Lorsqu’il a été choisi pour incarner T’Challa, alias Black Panther, dans l’univers Marvel, le très regretté Chadwick Boseman a dû se battre pour une question qui semblait mineure mais qui avait en réalité une grande importance culturelle : l’accent des habitants du Wakanda.
À l’origine, pour sa première apparition dans Captain America: Civil War – qui allait déterminer le futur du personnage dans son propre film, Black Panther (2018) –, Marvel souhaitait que le roi africain parle avec un accent britannique, par peur que le public ne comprenne pas un accent africain durant tout le film. Mais pour Boseman, cette idée était non seulement erronée, mais aussi lourde de sens politique. L’acteur estimait qu’adopter un accent colonial était une manière d’effacer l’identité authentique du Wakanda, un royaume africain fictif mais symboliquement fort.
Dans une interview accordée au Hollywood Reporter en 2016, Chadwick Boseman avait expliqué que les producteurs craignaient que l’accent africain soit “trop” pour le public et qu’une fois adopté, ils ne pourraient plus revenir en arrière. Mais lui pensait exactement le contraire.
“[Les producteurs de Marvel] pensaient [qu’un accent africain] serait de trop pour le public. Ils se disaient : ‘Est-ce que les gens seront capables de comprendre [cet accent] tout le film ?’ et ‘Si on dit oui aujourd’hui, nous serons bloqués avec pour toujours.’ Je pensais complètement le contraire – genre, si je parle avec un accent britannique, que va-t-il arriver quand je vais rentrer chez moi ?”
Marvel
Une décision fondamentale
L’enjeu était tellement crucial pour l’acteur que c’était, selon ses mots, “un cas de rupture” avec Marvel. Pour lui, faire parler T’Challa avec un accent britannique revenait à cautionner l’idée que les Wakandais avaient été colonisés, ce qu’il refusait catégoriquement : “Je leur ai dit que ce ne serait pas correct car si l’on [parlait avec l’accent britannique], cela reviendrait à dire que [les Wakandais] ont été colonisés”, a-t-il déclaré lors d’un entretien avec le Los Angeles Times.
Il a tenu à souligner à quel point ce détail n’était pas anodin : “Pour moi, c'était un cas de rupture. Je leur expliquais que c’était un facteur important et que si nous lâchions cela maintenant, jusqu’où allons-nous aller pour que les gens se sentent à l’aise ?!”, a-t-il demandé.
Marvel
Finalement, Marvel a cédé face à sa détermination, et l’accent retenu est celui du xhosa (ou isiXhosa), une langue bantoue parlée en Afrique du Sud, ce qui apporte une véritable authenticité à la représentation du Wakanda. Chadwick Boseman a confié son soulagement après cette victoire : “Une fois que nous avons décidé de le faire, nous y sommes vraiment allés.”
Cependant, cette importante décision perd un peu de son poids dans les versions doublées, notamment en français, où le choix de l’accent est effacé, privant ainsi le public d’une dimension politique et culturelle significative.
Black Panther est à revoir en streaming sur Disney+, tout comme sa suite Black Panther: Wakanda Forever, cette fois sans Chadwick Boseman malheureusement. Captain America: Civil War est également disponible sur la même plateforme.