Izïa Higelin + Lyna Khoudri + Laura Felpin : Le Gang des Amazones est-il fidèle à l'histoire vraie ?
Thomas Desroches
Thomas Desroches
-Journaliste
Les yeux rivés sur l’écran et la tête dans les magazines, Thomas Desroches se nourrit de films en tout genre dès son plus jeune âge. Il aime le cinéma transgressif, queer, horrifique et les documentaires engagés.

Réalisé par Mélissa Drigeard, "Le Gang des Amazones" relate l'histoire vraie d'un groupe de braqueuses au début des années 90 dans la région d'Avignon. Préparation, rencontres avec les protagonistes... La réalisatrice répond à nos questions.

Elles étaient cinq, entre janvier 1989 et juillet 1990, à braquer des banques dans le sud de la France, dans la région d'Avignon. Déguisées en hommes pour ne pas être reconnues, elles se faisaient appeler Le Gang des Amazones.

Pour subvenir à leurs besoins, elles ont fait irruption dans cinq Crédit agricole, un Crédit lyonnais et une agence d'intérim en l'espace de quelques mois. Total du butin : près de 300 000 francs. Cette histoire est racontée dans le film de Mélissa Drigeard.

À l'écran, Lyna Khoudri (Novembre, Papicha), Izïa Higelin, Laura Felpin (Le Flambeau), Mallory Wanecque (L'Amour ouf) et Kenza Fortas (Bac Nord) incarnent les protagonistes de l'histoire.

Le Gang des Amazones
Le Gang des Amazones
Sortie : 12 novembre 2025 | 2h 05min
De Melissa Drigeard
Avec Izïa Higelin, Lyna Khoudri, Laura Felpin
Presse
3,5
Spectateurs
3,7
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AlloCiné : Bien que leur histoire soit étonnante, on entend peu parler du Gang des Amazones. Êtiez-vous familière avec ce fait divers avant ce projet ?

Mélissa Drigeard, coscénariste et réalisatrice : Pas du tout. Je n’avais jamais entendu parler de cette histoire auparavant. J’ai tout découvert grâce au podcast d’Affaires Sensibles. Ce qui est encore plus fou c'est qu'autour de Marseille, certaines personnes ont entendu parler du Gang des Amazones mais à Paris, partout où je me suis baladée pendant trois ans, pendant tout le montage de ce film, personne ne connaissait. Je n'arrive pas à me l'expliquer.

Vous êtes entrée en contact avec les véritables membres du Gang. Avez-vous hésité ?

Je n'ai pas hésité une seconde parce que l'histoire appartenait déjà au public. Il y avait le documentaire de Solveig Anspach et ce très bon podcast. Je me suis sentie autorisée à les appeler. Peut-être que je l'aurais pas fait si tout cela n'existait pas déjà. Le documentaire de Solveig Anspach se déroule avant les années 2000, très peu de temps après le procès, donc je me doutais qu’elles ne pouvaient pas livrer tout ce qu'elles m'ont livré par la suite.

Nous avons tourné dans de vraies prisons.

Comment se sont déroulées vos recherches ?

J’ai lu beaucoup d'articles. Hélène Trinidad, l'une des membres du Gang des Amazones, m'a donné tous les articles de presse qui avaient été gardés par sa mère. Puis j’ai passé beaucoup de temps avec elles, à les enregistrer, des heures et des heures. Petit à petit, elles m'ont vraiment livré leur histoire.

Je me suis également entourée des avocats, Maître Guénon et Maître Billet. Ce dernier était là pendant le véritable procès et pendant les trois jours de tournage où nous l’avons reconstitué. Il était juste à côté de moi.

J'ai aussi fait un travail de documentation en prison car nous avons tourné dans de vraies prisons. J’ai passé beaucoup de temps avec la directrice de la prison de Tarascon et avec toute son équipe. C'était vraiment passionnant. J’y suis allée quatre fois avant de tourner.

On essaie d'être le plus proche possible de la vérité.

Avez-vous pris beaucoup de libertés avec l’histoire originale ?

En réalité, non ! Très peu de choses ont été inventées dans le film. Tous les noms étaient dans la presse, les filles étaient d'accord, donc nous nous en sommes tenues aux faits. Bien sûr, c'est ce que je dis toujours, c’est qu’on ne peut pas raconter la réalité en deux heures. On essaie d'être le plus proche possible de la vérité, mise à part quelques scènes, comme celle où elles dînent dans un restaurant très chic par exemple.

Le film a le bon goût de ne pas tomber dans la glorification des actes qu’elles ont commis.

Je ne voulais pas en faire des héroïnes. Même les filles n'auraient pas aimé. J'ai demandé à Hélène si tout cela était à refaire, aurait-elle commis les mêmes choses et elle m’a répondu cette phrase que je trouve très belle : “Je préfère être vivante quelques mois que morte toute une vie.” Parallèlement, elles regrettent d'avoir fait ça, notamment à leurs enfants.

Aussi, je ne voulais pas non plus tomber dans quelque chose de trop “girly”. Je disais tout le temps aux actrices : “Ce sont des femmes mais elles pourraient être des hommes, peu importe.”

Ont-elles pu voir le film ?

Oui et j'ai eu très peur. Je l’ai souvent dit en rigolant mais je n'ai pas dormi pendant trois jours avant de leur montrer le film. Je voulais partir loin, très loin d’ici. Je ne les ai même pas accueillies à la projection, je n’étais pas dans la salle, mais j’avais les mains qui tremblaient à l’idée qu’elles voyaient le film. Finalement, elles ont été bouleversées. Je sais que l’une d’entre elles, Cathy, a pleuré pendant le film.

Propos recueillis par Thomas Desroches, à Angoulême, le 28 août 2025

Le Gang des Amazones, actuellement au cinéma

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