4 millions d’exemplaires vendus en France : l’éditeur français de Colleen Hoover (Jamais Plus) analyse le phénomène pour la sortie ciné de Reminders of Him
Laëtitia Forhan
Laëtitia Forhan
-Chef de rubrique cinéma
Fan de cinéma fantastique, de thrillers, et d’animation, elle rejoint la rédaction d’AlloCiné en 2007. Elle navigue depuis entre écriture d'articles, rencontres passionnantes et couvertures de festivals.

À l’occasion de la sortie au cinéma de Reminders of Him, nouvelle adaptation d’un roman de Colleen Hoover, AlloCiné a rencontré Arthur de Saint-Vincent, directeur de Hugo Romance. Il revient sur le phénomène éditorial autour de l’autrice.

Phénomène éditorial mondial, l’autrice américaine Colleen Hoover continue de conquérir le grand écran. Après Jamais plus – It Ends with Us et Regretting You, c’est au tour de son roman Reminders of Him d’être adapté au cinéma.

Mis en scène par Vanessa Caswill et porté par Maika Monroe et Tyriq Withers, le film raconte l’histoire d’une mère qui, après une longue absence, tente de reconstruire sa vie et de renouer avec sa fille, tout en affrontant les conséquences de son passé.

Reminders Of Him
Reminders Of Him
Sortie : 18 mars 2026 | 1h 55min
De Vanessa Caswill
Avec Maika Monroe, Tyriq Withers, Rudy Pankow
Presse
1,9
Spectateurs
3,3
Séances (27)

À l’occasion de la sortie en salles de cette nouvelle adaptation, AlloCiné s’est entretenu avec Arthur de Saint-Vincent, directeur général de Hugo Romance, l’éditeur français de Colleen Hoover.

Il revient avec nous sur l’ampleur du phénomène autour de l’autrice et sur l’essor de la New Romance, un genre qui s’est imposé en quelques années comme un véritable phénomène culturel.

AlloCiné : Pouvez-vous revenir sur la manière dont vous avez découvert la littérature de Colleen Hoover ?

Arthur de Saint-Vincent : En fait, il y a eu deux phases avec Colleen Hoover. Nous avons été les tout premiers éditeurs à publier ses ouvrages en France : nous avons acheté ses droits en premier et avons tout de suite adoré sa plume. La « New Romance » américaine est arrivée en France avec des autrices comme Christina Lauren, vers 2013. Colleen Hoover, elle, est arrivée sur un marché un peu plus mature. Nous l’avons rencontrée lors du festival New Romance en 2016 et avons immédiatement été séduits par son écriture.

Au début, ses ventes étaient correctes : c’était une autrice de grand talent, mais sur un marché alors plus restreint. Quelques années après notre première publication, elle a connu un véritable succès en 2021 grâce à BookTok, à peu près pendant la période du Covid. C’est à ce moment-là qu’elle a multiplié ses publications, et nous l’avons suivie.

Reminders of Him Universal Pictures
Reminders of Him

AlloCiné : Aviez-vous alors conscience que ses romans allaient devenir un tel phénomène éditorial ?

Arthur de Saint-Vincent : Quand on publie une autrice, on publie d’abord parce qu’on aime ce qu’elle écrit et qu’on espère toucher le plus grand nombre de lecteurs. Mais sur Colleen, personne n’aurait pu imaginer l’ampleur du phénomène.

Nous l’avons publiée en reconnaissant son talent, en voyant qu’elle écrivait des choses très différentes de ce que proposaient les autres autrices américaines, en espérant un succès, mais ce qui s’est passé depuis reste extraordinaire. Le phénomène BookTok de 2020-2021 a multiplié ses ventes par dix, ce qui a été incroyable.

Par exemple, les ventes de "Jamais plus- It Ends with Us" ont complètement explosé. En 2019, Jamais plus était à 20 000 exemplaires selon GFK, et aujourd’hui il dépasse le million. C’est phénoménal.

Le phénomène BookTok de 2020-2021 a multiplié ses ventes par dix

AlloCiné : Quand on est éditeur, comment accompagne-t-on un tel phénomène ?

Arthur de Saint-Vincent : L’accompagnement se fait sur trois plans. D’abord, publier les livres pour qu’ils soient correctement présents en rayon. Ensuite, les soutenir via le marketing. Et enfin, être là pour l’autrice, humainement, pour l’accompagner dans ce succès soudain.

Colleen Hoover Press Service / BESTIMAGE
Colleen Hoover

Même si elle vend des millions d’exemplaires, notre rôle est de rester honnête et présents. Nous, en tant qu’éditeur indépendant mais solide, nous assurons que chaque nouvelle publication bénéficie d’un accompagnement complet et que les titres existants restent visibles et soutenus en magasin.

AlloCiné : Avez-vous constaté un regain des ventes avec les adaptations cinématographiques ?

Arthur de Saint-Vincent : Oui. Nous travaillons beaucoup avec les maisons de production pour fournir des contenus et visuels adaptés, et accompagner la sortie cinéma avec des éditions spéciales. Selon la qualité du film - parce que nous en sommes tributaires - la nouvelle édition peut se vendre entre 20 000 et 80 000 exemplaires, ce qui est énorme pour un livre déjà existant. Mais c'est corrélé au succès du film en salles.

Nous sommes tributaires du succès des films

Pour Jamais plus - It Ends with Us, ça a été incroyable. le film est sorti en août 2024 et a surpassé toutes les prévisions.

Avant l'adaptation le roman avait déjà été un succès éditorial, mais au moment de la production du long métrage je m’étais entretenu avec la société de production qui voulait comprendre un petit peu ce qui s’était passé sur le marché de l’édition afin d'anticiper les chiffres du box-office. C'est de cette manière qu'ils font les estimations du budget marketing du film notamment. Et pour Jamais plus, ils ont fait trois fois plus que ce qu'ils avaient estimé.

Jamais plus Sony Pictures
Jamais plus

C’est un exemple parfait de la puissance éditoriale et sociétale de la New Romance, qui dépasse le simple phénomène de ventes. Ça commence à être un phénomène incroyable au cinéma, mais surtout et ce qu’il faut comprendre, c’est que c’est un phénomène sociétal.

C’est un phénomène sociétal

C’est cette prise de pouvoir des femmes, par les femmes et pour les femmes. Un phénomène extraordinaire qui dépasse largement le cadre éditorial et qui s’inscrit dans une histoire plus vaste. C’est à la fois nécessaire et réjouissant, même si ce mouvement naît aussi de réalités souvent plus tristes. Aujourd’hui, il n’a pas encore atteint son apogée, et j’espère qu’il continuera à se développer.

AlloCiné : Je voulais revenir sur les thématiques des romans de Colleen Hoover. Ses livres abordent des sujets très durs comme le deuil, les violences conjugales ou la culpabilité, et sont toujours portés par des femmes. Selon vous, est-ce que c’est ce mélange entre romance et sujets graves qui touche autant les lectrices ? Qu’est-ce qui fait que ça fonctionne autant ?

Arthur de Saint-Vincent : Oui, là-dessus je vais prendre un peu de hauteur. La New Romance, ce qui la différencie vraiment des romans Harlequin d’autrefois, c’est sa capacité à faire rêver à travers des histoires d’amour - et ça, il me semble essentiel de le rappeler. Mais ce qui fait sa singularité, c’est aussi de traiter des problématiques contemporaines, parfois très graves.

C’est exactement ce qui distingue Colleen Hoover : elle mélange des sujets très forts avec cette dimension de romance qui fait réagir les lectrices, celles qui, sur BookTok, font semblant de pleurer en lisant ses livres. Ce mélange extraordinaire, c’est ça la singularité de l’autrice.

Oui, ses romans parlent de réalités dures, mais ils permettent aussi de s’évader de ce monde un peu triste et, en même temps, d’aborder des problématiques qui nous touchent tous. Aujourd’hui, les lectrices veulent lire des histoires qui les font rêver, mais qui parlent aussi de ce qu’elles vivent au quotidien.

Regretting you Paramount Picture
Regretting you

C’est ça, la singularité de la New Romance et ce qui explique son succès fulgurant. C’est dans l’ADN de Colleen Hoover, et nous sommes très fiers de l’avoir publiée dès le départ, en portant ces histoires auprès d’un public féminin qui veut voir ces problématiques traitées comme les femmes les vivent.

AlloCiné : Aujourd’hui, combien d’exemplaires de tous les romans de Colleen Hoover se sont vendus en France ?

Arthur de Saint-Vincent : En 2024, Colleen Hoover a vendu un million d’exemplaires en France. Depuis ses débuts, elle a dépassé les 3 millions d’exemplaires physiques. Avec le numérique et l’audio, on approche les 4 millions d’exemplaires vendus sur tous les supports.

En France, Colleen Hoover a vendu 4 millions d’exemplaires sur tous les supports.

AlloCiné : Et pour Reminders of Him ?

Arthur de Saint-Vincent : Tous formats confondus, il dépasse les 100 000 exemplaires. La sortie du film pourrait encore booster ces chiffres.

AlloCiné : Quel est le profil des lectrices de Colleen Hoover ?

Arthur de Saint-Vincent : Oui alors c’est assez intéressant et c’est marqué. La New Romance en général, ce sont principalement des jeunes femmes, qui sont connectées sur les réseaux sociaux. Pour Colleen c’est un peu différent parce que c’est une autrice qui est arrivée avant, donc c’est un public féminin mais un peu plus mature, entre 20 et 50 ans. Elles sont connectées, lisent sur différents supports et apprécient une écriture travaillée, plus mainstream, tout en restant sensibles aux thématiques abordées. D'ailleurs, quand on fait de la publicité sur Colleen Hoover, on diversifie le plan marketing avec de l’espace plus mainstream.

Reminders of him universal pictures
Reminders of him

AlloCiné : Comment définissez-vous la New Romance et comment expliquez-vous son succès ?

Arthur de Saint-Vincent : La New Romance place l’amour au centre des histoires tout en traitant de problématiques contemporaines, parfois très dures. Ce sont des récits écrits par des femmes pour des femmes, avec des héroïnes fortes qui traversent des épreuves comme le deuil ou les violences conjugales. Ce mélange entre romance et sujets graves touche particulièrement les lectrices, qui se reconnaissent et trouvent aussi une forme d’évasion.

La New Romance est arrivée il y a un peu plus de 10 ans. Ce sont des phénomènes qui mettent du temps à atteindre leur apogée. Mais ce que je trouve super intéressant, c’est d’avoir ces phénomènes sociétaux, pas qu’éditoriaux, qui sont portés par des femmes pour des femmes mais demain aussi pour des hommes, et pour faire que les hommes puissent aussi comprendre les problématiques des femmes et faire qu’à la fin - parce que c’est l’objectif - on puisse vivre ensemble le mieux possible.

AlloCiné : Vous éditez de la New Romance depuis plusieurs années et aujourd’hui c’est un vrai succès. Il y a même des librairies spécialisées dans la thématique et ça représente une partie importante du marché du livre. Est-ce que l’explosion vous a surpris ?

Arthur de Saint-Vincent : Quand on développe un genre ou un segment, c’est qu’on y croit et qu’on souhaite qu’il fonctionne le mieux possible. L’explosion, oui, elle m’a surpris. Pas en termes de marché ou de volumes de vente, mais par la vitesse à laquelle cela s’est produit. Cela a suivi un véritable phénomène sociétal.

Aujourd’hui, ces thématiques et ces phénomènes sont partout, parfois en bien, parfois en mal, avec des histoires parfois incroyables. Je n’ai pas été surpris que ça fonctionne - nous l’avions édité en espérant un succès et qu’il trouve son public. Ce qui m’a vraiment étonné, c’est la rapidité avec laquelle tout cela a explosé.

Reminders of Him est à découvrir au cinéma.

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