Contenu partenaire
Reconstitution historique, récit documenté, distribution internationale : le projet cinématographique le plus ambitieux de l’ère post-COVID ?
L’année 2021 marquait le triomphe d’Illusion Perdues, huitième long-métrage du cinéaste Xavier Giannoli : plus d’un million d’entrées au box-office, une superbe moyenne de 4,3 étoiles auprès de la communauté AlloCiné et, surtout, sept récompenses lors de la 47e cérémonie des César – dont le prestigieux César du meilleur film, Graal parmi les Graals pour les longs-métrages en compétition… Une myriade d’accomplissements qui présageait le meilleur pour le réalisateur.
Plus de quatre ans après ce succès, Xavier Giannoli s’apprête à dévoiler son nouveau long-métrage, un projet misant une nouvelle fois sur les grands atouts d’Illusions Perdues : un récit d’époque dense et passionnant inspiré de faits réels, des moyens impressionnants déployés pour mettre en scène une reconstitution saisissante et une galerie de personnages troubles, incarnés par des acteurs tout en nuance. Le résultat, un long-métrage intitulé Les Rayons et les ombres, sort en salle le 18 mars prochain. Alors, pari relevé ?
2026 WAITING FOR CINEMA – CURIOSA FILMS – GAUMONT – FRANCE 3 CINÉMA
Un récit nuancé et passionnant, porté par une distribution éblouissante
Les Rayons et les ombres s’impose tout simplement comme l’un des films français les plus ambitieux de l’ère post-COVID. Sur plus de vingt ans, le nouveau long-métrage de Xavier Giannoli suit le destin obscur du journaliste Jean Luchaire et de sa fille Corinne, jeune actrice promise à une grande carrière. Lui, d’abord fervent défenseur de la liberté de la presse et de l’amitié franco-allemande, finit par se laisser emporter par la machine collaborationniste. Elle, jeune vedette mondaine et talentueuse, se retrouve rapidement jetée dans la fosse aux lions des forces obscures de la Collaboration. En filigrane de leur histoire se dessine aussi celle d’Otto Abetz, militant allemand pacifiste et francophile finalement nommé à Paris comme ambassadeur du Reich.
Les Rayons et les ombres séduit d’abord par le réalisme de sa reconstitution historique, proposant aux cinéphiles une plongée passionnante dans le Paris occupé des années 40, une société bipolaire où, malgré la présence de soldats nazis dans les rues et l’impératif du rationnement, les soirées mondaines duraient jusqu’à l’aube et offraient à certains hommes et femmes du monde un divertissement charnel et décomplexé, en total détachement de la réalité politique et sociale. L’occasion pour Xavier Giannoli de convoquer l’univers festif et bigarré d’Illusions Perdues lors de scènes de débauches impressionnantes où se mêlent des centaines de figurants, se trémoussant au rythme de notes endiablées.
Richement documenté sur l’époque représentée – pas moins de deux décennies chargées d’un contexte crucial – Les Rayons et les ombres offre ainsi une vision fascinante et assez rare de l’occupation en France, loin de la lutte des résistants et maquisards. Laissant aux héros leur gloire, cette fresque historique s’attaque justement à la représentation, sensible, des figures de la collaboration : ceux qui, plutôt que de lutter ou pensant parfois le faire, se sont soumis aux impératifs de l’occupant nazi. Sans jamais justifier ou pardonner leur choix, s’attachant justement à filmer leur progressif glissement vers l’acceptation, Xavier Giannoli livre ainsi un portrait rare mais passionnant, incarné avec nuance par une distribution plus qu’investie.
2026 WAITING FOR CINEMA – CURIOSA FILMS – GAUMONT – FRANCE 3 CINÉMA
Jean Dujardin, d’abord. Quatorze ans après sa performance dans The Artist, qui lui avait valu un prix d’interprétation cannois et l’Oscar du meilleur acteur, le comédien livre une nouvelle prestation historique. Dans les Rayons et les ombres, il incarne Jean Luchaire, un père protecteur d’abord pacifiste, dont les convictions évoluent peu à peu vers l’approbation. Ce rôle pourrait devenir l’un des plus marquants de sa carrière et lui valoir une nomination aux César.
2026 WAITING FOR CINEMA – CURIOSA FILMS – GAUMONT – FRANCE 3 CINÉMA
À ses côtés, Nastya Golubeva livre, à vingt et un ans seulement, une performance d’anthologie : allant jusqu’à parfaitement adopter le jeu et la diction typiques des comédiennes des années 40 pour incarner Corinne Luchaire, elle brille aussi par son interprétation saisissante de la souffrance, cette dernière ayant toute sa vie été malmenée par la tuberculose.
Enfin, pour compléter son triptyque, Xavier Giannoli offre le rôle d’Otto Abetz au comédien allemand August Diehl. Remarqué pour ses performances dans 23 et Parfum d’absinthe, ce dernier offre une prestation parfaitement bilingue qui captive par son évolution : incarnant progressivement un jeune idéaliste rêveur, diplomate idéaliste puis instigateur de la mise en place de la politique de Collaboration avec l'Allemagne nazie, le comédien offre à une figure méconnue de l’Histoire une représentation fascinante, aussi trouble que l’époque représentée.
En salle le 18 mars, Les Rayons et les ombres s’impose comme une nouvelle réussite pour Xavier Giannoli, qui signe une fresque historique particulièrement dense, trouble mais fascinante d’une réalité souvent occultée de la Seconde Guerre mondiale. Portée par une distribution éblouissante, cette vision rare de la collaboration fascine par son approche et interroge, comme un écho funeste à notre époque, la responsabilité des médias face à la montée du fascisme.