de "The Fabelmans"...