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Au début du XVIIIᵉ siècle, l’Ospedale della Pietà à Venise recueille et forme de jeunes orphelines à la musique. Dissimulées au public, souvent masquées ou derrière une grille, l’orchestre de jeunes femmes se produit pour les riches mécènes de l'institution. Cecilia, 20 ans, y excelle en tant que violoniste. Jusqu'au jour où l'arrivée d’un nouveau professeur de musique, Antonio Vivaldi, vient bousculer sa vie et celle de l’Ospedale.
Il était une fois, dissimulées dans un hospice vénitien, de prodigieuses musiciennes…
Cecilia vit depuis toujours à la Pietà. Elle ignore tout de ses origines, jusqu’à l’identité de sa mère, à qui elle adresse en secret des lettres pleines d’espoir. Ce manque la hante et l’empêche de se projeter dans l’avenir. Pourtant, en elle comme chez ses consœurs, sommeillent des désirs enfouis et une curiosité ardente pour un monde qu’elles n’aperçoivent qu’à travers la grille de l’église, lorsqu’elles jouent pour les patriciens de Venise. Mais ces jeunes femmes sont prisonnières d’un cruel paradoxe : elles ne peuvent quitter l’orphelinat qu’en se mariant, troquant ainsi leur cage contre une autre.
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Inspiré de faits réels – plus de 600 jeunes femmes ont fréquenté le couvent de la Pietà – Vivaldi et moi adapte librement le roman Stabat Mater (2008) de Tiziano Scarpa, qui retrace la vie singulière de ces brillantes musiciennes à travers le regard de Cecilia. Virtuose du violon, la jeune femme voit sa trajectoire bouleversée par l’arrivée d’un nouveau chef d’orchestre : un certain Antonio Vivaldi…
“Vivaldi et moi raconte un double éveil après un long hiver : celui de Cecilia, jeune violoniste talentueuse et orpheline en quête d’identité, et celui d’Antonio Vivaldi, compositeur habité par une frénésie créatrice mais fragilisé par un besoin viscéral de reconnaissance, explique le réalisateur Damiano Michieletto. Lorsqu’il arrive à la Pietà comme maître de violon et chef d’orchestre, c’est un homme solitaire, épuisé par la maladie, en quête d’un sens nouveau à sa création”, poursuit-il.
Le compositeur se heurte alors à une profonde frustration : celle de devoir écrire une musique conventionnelle pour satisfaire la Cour, quand il aspire à composer des œuvres plus audacieuses et exaltantes.
Sous son impulsion, les musiciennes de la Pietà s’éveillent à un souffle nouveau, tandis que Vivaldi découvre en Cecilia une interprète à la mesure de son talent, capable de donner toute leur ampleur à ses compositions. Entre eux naît une relation fondée sur la confiance, l’admiration mutuelle et l’amour de la musique, qui pousse la jeune femme à envisager son émancipation par l’art malgré sa condition. Car, contrairement à lui, Cecilia est une femme : un être que la société réduit encore à un objet de convoitise et condamnée à rester dans l’établissement jusqu’à son mariage.
Le pouvoir de la musique : une partition où chacun tient son rôle
Figure incontournable de la scène lyrique contemporaine, Damiano Michieletto s’impose comme l’un des metteurs en scène d’opéra les plus visionnaires et audacieux de sa génération. Directeur artistique du Festival de Caracalla 2025, où il a récemment signé une mise en scène de West Side Story, il réalise avec Vivaldi et moi son premier long-métrage, prolongeant ainsi son exploration des liens étroits entre musique, théâtre et image.
Une approche qui transparaît à l’écran à travers le soin minutieux accordé à l’authenticité et au respect des œuvres baroques originales, omniprésentes dans le film. Celles-ci constituent à la fois le son diégétique — interprété par les personnages à l’image — et le son extradiégétique, accompagnant et sublimant la mise en scène. Le spectateur remarquera également les nombreux clins d’œil à l’univers théâtral, mobilisés pour souligner le jeu de faux-semblants qui régit ce microcosme vénitien : les masques portés par les musiciennes, les costumes des aristocrates ou encore les séquences du carnaval de Venise qui participent à cette symbolique du déguisement et de la dissimulation.
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Dans le récit, la Pietà, administrée par un conseil de gouverneurs, finance ses activités grâce aux représentations musicales de son orchestre. L’institution rivalise avec trois autres établissements vénitiens comparables, eux aussi dotés d’ensembles féminins composés d’orphelines musiciennes.
Nobles italiens comme représentants politiques venus de toute l’Europe affluent ainsi pour admirer leurs performances et succombent parfois au charme de leurs interprètes. La musique devient ainsi un véritable instrument de pouvoir et de prestige, destiné à impressionner les puissances voisines dans un contexte politique tendu, marqué par les rivalités et les conflits. Dans cette Europe en guerre, les compositeurs sont plus que jamais sollicités pour écrire des œuvres capables de magnifier la grandeur des Cours qui les emploient.
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Un portrait inédit d’une figure historique incontournable
Si le film s’intéresse à la trajectoire de Cécilia et non à celle de Vivaldi, il dresse néanmoins en toile de fond un portrait fascinant et inédit du compositeur. Antonio Vivaldi incarne l’une des figures majeures et les plus prolifiques de la musique baroque, aux côtés de Bach et Haendel. Célébré dès son vivant, notamment durant la première moitié du XVIIIe siècle, il connaît cependant un long passage dans l’ombre : son œuvre tombe progressivement dans l’oubli pendant près de deux siècles.
Le film le révèle sous un angle moins connu : celui du fervent croyant. Ordonné prêtre en 1703, à seulement 25 ans, Vivaldi devient le “prêtre roux” en raison de sa chevelure flamboyante, mais également un prêtre atypique, affaibli par une affection respiratoire proche de l’asthme qui l’empêche de célébrer la messe. Ces contraintes le conduisent à se consacrer entièrement à la musique : violoniste virtuose, compositeur prolifique, chef d’orchestre et homme de théâtre.
Cette même année, il est nommé professeur de violon à l’Ospedale della Pietà. Il s’y investit pleinement, enseignant, composant et veillant à fournir à ses élèves des instruments dignes de leur talent. Sous sa direction, l’orchestre de la Pietà devient l’un des plus remarquables du XVIIIe siècle. Certaines musiciennes, parmi les meilleures de leur temps, inspirent à Vivaldi des œuvres audacieuses et novatrices — à l’image de Cecilia.
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Mais la mode baroque finit par s’éteindre, et malgré ses 40 ans d’encadrement à la Pietà, le public se détourne de ses œuvres. Il faudra attendre le début du XXe siècle et la redécouverte fortuite de nombreuses partitions pour que le génie de Vivaldi retrouve sa place au panthéon de la musique européenne.
Entre envolées baroques et destin bouleversant, Vivaldi et moi réenchante le film historique avec élégance. Une ode vibrante à la musique et à l’émancipation, à découvrir maintenant au cinéma.