"Elles ont remis de la vie là où il n’y avait plus grand-chose" : Amel Bent évoque le tournage salvateur de Ma Frère à voir au cinéma
Laëtitia Forhan
Laëtitia Forhan
-Chef de rubrique cinéma
Fan de cinéma fantastique, de thrillers, et d’animation, elle rejoint la rédaction d’AlloCiné en 2007. Elle navigue depuis entre écriture d'articles, rencontres passionnantes et couvertures de festivals.

"Ma Frère", le nouveau film de Lise Akoka et Romane Gueret est à voir au cinéma. S'il fait penser à "Nos jours heureux", ce film porté par Fanta Kebe, Shirel Nataf et Amel Bent dépasse le simple cadre du divertissement. Rencontre avec les comédiennes

Prenez Nos jours heureux et mixez le à un film social et vous obtiendrez Ma frère. Un film fort, drôle et touchant qui dresse un portrait sincère, sans jugement, sur les jeunes des quartiers défavorisés de Paris.

Second long métrage de Lise Akoka et Romane Gueret après Les Pires, lauréat du Prix Un Certain Regard à Cannes en 2022, Ma frère a été présenté à Cannes Première au Festival de Cannes 2025.

Le film suit Shaï et Djeneba, deux amies d’enfance âgées de 20 ans. Durant un été, elles sont animatrices dans une colonie de vacances. Elles accompagnent dans la Drôme une bande d’enfants qui, comme elles, ont grandi entre les tours de la Place des Fêtes à Paris. À l’aube de l’âge adulte, elles devront faire des choix pour dessiner leur avenir et réinventer leur amitié.

Ma frère
Ma frère
Sortie : 7 janvier 2026 | 1h 52min
De Lise Akoka, Romane Gueret
Avec Fanta Kebe, Shirel Nataf, Amel Bent
Presse
3,9
Spectateurs
3,6
Séances (3)

Et ce sont les deux jeunes Fanta Kebe et Shirel Nataf, révélées dans la série Tu préfères ? de Lise Akoka et Romane Gueret qui portent ce film touchant et drôle. A leur côté, la chanteuse Amel Bent fait ses premiers pas au cinéma et incarne Sabrina, la directrice de la colo.

Pour la promotion du long métrage nous nous sommes entretenus avec les trois comédiennes et sommes revenus avec Amel Bent sur son passage au cinéma.

Cette dernière nous explique avoir accepté le projet parce qu’il s’agissait d’"une invitation impossible à refuser", mais ne pas pour autant passer de casting pour faire du cinéma.

"De moi-même, je ne vais pas passer des castings, des essais, parce que ce n’est pas mon moteur de base, ce n’est pas mon métier. Je n’ai pas envie de prendre la place de quelqu’un dont ce serait l’activité principale. Donc je me suis faite à l’idée que si je dois me retrouver à l’écran, c’est qu’il y a derrière une invitation qui est elle-même motivée par une vraie conviction. Je ne vais pas changer de métier et je ne vais pas changer de passion.

AlloCiné

Je suis une chanteuse, autrice, j’essaie de me développer de plus en plus dans mon activité de chanteuse. Mais évidemment, si j’ai l’opportunité et que je suis invitée à participer à un projet aussi beau que celui de Ma Frère c’est compliqué de ne pas se donner les moyens d’en être et de faire le maximum pour que ça se passe bien et que ce soit génial.

J'ai été très honorée qu’on ait pensé à moi pour ce rôle dans ce film. J’ai bossé fort pour avoir le rôle, j'avais une coach de jeu pour être à la hauteur des immenses petits et petites actrices. J’étais la plus âgée en âge, mais j’étais peut-être une des plus jeunes en expérience. Donc j’ai beaucoup appris, j’y suis allée vraiment en toute humilité et j’ai vécu une expérience extraordinaire aux côtés de tout ce beau monde."

On avait beaucoup d'appréhension de tourner avec Amel.

De leurs côtés, Fanta Kebe et Shirel Nataf nous confient avoir eu quelques appréhensions au tout début. Shirel Nataf explique : "On avait beaucoup d'appréhension de tourner avec Amel, parce qu’elle a une notoriété incroyable. On se demandait : “Est-ce qu’elle va nous parler ? Est-ce qu’on va pouvoir manger avec elle ?”

Ce sont des questions un peu naïves, mais qu’on se pose forcément face à quelqu’un d’aussi connu. On se demande parfois si la notoriété ne crée pas une distance, si la personne aura envie d’échanger, de partager des moments simples…

Mais dès qu'on l'a rencontrée tous les préjugés qu'on pouvait avoir sont partis. On n’a pas rencontré Amel Bent, on n’a pas rencontré Sabrina de Ma Frère, on a rencontré Amel, la vraie Amel quoi !"

Fanta Kebe ajoute : "C'est une personne sensible, à l’écoute et très ouverte d’esprit. Elle nous a beaucoup conseillées pour notre vie future et c’est devenu une grande sœur."

Studiocanal

Un déclaration qui a touché Amel Bent qui ajoute à notre micro : "Ce que je peux dire, c’est que, moi, elles m’ont inspirée dans le dernier album. Pour la petite histoire, quand j’arrive sur le tournage de Ma Frère je suis au fond du trou, je suis en plein deuil. (NDLR: Amel Bent venait de perdre sa grand-mère dont elle était très proche.)

J’étais censée enregistrer un album, rentrer en studio, mais je n’en avais pas envie, je n’avais pas envie d’aller chanter. J’écrivais beaucoup, mais de manière thérapeutique, pas forcément en pensant tout de suite à une chanson.

Elles ont remis de la vie là où, chez moi, il n’y avait plus grand-chose.

J’arrive sur le tournage, dans la Drôme, et je rencontre les filles. Je passe énormément de temps avec elles, même en dehors des tournages : on mange ensemble, on se balade dans le village, on passe du temps ensemble. Petit à petit, je me retrouve à rire à nouveau, à danser… On m’a même fait twerker ! Ça m’a fait mal aux cervicales (rires) ; je me suis souvenue que je n’avais pas 20 ans !

Et je rentre à Paris à la fin de l’été et, entre les tournages à la place des Fêtes, une fois le film terminé, je suis déjà retournée en studio et j’ai enregistré trois ou quatre chansons.

Ce sont elles qui m’ont beaucoup inspirée, pas musicalement mais humainement. Elles m’ont nourrie, remplie, redonné… En fait, elles ont remis de la vie là où, chez moi, il n’y avait plus grand-chose. Donc tout s’est entremêlé émotionnellement pour moi."

Studiocanal

Concernant l'ambiance du tournage avec les 20 enfants, la jurée de The Voice précise :

"C’était une vraie colo ! Les enfants étaient réellement en colonie, donc c’était comme une activité parmi d’autres : l’activité “je tourne un film de cinéma” (rires). Entre le kayak et les sorties au lac, ils avaient des moments de tournages de telle heure à telle heure.

Ils ont tous énormément travaillé. Mais il faut le souligner que ce sont des enfants et le tournage avait lieu pendant les vacances donc il fallait que ça reste cool pour eux. Pendant le tournage, ils étaient hyper sérieux, concentrés, capables de se contenir vraiment. Et dès que c’était fini ça sautait partout !

Mais c’est normal, ce sont des gamins. Il y avait un vent de liberté, de fraîcheur, de joie ambiante. Et nous, on voulait aussi les protéger, faire en sorte qu’ils se sentent bien. Les réalisatrices y tenaient beaucoup aussi : que les enfants se sentent à l’aise, qu’ils vivent vraiment le scénario pendant le tournage."

Elles m’ont retrouvée en train de twerker dans les loges avec Fanta et Shirel.

Si les enfants ont été sages, cela n’a pas été le cas de tout le monde, comme nous le confie la chanteuse en riant : "Les réalisatrices m’avaient briefée en me disant : “Tu es la plus âgée, on compte sur toi. Et puis, avec ta notoriété, peut-être que ça va un peu canaliser tout le monde.” J’ai répondu que j’avais une autorité naturelle : je suis maman, donc même pas besoin de faire trop d’efforts… Elles m’ont retrouvée en train de twerker dans les loges avec Fanta et Shirel.

Studiocanal

J’étais en mode colo dans la Drôme, j’avais 12 ans. Il y avait un vrai plaisir à être ensemble. La mayonnaise a vraiment pris, même avec les enfants : ils venaient tout le temps nous faire des câlins. Je n’ai pas senti une seule seconde que j’étais Amel Bent. J’étais un mix entre Amel et Sabrina, c’est-à-dire qu’à un moment, on confondait le film et la réalité. On dansait, on mettait de la musique, ils nous faisaient des blagues, on mangeait tous ensemble..."

Mais Ma Frère dépasse largement le simple cadre du divertissement pour s’ancrer dans une réalité sociale rarement montrée sans caricature. Le parcours des deux héroïnes montre la difficulté de grandir dans un environnement où les préjugés sont omniprésents. Le film met en lumière ces expériences vécues au quotidien, tout en soulignant la richesse des liens humains et la mixité qui existent dans les quartiers populaires, souvent invisibilisée au cinéma.

Comme le souligne Fanta Kébé, il ne s’agit pas seulement de raconter une histoire, mais de proposer une réflexion sur la manière dont on perçoit ces vies et ces espaces : les spectateurs sont amenés à repenser leurs idées reçues sur les enfants, les quartiers, et les relations sociales, tout en observant comment la solidarité, l’amour et la coexistence peuvent émerger malgré les difficultés.

Studiocanal

"On avait envie de revendiquer ce qu'on peut vivre, et ce que les personnages vivent aussi, et de montrer cette réalité qu'on ne voit que rarement à l'écran. Peut-être que ça peut changer les choses, peut-être que ça peut faire réfléchir les gens. Que ce soit sur l'éducation des enfants, la difficulté d'accès aux études ou même les stéréotypes d'un quartier populaire, il faut qu'on ait une autre idée des enfants, du quartier…

Parce qu'on voit toujours les mêmes choses. Ici, on montre aussi qu'on peut vivre ensemble. La mixité est là dans le quartier, et c'est incroyable tout ce qu'on vit dans un quartier qui n'est pas forcément toujours mis en valeur et en lumière. Même s'il y a des désaccords, on est tous ensemble, on s'aime, on avance, et ça nous fait grandir, au contraire." avoue Fanta Kebe.

En mêlant justesse sociale, moments de rire et émotion sincère, Ma Frère parvient à capturer la richesse de vies rarement représentées à l’écran. Les performances de Fanta Kébé, Shirel Nataf et Amel Bent apportent à la fois fraîcheur et humanité au récit, tandis que le film invite les spectateurs à repenser leurs idées reçues sur les quartiers populaires, l’enfance et la solidarité. On rit, on pleure, on réfléchit.

Avec Ma Frère, Lise Akoka et Romane Gueret nous livrent un film vibrant sur l’amitié dans un contexte parfois difficile, tout en offrant une expérience cinématographique joyeuse et profondément touchante.

Le film est à voir au cinéma.

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