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Enquête sur le mode opératoire de Dominik Moll
Le dossier 137 est en apparence une affaire de plus pour Stéphanie, enquêtrice à l’IGPN, la police des polices. Une manifestation tendue, un jeune homme blessé par un tir de LBD, des circonstances à éclaircir pour établir une responsabilité... Mais un élément inattendu va troubler Stéphanie, pour qui le dossier 137 devient autre chose qu’un simple numéro.
Haut et Court
Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, Dossier 137 marque la continuité de La Nuit du 12, sacré meilleur film aux César 2023, également récompensé dans six autres catégories. Après ce succès, le réalisateur Dominik Moll replonge cette année dans une nouvelle enquête, avec un thriller coup de poing sur les violences policières, pendant le mouvement des Gilets jaunes, en 2018.
Le réalisateur entraîne ainsi le spectateur au sein de l’IGPN, la police des polices, où Léa Drucker prête ses traits à Stéphanie, une enquêtrice traitant une affaire qui va bouleverser sa vie, ses convictions, mais aussi son regard sur la société et son travail. Dominik Moll et Léa Drucker avaient déjà travaillé ensemble, en 2015, sur la comédie Des nouvelles de la planète Mars. Cette première collaboration avait séduit le réalisateur : “j’avais beaucoup aimé travailler avec elle. Pendant toute l’écriture du scénario, j’ai régulièrement pensé à elle pour le personnage de Stéphanie”.
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Coécrit avec son fidèle collaborateur Gilles Marchand, Dossier 137, tout comme La Nuit du 12, est inspiré de faits authentiques. L’histoire est “nourrie de plusieurs affaires réelles, datant toutes de la même période, l’époque des premières manifestations de Gilets jaunes en décembre 2018. Je me suis documenté sur beaucoup de situations dramatiques impliquant des personnes blessées lors de ces manifestations”, précise le réalisateur.
Dans ce souci d’authenticité, Dominik Moll donne une place importante aux victimes dans son travail. Clara, dans La Nuit du 12, ou Guillaume dans Dossier 137 sont peu présents à l’écran, mais ils semblent être au cœur de l’histoire. En lisant les témoignages, le réalisateur a été saisi par le peu d’attention accordé aux victimes. “Tout le film est raconté du point de vue de Stéphanie mais je tenais à ce que le film se conclue par la parole de Guillaume”, explique-t-il.
Une plongée étouffante dans un système particulièrement cloisonné
Après la police judiciaire dans La Nuit du 12, Dominik Moll immerge cette fois-ci le spectateur au cœur de l’IGPN, la police des polices. Il explique : “le fonctionnement de l’IGPN m’intrigue depuis longtemps. Précisément parce qu’il s’agit de policiers qui enquêtent sur d’autres policiers, ces hommes et ces femmes sont dans une position inconfortable”. En effet, les agents de l’IGPN ont parfois du mal à enquêter sur des collègues lors d’affaires de maintien de l’ordre, s’identifiant souvent aux policiers mis en cause, qui sont parfois des amis, voire de la famille.
Dès lors, ce nouveau long métrage questionne l’élément central du point de vue. “Au-delà du suspens autour de la résolution de l’affaire, nous avons senti avec Gilles que l’enjeu du film tournerait autour de la question du point de vue. Ou plutôt du “biais” dans le point de vue”, souligne Dominik Moll. Stéphanie et son équipe, notamment son collègue Benoît (campé par Jonathan Turnbull, le terrible “violeur de la Sambre” dans la série éponyme), cherchent à découvrir la vérité, rassemblant toutes les pièces du puzzle, avec méthode et impartialité. Mais la victime vient de la même ville que l’enquêtrice, ce qui peut modifier le regard que cette dernière porte sur l’affaire. Les deux scénaristes mettent en lumière une question capitale : “N’est-il pas, plus que jamais, nécessaire de se mettre à la place de l’autre ? D’envisager son point de vue. Le cinéma, qui repose beaucoup sur l’identification, est un moyen puissant de partager des points de vue différents”.
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Méthodique, ce nouveau long-métrage voit son intrigue progresser petit à petit, avec une mise en scène immersive impliquant la lecture, en voix off, des procès-verbaux qui composent le quotidien fastidieux des enquêteurs. Les nombreuses interactions que Stéphanie a avec les suspects qu’elle interroge, les proches de la victime ou encore les témoins, mettent en évidence les contraintes liées à son travail.
Toute la tension narrative se ressent ainsi, jusque dans le montage. Dominik Moll explique : “je voulais jouer avec des bribes de réponses qu’on imagine beaucoup plus longues et raconter de façon elliptique la complexité du travail”. Il ajoute : “on touche du doigt la réalité d’une enquête, son côté ingrat, mais aussi par le côté rythmé de la séquence la part d’efficacité et d’idéal à bien faire son travail”.
Léa Drucker est à l’affiche de Dossier 137, nouveau long métrage haletant de Dominik Moll, le 19 novembre au cinéma.