Avant de signer pour le biopic sur Bruce Springsteen, Jeremy Allen White ne savait pas jouer de la guitare, encore moins chanter. Le défi était donc de taille, surtout lorsqu'il s'agit de donner corps à l'un des artistes les plus aimés et respectés de son propre pays.
Dans Springsteen : Deliver Me From Nowhere, le réalisateur Scott Cooper refuse de retracer toute la vie du chanteur surnommé "Le Boss" comme le ferait une page Wikipédia. Il s'intéresse au contraire à une période très précise, la fabrication d'un album, nommé Nebraska, et la dépression traversée par le musicien à cette époque.
L'album en question n'a rien d'ordinaire : il a été enregistré grâce à un magnétophone à cassettes. Surtout, Bruce Springsteen refuse d'en faire la promotion et de faire une tournée, allant à l'encontre des attentes de la maison de disque et du public.
Jeremy Allen White - révélé par les séries Shameless et The Bear - revient pour AlloCiné sur sa longue préparation et sa rencontre avec Le Boss, le vrai.
Six à sept mois de préparation
Jeremy Allen White : "Je connaissais déjà Bruce Springsteen et une partie de sa musique, mais au début de ma préparation, j'ai voulu en savoir le plus possible. J'ai écouté toute sa musique, je regardais des images de concerts, des interviews, j'ai lu des biographies. Ses mémoires m'ont évidemment beaucoup aidé, tout comme le livre de Warren Zanes [auteur de la biographie dont le film est adapté, ndlr]. J'ai aussi discuté avec des gens qui l'ont connu à cette époque, comme Jimmy Lovine, sa femme Patty et son manager Jon Landau."
Copyright 2025 Twentieth Century Studios
"Pour la partie musicale, j'ai eu six, sept mois de préparation. J'ai travaillé avec un professeur de chant, Eric Vitro et J.D. Simo, un guitariste merveilleux qui m'a appris à jouer. Entre les deux, je pense que la guitare était bien plus difficile. Chanter l'est aussi, notamment sur Born in the U.S.A. Mais j'ai eu beaucoup de chance d'avoir sa voix et son écriture. Je trouve son écriture tellement bonne qu'il est très facile d'intérioriser sa musique."
La rencontre avec Bruce Springsteen
Jeremy Allen White : "J'étais à ses répétitions, à Wembley, et il m'a fait monter sur scène. C'était un stade vide, donc il n'y avait que lui, moi et le groupe. J'ai rencontré sa sœur Pam, qui était leur photographe. Mais c'était drôle, je crois qu'on était tous les deux un peu excités et un peu nerveux aussi. Je sais que je l'étais, peut-être que Bruce ne l'était pas autant. Mais il a toujours été très discret et c'est la première fois qu'il livre autant de choses sur lui à travers ce film. En le rencontrant, il savait qu'on allait se lancer dans ce voyage ensemble."
Un tournage difficile
La veille du début du tournage, le réalisateur et scénariste du film, Scott Cooper, apprend la mort de son père. Quelques semaines plus tard, lors du tournage d'une scène importante, il apprend que sa maison a brûlé dans les incendies qui ont ravagé une partie de Los Angeles en janvier 2025.
Scott Cooper : "Perdre mon père, qui m'a fait découvrir Bruce Springsteen et l'album Nebraska, la veille du début du tournage, a imprégné le film de son esprit. Et je lui ai dédié le film. Comme c'est un film sur les relations entre les pères et les fils, je ne referai plus jamais un film comme celui-ci autant rempli d'amour et de gratitude."
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"Il y a une scène très touchante entre Bruce, à l'âge adulte, et son père à la fin du film. J'appréhendais de la tourner. Ce qui a rendu les choses doublement difficiles, c'est que ce même jour, j'ai appris que ma maison avait brûlé dans l'incendie de Pacific Palisades."
"J'étais donc submergé par toute cette émotion et par ma propre perte. J'étais nerveux, à fleur de peau mais quand vous avez des acteurs aussi bons que Stephen Graham et Jeremy Allen White et que Bruce Springsteen est à vos côtés, c'est un moment que vous ne pouvez pas oublier. C'était un tournage douloureux et plein de défis".
Propos recueillis par Thomas Desroches, à Paris, le 13 octobre 2025
Springsteen : Deliver Me From Nowhere, actuellement au cinéma