Send Help : faux sang, experte en survie... Tous les secrets de fabrication du nouveau film de Sam Raimi !
Laëtitia Forhan
Laëtitia Forhan
-Chef de rubrique cinéma
Fan de cinéma fantastique, de thrillers, et d’animation, elle rejoint la rédaction d’AlloCiné en 2007. Elle navigue depuis entre écriture d'articles, rencontres passionnantes et couvertures de festivals.

"Send help", le nouveau film de Sam Raimi, est à voir au cinéma. On vous dévoile les secrets de fabrication de cette comédie horrifique déjantée qui dresse un portrait au vitriol du monde de l’entreprise.

Quatre ans après Doctor Strange in the Multiverse of Madness, le légendaire Sam Raimi est de retour derrière la caméra avec Send Help, un thriller psychologique de survie aussi tendu que drôle.

Emmené par Rachel McAdams et Dylan O’Brien, tous deux dans des rôles à contre-emploi, l’histoire suit une employée, Linda Liddle, et son patron, Bradley Preston, seuls rescapés d’un accident d’avion. Coincés sur une île déserte, ils vont devoir surmonter les griefs du passé et travailler ensemble pour tenter de s’en sortir. Sauf qu’en fin de compte, la bataille pour la survie devient une épreuve de force, inquiétante et cruellement drôle, où chacun veut jouer au plus fin…

Send Help
Send Help
De Sam Raimi
Avec Rachel McAdams, Dylan O'Brien, Edyll Ismail
Sortie le 11 février 2026
Presse
3,4
Spectateurs
3,5
Séances (15)

Si Dylan O’Brien a décrit le film comme « Le Diable s’habille en Prada sous crack » lors d’une projection organisée pour des assistants, pour le réalisateur, il s’agit plutôt « d’une histoire de réalisation de souhaits ».

Le vrai sujet du film selon Sam Raimi

Sam Raimi ajoute à notre micro : « C’est l’histoire d’une personne opprimée qui est mal traitée par la hiérarchie et son patron, et qui a enfin la chance de se trouver dans un endroit où il n’y a pas de structure d’entreprise, ce qui la rendrait artificiellement inférieure ou lui donnerait une supériorité artificielle. C’est un endroit où vous êtes ce que vous êtes ; cette île dépouille tout l’artifice et révèle les gens tels qu’ils sont.

Je dirais aussi que c’est une histoire sur la façon dont le pouvoir corrompt. Car Dylan devient corrompu par le pouvoir dès le début du film, il est corrompu, et Linda tombe sous l’influence d’un pouvoir sans contrôle et devient elle-même corrompue au fil de l’histoire. »

Le cinéaste établit d’ailleurs un parallèle entre la survie et le monde de l’entreprise : « J’imagine que, dans le travail aussi, il s’agit d’une forme de survie du plus apte, mais présentée comme quelque chose de plus civilisé, presque déguisé. En réalité, il est question de battre la concurrence et de garder le contrôle du marché. Pour réussir en affaires, il faut sans doute de l’instinct, beaucoup d’intelligence et une certaine dose de ruse. »

20th century Fox

Thriller psychologique, Send Help est aussi tendu à l’écran qu’exigeant en coulisses. Huis clos à ciel ouvert, cette comédie d’épouvante a demandé beaucoup de préparation et des litres de liquides visqueux. Comme à son habitude, Sam Raimi a utilisé pas mal de litres de faux sang et… de vomi.

Faux sang, faux vomi et boue sucrée

Interrogé par nos soins sur ses secrets de fabrication, le cinéaste nous a livré sa recette du faux sang : « J’ai ma propre formule pour le faux sang : du sirop Karo (sirop de maïs), beaucoup de colorant alimentaire rouge, puis quelques gouttes de bleu pour lui donner cet aspect non oxygéné du sang. Et j’aime ajouter un peu de café pour le foncer. »

En ce qui concerne le vomi, Sam Raimi ajoute : « C’est le département artistique qui l’a fait. Ma demande était qu’il ressemble au poisson empoisonné avec ces baies orange que Dylan a utilisées pour empoisonner Linda. Je ne sais pas exactement ce qu’ils ont utilisé, mais j’avais demandé à ce que ce soit sans danger pour ses yeux s’il en inhalait. »

Concernant la boue, Rachel McAdams raconte dans le dossier de presse : « La boue est composée de biscuits et de miel. Mais parce que je suis d’origine canadienne, Chiara Tripodi (NDLR : la cheffe maquilleuse) l’a remplacé par du sirop d’érable. » Elle ajoute : « Entre répulsif anti-insectes, crème solaire, terre, sable et sang, jamais encore je n’avais été aussi sale sur un tournage ! »

20th century Fox

L’actrice confie d’ailleurs que cette immersion a rendu l’expérience aussi éprouvante que grisante : à force de répéter ces gestes, elle s’est surprise à envisager qu’elle pourrait, dans la vraie vie, survivre dans un environnement similaire.

Les défis rencontrés : chaleur, sable, noix de coco…

Et le tournage a duré 11 semaines… Pendant les six premières semaines, l’équipe a filmé dans les studios Disney en Australie, mais aussi dans la périphérie de Sydney. Puis, au cours des cinq dernières, la production a tourné sur la côte sud-ouest de la Thaïlande. Et ce sont ces dernières semaines qui ont été les plus complexes. L’équipe a en effet été confrontée à des conditions de tournage particulièrement éprouvantes, entre îles isolées, chaleur accablante, cascades physiques et apprentissage réel de la survie.

Dès la conception du projet, Sam Raimi souhaitait que l’île ne soit pas un simple décor, mais un véritable protagoniste du récit. Pour atteindre ce degré d’authenticité, l’équipe a tourné dans des décors naturels en Thaïlande, notamment sur l’île reculée de Ko Hong, dans la région de Krabi.

Falaises abruptes, végétation dense, sangliers sauvages, marées imprévisibles : chaque élément naturel participait à la tension dramatique du film. Mais cette recherche de réalisme a eu un coût logistique important. Certaines zones n’étaient accessibles qu’après plusieurs heures de transport combinant route et bateau, limitant drastiquement le temps de tournage sur place. Résultat : une organisation millimétrée, et une équipe soumise à la chaleur, à l’humidité et à un isolement quasi total.

20th century Fox

La précieuse aide d'une experte en survie

Sam Raimi le reconnaît lui-même : tourner dans un environnement tropical, loin de toute civilisation, a permis de placer acteurs et techniciens dans un état physique proche de celui des personnages. La fatigue, la sueur et l’inconfort ressentis à l’écran ne sont donc pas qu’un artifice de mise en scène.

Et pour être préparés, le metteur en scène a fait appel à Ky Furneaux, experte en survie et cascadeuse chevronnée. Sa mission : garantir que chaque geste effectué à l’écran soit crédible. Collecter de l’eau, allumer un feu, construire un abri, fabriquer des cordages à partir de racines… tout devait obéir à des règles réalistes.

Raimi précise : « On a accordé une grande attention aux détails. Comme l’histoire est totalement déjantée, il fallait que les décors soient réalistes mais aussi que les objets fabriqués par Linda, les bêtes qu’elle pouvait chasser ou l’environnement dans lequel elle évoluait le soient tout autant. Nous avons cherché à être le plus précis possible en nous entourant d’une équipe chevronnée accompagnée de l’experte en survie Ky Furneaux. »

20th century Fox

Distributeurs d'eau et balayeurs de sable

Il nous livre d’ailleurs le meilleur conseil qu’elle ait donné à l’équipe : « Rester hydraté. Dans cette situation de chaleur, il était de notre responsabilité, en tant que producteurs et réalisateurs, de veiller à ce que l’équipe ait de l’eau en abondance tout le temps. Parce que la plage devenait incroyablement chaude en milieu de journée en Thaïlande. Nous avions donc des gens uniquement dédiés à l’hydratation de l’équipe. C’était leur seul travail. On leur proposait constamment de l’eau. »

Autre poste qu’il a fallu créer pour les besoins du film : des balayeurs de sable. La productrice Zainab Azizi explique à Game Radar : « Comme nos personnages se trouvaient sur une île déserte, nous avons dû engager des balayeurs de sable pour effacer constamment les traces de pas. C’était très amusant, mais c’était aussi un défi que nous avons appris à relever. »

L’autre défi incongru : faire attention aux chutes de noix de coco… « Nous avons tourné dans une plantation de cocotiers, nous avons donc dû retirer toutes les noix de coco, car elles constituent l’une des principales causes de décès dans ce genre d’endroit. C’est une anecdote amusante, mais aussi une façon très embarrassante de mourir. Nous avons dû construire des escaliers pour descendre à la plage. Nous avons dû apprendre beaucoup de choses sur le son sur le plateau, en supprimant tous les bruits de pas et les déchets… C’était d’ailleurs assez triste de voir tous ces déchets qui s’échouaient sur le rivage. »

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Le crash d'avion

Mais au-delà de la plage, une autre séquence a été d’une grande complexité à tourner : celle du crash de l’avion, qui a nécessité un travail colossal de préparation. Un décor de jet privé entièrement démontable a été construit, capable d’être immergé dans un bassin pour simuler le naufrage. Chaque plan a été storyboardé en amont. Rachel McAdams a dû tourner plusieurs scènes sous l’eau, attachée à son siège, simulant la panique tout en respectant des protocoles de sécurité stricts. L’actrice décrit d’ailleurs cette séquence comme l’une des expériences les plus éprouvantes de sa carrière.

« Les scènes dans l’avion sont vraiment extrêmes. Je n’avais jamais tourné dans un bassin auparavant. Devoir faire semblant de ne pas pouvoir détacher ma ceinture de sécurité sous l’eau tandis que Sam me demandait si je pouvais crier tout en faisant des bulles et en gardant les yeux ouverts était franchement intense ! Cela a nécessité une importante coordination et beaucoup de temps, mais j’ai le sentiment que nous avons relevé le défi. Désormais, je peux tourner dans un bassin en me sentant plus détendue. »

À mi-chemin entre survival movie, thriller psychologique et satire sociale, Send Help s’impose comme l’un des projets les plus audacieux et viscéraux de la récente filmographie de Sam Raimi. Le film ausculte avec une ironie mordante les rapports de domination, le monde du travail et les mécanismes de pouvoir, tout en renouant avec cette manière inimitable qu’a le cinéaste de faire cohabiter l’horreur la plus brute et un humour noir ravageur. Impossible, dès lors, de ne pas penser à Evil Dead ou Jusqu’en enfer, tant Raimi y retrouve ce goût du chaos jubilatoire et de la cruauté ludique.

Send Help est actuellement au cinéma.

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