"Ce n'est pas une actrice !" Pourquoi cette comédienne indigne Hollywood ?
Laëtitia Forhan
Laëtitia Forhan
-Chef de rubrique cinéma
Fan de cinéma fantastique, de thrillers, et d’animation, elle rejoint la rédaction d’AlloCiné en 2007. Elle navigue depuis entre écriture d'articles, rencontres passionnantes et couvertures de festivals.

Depuis quelques jours, le nom de Tilly Norwood est partout sur le net. Nouvelle révélation ? Star montante ? Pas du tout. Il s'agit de la première actrice créée entièrement par IA et qui indigne tout Hollywood. On vous explique.

IA Xicoia

Il y a deux jours, lors du Sommet de Zurich – une table ronde consacrée aux technologies émergentes – le studio d’artistes IA Xicoia, fondé par Eline Van der Velden et filiale de la société de production Particle6, a annoncé la création de Tilly Norwood, la première actrice entièrement générée par intelligence artificielle. La société a précisé être déjà en pourparlers avec plusieurs agents de talents hollywoodiens.

Le studio affirme vouloir créer "la prochaine Scarlett Johansson ou Natalie Portman" et a d’ores et déjà rempli une page Instagram de photos et de vidéos de démonstration mettant en scène son actrice virtuelle.

Cette annonce a rapidement fait le tour des médias et ravivé la polémique autour du remplacement des artistes, au cœur de la grève des acteurs en 2023.

Très vite, de véritables comédiens ont fait entendre leur voix sur les réseaux sociaux en commentant les photos de la fausse actrice et en appelant au boycott.

Appel au boycott

Melissa Barrera, connue notamment pour Scream 6, a réagi en story Instagram : "J’espère que tous les acteurs représentés par l’agent qui la prendra en charge le laisseront tomber. Quelle horreur !"

Sous les publications présentant Tilly Norwood, Mara Wilson – qui incarnait Matilda dans le film de 1997 – a déclaré : "Et qu’en est-il des centaines de jeunes femmes bien réelles dont les visages ont été assemblés pour la créer ? Vous n’auriez pas pu en embaucher une seule ?"

Lukas Gage (Euphoria, The White Lotus, Smile 2) commente sur le ton de l'humour : "Travailler avec elle a été un cauchemar ! Elle n’atteignait jamais ses objectifs et arrivait toujours en retard !"

Le jeune Cary Christopher, star du film d’horreur de l’été Évanouis, a pour sa part proposé de bloquer le compte de l’actrice virtuelle : "NON. Tout le monde devrait simplement bloquer ce compte IA et tous les comptes associés."

Quant à Ralph Ineson (Galactus dans le récent Les 4 Fantastiques), il s’est contenté d’un laconique : "Fuck off" (Va te faire foutre).

Elle ne remplace pas un être humain, mais constitue une œuvre créative...

Face à cette levée de boucliers, Eline Van der Velden, directrice du studio, a publié un communiqué pour calmer la colère des acteurs : "Elle ne remplace pas un être humain, mais constitue une œuvre créative – une pièce d’art. Comme beaucoup de formes d’art avant elle, elle suscite des conversations, et cela en soi montre le pouvoir de la créativité."

Elle ajoute : "Je ne vois pas l’IA comme un remplacement des personnes, mais comme un nouvel outil – un pinceau supplémentaire. Tout comme l’animation, la marionnette ou les images de synthèse ont ouvert de nouvelles possibilités sans rien enlever au jeu d’acteur, l’IA offre une autre manière d’imaginer et de construire des histoires. Je suis moi-même actrice, et rien – certainement pas un personnage virtuel – ne pourra jamais remplacer l’art ou la joie de la performance humaine."

Mais cette comparaison avec l’animation a laissé de nombreux internautes sceptiques. Tiffany Danielle a notamment commenté : "Comparer un personnage IA à un personnage animé ou à une marionnette, c’est passer à côté de l’essentiel.

Cette IA est pensée pour concurrencer de vraies femmes

Personne ne passe d’audition face à un dessin animé ou à un dragon en CGI. Or cette IA est pensée pour concurrencer de vraies femmes sur les rôles, la représentation et l’agence. Il ne s’agit pas seulement d’un “outil”, mais d’un véritable remplacement. L’art devrait élargir les possibilités, pas les effacer. La qualifier d’“outil” alors que des agences artistiques se battent pour la représenter est hypocrite. L’animation ne prend pas le travail des femmes réelles. Les marionnettes ne participent pas aux castings."

L'actrice IA condamnée par la SAG-AFTRA

Variety annonce aujourd'hui que la SAG-AFTRA, le syndicat américain représentant les acteurs, condamne l'actrice et déclare que "le syndicat s'oppose au remplacement des artistes humains par des synthétiques".

Dans un communiqué, le syndicat ajoute : "Pour être clair, Tilly Norwood n'est pas une actrice, c'est un personnage généré par un programme informatique qui a été entraîné à partir du travail d'innombrables artistes professionnels, sans autorisation ni compensation. Elle n'a aucune expérience de vie à laquelle puiser, aucune émotion et, d'après ce que nous avons vu, le public n'est pas intéressé par le visionnage de contenus générés par ordinateur sans lien avec l'expérience humaine.

Cela ne résout aucun « problème » — cela crée le problème de l'utilisation de performances volées pour mettre les acteurs au chômage, mettant en péril leur gagne-pain et dévalorisant l'art humain. De plus, les producteurs signataires doivent savoir qu'ils ne peuvent pas utiliser d'acteurs synthétiques sans se conformer à nos obligations contractuelles, qui exigent une notification et une négociation chaque fois qu'un acteur synthétique est utilisé."

Cette controverse illustre à quel point l’arrivée de l’IA inquiète dans l'industrie du 7e Art. Après une telle polémique, un agent se risquera-t-il à engager Tilly Norwood ?

Un réalisateur IA ?

L'histoire aurait pu s'arrêter à ce "test", pourtant le producteur italien Andrea Iervolino, à l'œuvre sur Ferrari et To The Bone, a dévoilé ce qu'il prétend être le premier film réalisé par un réalisateur virtuel baptisé FellinAI, un clin d'œil au légendaire metteur en scène italien Federico Fellini.

Le film, The Sweet Idleness est supervisé par FellinAI, un "réalisateur" doté d'une intelligence artificielle conçu pour "célébrer le langage poétique et onirique du grand cinéma européen" selon le producteur.

FellinAI est hébergé par Andrea Iervolino Company AI, avec Iervolino comme "humain dans la boucle", un superviseur et producteur qui guide et contrôle la technologie.

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