C'est l'une des fins les plus bouleversantes de l'Histoire du western : il y a 72 ans, elle a ému tous les spectateurs
Corentin Palanchini
Il aime les superbes paysages (Ford), les sales gueules et les BO de Morricone (Leone), les héros indomptables (Hawks), les rebelles (Sollima), les solitaires (Eastwood), les délires (Les Mystères de l’ouest), la guerre de Sécession (The Good Lord Bird, Glory) et l'héritage de tout ça (Yellowstone).

Focus sur la fin de ce western exceptionnel qui a inspiré tout le genre bien après sa sortie et qui a ému tous ses spectateurs depuis des décennies.

Une fusillade vient de retentir dans un saloon. Deux hommes ont été tués, dont le redoutable Jack Wilson. Une troisième personne sort, visiblement victorieuse de ce règlement de comptes. Elle porte une veste en daim et un chapeau beige. Elle jette un dernier regard sur les personnes qu'elle vient de tuer, et sort lentement du saloon. Il s'appelle Shane.

Un enfant l'attend au dehors avec son chien. Cet enfant voit Shane comme une figure paternelle et ne comprend pas quand le pistolero lui annonce :

"Légitime ou non, un meurtre vous marque pour toujours"

Paramount

"Je m'en vais très loin. Un homme ne peut rompre avec son passé, Joey (Jacquie en français). Il reste ce qu'il est. J'aurais dû ne jamais l'oublier. (...) On se met hors de la vie quand on a tué. Y revenir n'est plus permis. Légitime ou non, un meurtre vous marque pour toujours. Et c'est sans espoir."

Joey remarque alors que Shane est blessé. Visiblement ému, Shane préfère continuer sa route et chevauche vers les montagnes, le bras gauche ballant. Joey essaye de le convaincre de rester, au moins pour se faire soigner, en vain. Les yeux imbibés de larmes, il lui crie de façon répétée : "Shane ! Reviens !", mais l'homme poursuit sa route vers le lointain. Fin du film.

Les fans de westerns auront reconnu la fin de L'Homme des vallées perdues, réalisé par George Stevens avec Alan Ladd, Jean Arthur, Van Heflin, Jack Palance, Ben Johnson et, dans le rôle du petit Joey, Brandon De Wilde.

Pour revoir cette scène sublime :

Il était trop tard. Celui qu'il avait jusqu'ici vu comme un héros, va probablement se laisser mourir loin du regard des hommes. Il a tué, donc il est symboliquement déjà mort. Il ne peut donc plus réintégrer le monde des vivants et part au loin, mourir seul.

On retrouvera cette fin belle et pessimiste sept ans plus tard dans Les Sept mercenaires, qui aura à nouveau un discours selon lequel ceux dont le métier est de tuer vivront toujours en dehors de la société. "Nous, on perd toujours", y lâchera Chris joué par Yul Brynner, en digne héritier de Shane.

L'Homme des vallées perdues
L'Homme des vallées perdues
Sortie : 15 octobre 1953 | 1h 58min
De George Stevens
Avec Alan Ladd, Van Heflin, Jean Arthur
Presse
3,7
Spectateurs
3,7
Streaming

Cette fin de film est l'une des plus bouleversantes du western, avec à la fois la mort possible du héros, et la tristesse de l'enfant, encore trop jeune pour tout comprendre à la situation, et qui crie en vain le nom de son héros afin qu'il revienne, mais seul l'écho de sa propre voix lui répond.

Ici, pas de glorification du héros qui tue les méchants et reprend sa vie normalement une fois la punition passée : celui qui a tué n'est plus un homme, même si ce meurtre était légitime. Un point de vue qui tranche avec la plupart des westerns sortis jusqu'alors, et une belle leçon d'humanité à une époque où la Guerre de Corée, dans laquelle les Etats-Unis étaient impliqués depuis des années, venait de se terminer.

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