Après Comment c’est loin et Au poste! de Quentin Dupieux, Orelsan revient au cinéma avec Yoroï, qu'il co-écrit avec son complice de longue date le réalisateur David Tomaszewski.
Sous ses allures de comédie d’action fantastique, le film cache un sous-texte intime et symbolique, profondément lié aux obsessions du rappeur : le burn-out, la paternité, les addictions, la célébrité et la lutte contre ses propres démons.
La métaphore de l'armure
Dans Yoroi, Aurélien (Orelsan) s’installe au Japon avec sa femme enceinte, Nanako (Clara Choï). En découvrant une armure ancestrale dans un puits, il libère des créatures surnaturelles : les Yokaïs. Mais derrière le folklore japonais, le récit se joue surtout à l’intérieur du personnage.
L’armure est une métaphore de la célébrité - une protection étouffante que l’artiste peine à retirer. "On a écrit avec l’idée qu’Orelsan allait jouer son propre rôle. Ou du moins, une version de lui-même qui est fictionnée, dans la continuité de ses albums. Il fallait faire un film qui ait du sens : Orel devait affronter des démons qui sont en réalité ses démons intérieurs.
On s’est inspiré de démons réels de la mythologie japonaise et on en a inventé des nouveaux en partant de zéro. Le pitch a toujours été de savoir comment faire le ménage dans sa vie et ses démons lorsqu’on attend un enfant." explique le réalisateur David Tomaszewski dans le dossier de presse.
Cette symbolique s’inscrit dans la continuité des albums d’Orelsan, souvent traversés par des questionnements identitaires, la fatigue du succès et la difficulté à rester soi-même dans le regard des autres.
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Les angoisses personnifiées
Les monstres qui assaillent Aurélien et Nanako chaque nuit ne sortent pas seulement de la mythologie japonaise : ils incarnent ses angoisses. Le Kazoku, monstre de glaise, représente le poids de la famille. Le Kako-Oni évoque les relations toxiques et les addictions du passé. Le SNS-Utoka incarne les harceleurs numériques et la toxicité des réseaux sociaux, tandis que le Seiji-Oni symbolise la pression politique et médiatique dont Orelsan a souvent fait l’objet. Enfin, l’Uchinari Hihansha, critique intérieur dévastateur, donne naissance à OrelSama, l'alter ego maléfique du héros.
Orelsan explique dans le dossier de presse à propos de son double démoniaque : "Pour moi, Sama c’est d’abord le pire d’Aurélien, il représente vraiment ses bas instincts. C’est Aurélien qui a décidé d’être méchant et de se laisser emporter par tous ses mauvais sentiments et son burnout.
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Et c’est aussi une caricature du leader populiste : pour les gens, il dénonce des vérités, alors qu’il est content de rien, a juste la haine, veut créer du chaos basé sur un sentiment de réaction. Et en même temps il est kiffant parce qu’on a tous envie d’être quelqu’un qui n’en fait qu’à sa tête de manière humoristique et sous couvert de liberté. Il est vraiment jouissif à jouer."
Un entraînement intensif
En projet depuis plusieurs années - puisque David Tomaszewski et Orelsan ont commencé l'écriture d'un film autour d'une armure dès 2012 après le clip de "Ils sont cools" - ce film d'action a nécessité une grande préparation physique à Orelsan. Le chanteur explique dans le dossier de presse que le début de son entraînement a débuté il y a "7 ou 8 ans, avec plus ou moins de régularité".
Il ajoute : "En général, je m’entrainais régulièrement, au moins deux fois par semaine. Puis il y a eu une période avec les cascadeurs au début de la préparation du film, et à la fin de cette préparation, je m’entrainais 6 à 7 heures par jour. À l’époque, je partais d’une base de zéro. Je n’étais pas comme les gens qui ont fait du taekwondo, du karaté ou de la gym, et qui sont souples. Moi, je n'étais pas vraiment souple, j'avais juste fait du basket. Et c’est pour ça qu’il a fallu tout construire. Et ça a pris du temps."
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Orelsan a ensuite été s'entraîner durant un mois au Japon avec le coordinateur des cascades Koji Kawamoto et ses équipes qui ont notamment travaillé sur John Wick.
J’avais deux heures de préparation pour enfiler l'armure
L'autre difficulté a été la fameuse armure comme la souligne le rappeur.
"Quand tu regardes Les Chevaliers du Zodiaque, c'est cool, mais les armures, dans la vraie vie, jamais tu peux marcher avec. J’avais deux heures de préparation pour l’enfiler chaque jour et j’avoue qu’à la fin je n’en pouvais plus.
Et ça a pas mal compliqué les scènes d’action, vu que l’armure pouvait empêcher les mouvements. Comme une combinaison de plongée. Donc au final, ça collait bien avec l’idée du héros qui en avait marre d’être dans une armure."
Les thématiques des albums d'Orelsan
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Comme dans ses albums "Civilisation" ou "La fête est finie", Orelsan explore ici les dilemmes de l’âge adulte : la peur de décevoir, la pression de la réussite, la paternité. Yoroï apparaît ainsi comme une extension cinématographique de ses chansons.
La rappeur souligne : "C'est vrai que dans Yoroï il y a une forme de mélange de tous les albums. C'était important d'avoir des thèmes traités différemment mais des thèmes qui me ressemblent. C’était l'occasion de faire un bilan alors que le héros arrive à un certain stade de sa vie : il approche de la quarantaine, sa femme est enceinte et il se pose plein de questions. Comme pour mieux régler des sujets que je croyais avoir réglés. Il y avait cette idée où faire évoluer le héros, quelque part, ça me ferait évoluer."
À la fin, une question demeure : et si toute cette aventure n’était finalement que le rêve d’Orelsan au terme de son concert ?
Yoroï est à découvrir en salles.