C'est l'un des meilleurs thrillers des années 2000 : 26 ans après, sa scène d'ouverture est toujours aussi spectaculaire
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

En 2000, la scène d'ouverture de ce thriller culte a déconcerté des millions de spectateurs ! 26 ans plus tard, elle est toujours gravée dans les mémoires. Retour sur une séquence à la fois terrifiante, fascinante et dérangeante.

Des tâches rouges se déversent sur un fond blanc, pendant que le titre du film apparaît : American Psycho. Le tout est rythmé par des notes de musique lancinantes signées John Cale. On pense immédiatement à du sang, mais au fur et à mesure que les crédits défilent, on s'aperçoit que nous sommes dans un restaurant, et que ce liquide écarlate n'était autre que du coulis de fruits rouges.

American Psycho
American Psycho
Sortie : 7 juin 2000 | 1h 41min
De Mary Harron
Avec Christian Bale, Willem Dafoe, Jared Leto
Presse
2,9
Spectateurs
3,7
Voir sur Netflix

La caméra se promène dans les allées de l'établissement et s'arrête sur un groupe de jeunes hommes en costumes luxueux. Ils font visiblement partie de la haute société, estimant qu'un repas à 570 dollars est peu onéreux.

Metropolitan

Violence et raffinement

Ils partent ensuite en direction d'une boîte de nuit, où l'on suit un des hommes se dirigeant vers le bar pour commander à boire. De manière un peu hautaine, la serveuse lui indique qu'elle ne prend que le cash. Alors qu'elle s'éloigne, il lance une phrase absolument glaçante.

"T'es qu'une face de rat, sale pétasse ! Je vais te saigner comme une grosse truie, et boire ton sang de pute." Tout de suite après, le récit nous emmène dans un luxueux appartement, où nous retrouvons le "charmant" jeune homme au langage fleuri. Le style est épuré, la musique stylisée, douce, contrastant avec les paroles ignobles proférées quelques instants avant.

"J'habite au 11ème étage de la tour American Gardens, sur la 81ème rue ouest. Je m'appelle Patrick Bateman, et j'ai 27 ans. Je prends grand soin de moi, en mangeant léger, et en faisant de l'exercice chaque jour. Au réveil, si je suis légèrement bouffi, j'applique des sachets de glace sur mon visage, pendant mes abdos du matin. Je peux en faire 1000", souligne la voix off de Patrick Bateman, incarné par Christian Bale.

La caméra s'attarde sur le corps svelte et musclé du jeune homme, qui semble mettre un point d'honneur à avoir une hygiène de vie irréprochable. On le suit dans sa routine matinale lors de cette brillante scène d'ouverture concoctée par la réalisatrice Mary Harron. Sorti en 2000, c'était le premier grand rôle de Christian Bale au cinéma, et il crève l'écran.

De mémoire de cinéphile, on n'avait rarement vu une présentation de personnage aussi étonnante, mise en scène de cette façon. En quelques plans et quelques phrases, Patrick Bateman nous est introduit sous toutes les coutures, avec une efficacité redoutable. La cinéaste a parfaitement mis en image les mots de l'auteur du livre du même nom, Bret Easton Ellis.

Metropolitan

Le culte du narcissisme

On repense alors au tout début du générique, quand ce liquide rouge qu'on croyait être du sang s'est transformé en coulis servi dans un restaurant chic. Ce contraste mêlant violence et raffinement résume très bien notre personnage principal, Patrick Bateman. Soins du visage, produits de luxe, discipline extrême.... le jeune homme est montré dans tout son narcissisme, avec son obsession de l'apparence aussi puissante que son vide émotionnel.

En quelques minutes, dans cette scène d'ouverture remarquable, Mary Harron nous présente une satire grinçante du culte de la perfection. La séquence ressemble presque à une publicité ; tout est propre, brillant, contrôlé. Mais sous ce vernis de perfectionnisme se cache l'inquiétante personnalité de Patrick Bateman.

On comprendra ensuite que le film critique la superficialité et le matérialisme des années 80, en particulier dans le milieu des yuppies new-yorkais (acronyme de Young Urban Professional, un yuppie désigne un jeune cadre ambitieux et sans scrupules).

Metropolitan

Mary Harron instaure ainsi délibérément une ambiance froide et clinique, avec une mise en scène très propre, presque chirurgicale. Cette froideur visuelle reflète l’absence totale d’émotion du personnage de Bateman. C'est une scène d'ouverture extrêmement brillante, qui donne tout de suite le ton du film.

Dès l’ouverture, le spectateur comprend que le récit sera à la fois élégant et violent, sérieux mais aussi satirique, presque ironique. Derrière une façade parfaite se cache quelque chose de profondément troublant et dérangeant, et c'est là tout le message de cette incroyable séquence ! Et si ces quelques lignes vous ont donné envie de (re)voir le film, il est disponible sur Netflix.

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