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Une cellule familiale ébranlée
Ainara (Blanca Soroa), 17 ans, élève dans un lycée catholique, s'apprête à passer son bac et à choisir son futur parcours universitaire. À la surprise générale, cette brillante jeune fille annonce à sa famille qu'elle souhaite participer à une période d’intégration dans un couvent afin d'embrasser la vie de religieuse. La nouvelle prend tout le monde au dépourvu. Si le père (Miguel Garcés) semble se laisser convaincre par les aspirations de sa fille, pour Maite (Patricia López Arnaiz), la tante d’Ainara, cette vocation inattendue est la manifestation d'un mal plus profond…
Le pacte
Après son premier long métrage Lullaby et la série Querer, vainqueur du Grand Prix du festival Series Mania, la réalisatrice basque poursuit son exploration minutieuse des liens familiaux, observés dans leurs moments de déséquilibre. En effet, le déchirement familial, déjà étudié dans la série à succès traitant de violences conjugales, est à nouveau au cœur de cette œuvre qui observe la fragilité d’un foyer soudainement déstabilisé où chaque réaction révèle une fêlure latente. “C’est dans ces moments de fragilité que la famille me semble la plus intéressante à observer”, confie la cinéaste.
Cette finesse d’écriture et de mise en scène n’est pas passée inaperçue : Les Dimanches recueille déjà le plus grand nombre de nominations à la 40e cérémonie des Goyas – l’équivalent espagnol des César –, une reconnaissance majeure, qui confirme la place singulière de la réalisatrice dans le paysage du cinéma européen contemporain. Le long-métrage a également reçu La Coquille d’or, la distinction suprême du Festival de Saint-Sébastien, offrant ainsi une belle récompense à cette œuvre qui interroge, avec pudeur, les fondations mêmes de l’intime.
Le pacte
Avant même l’annonce de l'adolescente, la réalisatrice installe un quotidien en apparence ordinaire. Amitiés, premiers émois amoureux, répétitions de chorale, soirées… Chaque élément semble à sa place pour ancrer cette jeune fille dans la “normalité”. Mais, en filigrane, une tension sourde semble l’accompagner, comme si sa décision était déjà en gestation. Ce contraste, entre la légèreté de l’adolescence et la radicalité du choix à venir, constitue l’un des moteurs émotionnels du projet.
Peu à peu, l’annonce agit comme un révélateur, faisant émerger les attentes, les peurs et les projections de chaque membre de son entourage. Issue d’une famille qui espère la voir poursuivre des études universitaires, Ainara se heurte aux inquiétudes de ses proches, qui oscillent entre respect du libre arbitre et soupçons d’endoctrinement. Sa foi est sans cesse interrogée : est-ce un appel sincère ou un refuge face à une souffrance muette ?
Le pacte
En ce sens, aucun membre de la famille n’est épargné par cette nouvelle. Les relations entre père et fille, entre frère et soeur, entre mari et femme, semblent toutes affectées par une même retenue émotionnelle. Alauda Ruíz de Azúa évoque cette retenue comme un véritable “sous-sol émotionnel”, où tout ce qui n’est pas dit prend une importance immense. Le silence ne disparaît pas, il s’accumule, pèse et ronge les liens. Dès lors, le vœu de silence ne semble pas seulement celui du couvent, mais aussi celui, plus ancien, de la cellule familiale elle-même.
Entre foi et raison, un même amour
Sur ce terrain fragilisé, l'œuvre semble progressivement s’équilibrer, entre foi et raison. Pour son premier rôle, Blanca Soroa incarne Ainara avec une justesse troublante, donnant corps à une foi vécue comme une expérience intensément réelle. Face à elle, Patricia López Arnaiz – déjà remarquée dans 20 000 espèces d’abeilles et Mediterráneo – compose une Maite rationnelle, inquiète mais profondément aimante.
En apparence opposées, ces deux figures féminines sont pourtant liées par un amour indéfectible. Maite voudrait que sa nièce s’ouvre au monde, qu’elle vive, qu’elle expérimente. Là où la tante perçoit une illusion dangereuse, Ainara ressent une certitude intime. “C’est dans cet écart, dans ce “tu ne peux pas comprendre”, que se jouent les conflits affectifs du film”, analyse la réalisatrice. “Comment accompagner quelqu’un qu’on aime quand on est convaincu qu’il se trompe profondément” ?
Le pacte
Au travers de cette relation tendue, Les Dimanches interroge moins la croyance elle-même que la place qu’elle occupe dans nos vies intimes. La foi d’Ainara n’est pas montrée comme un refuge naïf mais comme une tentative sincère de donner sens au monde et de s’y inscrire pleinement. En miroir, la rationalité de Maite n’est ni froide ni condescendante : elle est traversée par la peur de perdre, par l’angoisse d’un avenir qui lui échappe. En ce sens, l'œuvre capte avec finesse cette zone trouble où l’amour pousse à comprendre, mais aussi à résister.
Cette délicatesse de regard donne toute sa force émotionnelle au récit. En refusant les réponses simples, Alauda Ruíz de Azúa laisse le spectateur face à ses propres contradictions : jusqu’où peut-on accepter les choix de ceux qu’on aime ? À partir de quand l'inquiétude devient-elle une forme de contrôle ? Les Dimanches ne tranche pas, mais accompagne, offrant un espace rare de dialogue entre convictions intimes et attachement profond, comme l’explique la réalisatrice : “j’essaie de respecter les parcours émotionnels de chacun. Je ne voulais pas faire un film de camps opposés ni de tranchées idéologiques, mais créer des situations qui ouvrent des questions et poussent le spectateur à s’interroger sur ses propres émotions”. C’est dans cette tension, à la fois douloureuse et profondément humaine, que le long-métrage trouve sa justesse et son universalité.
Le pacte
Refusant toute prise de position idéologique, Les Dimanches avance sur une ligne de crête, ne choisissant aucun camp et respectant les trajectoires émotionnelles de chacun, “Je ne voulais pas faire un film de camps opposés, mais créer des situations qui ouvrent des questions”, précise Alauda Ruíz de Azúa. Si deux mondes semblent s’affronter – le spirituel pour l’adolescente, le rationnel pour la tante – ils ne sont jamais présentés comme des univers moralement hiérarchisés. Il s’agit d’un seul et même monde, traversé par des manières différentes de croire, de douter et d’aimer.
Véritable parcours d’adolescent en quête de sens, Les Dimanches s’impose comme une œuvre d’une grande délicatesse, qui interroge autant le rapport à la foi que les liens familiaux. Un récit profondément humain, dont les silences résonnent longtemps après la projection, à découvrir au cinéma dès le 11 février.
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