Descendu par la critique il y a 30 ans, ce film d'action avec Vincent Cassel a "frôlé le classement X"
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Premier film du réalisateur Jan Kounen sorti il y a 30 ans, l'ultra violent "Dobermann" a donné quelques suées au comité de classification des films du CNC, comme il le raconte dans les colonnes du magazine Les Années Laser du mois de mars...

Dans le numéro de mars du magazine mensuel Les Années Laser, le réalisateur Jan Kounen se livre avec générosité à un retour exhaustif sur toute sa filmographie, ses hauts et ses bas.

Au début des années 90, Jan Kounen travaille beaucoup pour la publicité et signe deux nouveaux courts métrages très remarqués, Vibroboy et Le Dernier chaperon rouge, ce dernier le voyant travailler avec Emmanuelle Béart. En 1996, il signe son premier long-métrage : Dobermann.

"On a frôlé le X"

Porté par notamment par Vincent Cassel, Monica Bellucci, Romain Duris et Tcheky Karyo, le film, ultra violent et cultivant sans borne un esprit sale gosse, fit couler beaucoup (mais vraiment beaucoup...) d'encre. Autant dire risque maximum pour le réalisateur, comme il l'explique dans les colonnes du magazine.

"A côté de mes courts, j'ai proposé d'adapter une série de romans de Joël Houssin, que j'avais contacté après lui avoir montré Vibroboy. Tout était déjà là : un braqueur, une bande, des personnages, un ton. [...] J'étais dans une énergie de sortie des conventions. Être mal élevé m'intéressait. La politesse n'est pas une vertu en soi.

Je voulais faire un film que notre génération avait envie de voir, nourrie par d'autres cinémas. J'étais prêt à tout mettre sur la table. Si c'était mon dernier film, ce n'était pas grave. On y allait à fond, quitte à se faire carboniser. Tous les producteurs ne suivaient pas. Certains me disaient que c'était horrible. [...] Mon état d'esprit était simple : être en roue libre, ne pas demander la permission. La violence faisait partie intégrante de ce projet".

Une violence qui fera quand même tourner de l'oeil le comité de classification des films au CNC. "On a frôlé le X" lâche Kounen. "On m'a parlé de coupes, mais je n'avais pas envie de changer quoi que ce soit. Une interdiction aux moins de 16 ans me paraissait logique, cohérente avec le film".

StudioCanal

"Dobermann n'est pas que nul. Il est pire que ça..."

Sorti sur nos écrans le 18 juin 1997, les (més)aventures du gang du Dobermann attira un peu plus de 792.000 spectateurs; un chiffre très loin d'être insultant pour un premier film, qui plus est frappé d'une interdiction aux moins de 16 ans.

En revanche, la Critique, elle, s'est livré à un démontage en règle du film avec une rage au moins égale au rejet que le film a suscité dans ses rangs. Cultivant son esprit sale gosse jusqu'au bout, son édition DVD comportait même un petit livret, qui reprenait en partie certaines des critiques les plus assassines, comme un trophée.

"Dobermann n'est pas que nul. Il est pire que ça : tellement roublard et racoleur qu'il en devient franchement douteux. Dobermann ou le temps du mépris. On ne se marre plus du tout. C'est sinistre" avait asséné Télérama.

"Dobermann ou l'horreur cinématographique" lâchait Sud Ouest. "Plus violent qu'Orange mécanique... Plus violent, tu meurs. On n'avait encore jamais vu ça au ciné... Un étalage de violence qui fait reculer très loin le seuil de tolérance humaine, mais le pire c'est que plié en deux par la nausée, on reste quand même scotché à son fauteuil, avide de savoir ce qui va encore bien pouvoir se passer" écrivait France Soir.

StudioCanal

"Il est interdit aux moins de 16 ans... A la rigueur il devrait être interdit aux porteurs de pacemakers et aux plus de 65 ans. On aime et alors on rit, ou on sort avant de vomir" publiait La Tribune. Une dernière pour la route ? "Ce cinéma aussi rudimentaire que la pornographie ou l'art forain efface l'homme [...] Le résultat est nul. Et c'est ça qui est le pire. Pas de trace de style, d'image originale, de virtuosité de caméra, de lumière, de rythme. Nous sommes dans la bestialité intégrale" écrivait Le Figaro.

Vu la profession de foi de Kounen évoquée plus haut, on imagine qu'à la lecture de ces critiques, il a fait mouche, si l'on ose dire. Toujours est-il qu'il fut un temps question de faire une suite à Dobermann, même sans Kounen à bord, qui ne verra finalement pas le jour.

"J'ai toujours eu la conviction qu'une suite n'a de sens que si le temps a passé. Trente ans plus tard, avec les mêmes personnages transformés par la vie, là oui, ça deviendrait une vraie possibilité" commente le réalisateur. Même s'il ne faut jamais insulter l'avenir, la probabilité qu'une suite à Dobermann voit le jour est quand même bien faible désormais.

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