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Une passion sulfureuse aux bouleversants accents tragiques
À Tanger, Mehdi voit sa relation avec Selma bouleversée lorsqu’il rencontre Marie, une riche Française dont les parents ont acheté une luxueuse villa dans la kasbah. Attiré par sa vie mondaine, il délaisse Selma, feignant d’ignorer que ses choix le rattraperont.
Pyramide Distribution
Plus de sept ans après le succès de Sofia, primé pour son scénario au Festival de Cannes dans la catégorie “Un certain regard”, la cinéaste marocaine Meryem Benm’Barek revient aux thématiques qui lui sont chères : les passions interdites et, plus encore, les nécessaires responsabilités qui en découlent.
Comme en écho au personnage de Sofia, personnage titre du film éponyme brillamment interprété par Maha Alemi, Mehdi incarne une jeunesse en quête de libertés, confrontée aux conséquences de ses actes. Sofia, tombée enceinte hors mariage et menacée d’être dénoncée aux autorités pour son accouchement illégal, devait par tous les moyens retrouver le père de son enfant. Mehdi, quant à lui, est déchiré entre deux femmes : l’une lui permettrait de stabiliser sa situation familiale par sa sincérité et son dévouement ; l’autre lui offrirait une porte de sortie vers la France, dans l’espoir de voir naître une brillante carrière d’architecte. Dans cette équation insoluble, le désir de chacune d’elle complique les choses : si Selma représente l’interdit, la foi et son dogme, Marie semble incarner une figure féminine fantasmée.
Mais refusant le monolithisme de ses personnages, Meryem Benm’Barek assume pleinement leur richesse émotionnelle, trouble et composite. La raison de cette authenticité ? La capacité de la cinéaste à puiser dans ses propres relations, sans se restreindre à raconter une seule histoire. “Le film est la somme de mes expériences amoureuses, où j’ai pu tour à tour être Selma, Mehdi et Marie”, raconte-t-elle.
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Si Derrière les palmiers parvient à épouser la complexité sentimentale des personnages qui composent son fascinant triangle amoureux, son intrigue revendique aussi des ressorts narratifs proches du thriller psychologique. Ainsi, le personnage de Driss Ramdi (Le Bureau des légendes, Rouge, Validé) s’enferme progressivement dans un tissu de mensonges, l’entraînant – mais aussi les spectateurs de son destin – dans une spirale infernale à laquelle seul un drame pourra l’arracher. Car, comme l’annonce le long métrage en référence poétique, les conséquences des actes finissent toujours par rattraper leurs auteurs.
Derrière le drame amoureux, un puissant message politique
Loin de circonscrire son périmètre narratif à la romance trouble de ses personnages, Meryem Benm’Barek signe un long-métrage engagé et questionne les fondations mêmes d’une condition sociale complexe. Si la relation de Mehdi et Selma (Nadia Kounda, bouleversante) interroge de manière évidente les nombreuses contraintes féminines au Maghreb – relations interdites en dehors du mariage, pressions sociales liées à celui-ci, avortement sévèrement puni par la loi – l’introduction du personnage de Marie (Sara Giraudeau, brillante de naturel) permet quant à elle de soulever un autre point fondamental : celui des disparités sociales au sein même du couple et le fantasme européen lié à l’exotisme.
En effet, le personnage de Marie parvient à capturer l’essence même d’une bourgeoisie déconnectée, pour qui le Maghreb fait office de décor de carte postale, loin des préoccupations quotidiennes des populations locales. En référence directe à son titre, Derrière les palmiers explore donc cette dualité entre idéal d’apparence et réalité souvent difficile, dont le personnage interprété par Sara Giraudeau incarne parfaitement la pensée hors-sol : entre douceur et immaturité, entretenue par ses riches parents, Marie ne semble pas avoir conscience des enjeux de sa relation avec Mehdi. S’il n’est pour elle qu’une distraction, elle est pour lui une véritable lueur d’espoir. Récompensée d’un César pour son rôle dans Petit Paysan, la comédienne Sara Giraudeau convainc ainsi par la subtilité de sa performance, candide et lointaine, en contraste brutal avec le personnage de Nadia Kounda, qui n’existe que dans la survie et l’urgence.
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“Ce film dépasse le seul plan personnel, explique Meryem Benm’Barek, il explore comment l’amour révèle les forces sociales, culturelles et historiques qui structurent nos vies. [...] À travers ce récit, l’intimité devient un espace politique, un moyen de questionner le monde et de montrer que ce qui semble personnel est toujours traversé par le collectif.”
Derrière les palmiers se teinte ainsi d’un engagement rappelant les œuvres d’Abdellatif Kechiche (La Graine et le mulet) ou Hafsia Herzi (La Petite Dernière). En parfaite illustration de cette démonstration rhétorique, le personnage de Carole Bouquet – la mère de Marie – s’impose comme une figure d’espérance autant que de méfiance.
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D’abord séduite par Mehdi comme par un objet exotique, mais aussi par sa somptueuse villa avec piscine bâtie par des ouvriers locaux, elle devient rapidement hostile à celui-ci dès lors que sa relation avec sa fille semble se concrétiser. “Qui va l’entretenir ? Où va-t-il vivre ?” Autant de questions posées par son personnage qui traduisent, avec acuité, l’attrait occidental pour les pays du Maghreb sans pour autant chasser la banalité du racisme.
À la manière d’une œuvre de mémoire, Derrière les palmiers interroge ainsi l’indéniable influence historique des civilisations occidentales sur les pays d’Afrique. Marie et ses parents sont systématiquement présentés en figures de domination, même inconscientes, qu’elles soient financières, professionnelles ou tout simplement sociales. Avec cette insolence propre à l’héritage colonial, cette famille bourgeoise semble persuadée que tout lui est dû.
En salle cette semaine, Derrière les palmiers s’impose donc comme une tragédie romantique palpitante et bouleversante, doublée d’une réflexion profonde et passionnante sur les rapports sociaux qui structurent, encore aujourd’hui, le monde jusque dans ses relations les plus intimes.