S'il diffère naturellement par sa forme des oeuvres fictionnelles, le champ émotionnel ouvert par le documentaire peut être d'une puissance absolument dévastatrice. Parce qu'il aborde des sujets touchant parfois à l'intime, des questions qui nous heurtent profondément et nous interrogent, sur notre rapport au monde, aux autres et au vivant. Dans ce registre, The Cove - la baie de la honte s'impose comme une découverte majuscule.
"J'aimerais que ces films n'aient pas besoin d'être faits..."
"J'aimerais que ces films n'aient pas besoin d'être faits" déclarait tristement Luc Besson, venu présenter le documentaire The Cove - la baie de la honte lors du Festival du cinéma américain de Deauville en 2009. On a pu reprocher bien des choses au cinéaste. Mais certainement pas d'avoir eu la lucidité et le courage de distribuer en France ce terrible et bouleversant -on pèse nos mots- documentaire.
Le sujet ? Après s'être fait connaître dans les années 60 par la série Flipper, l'ex-dresseur de dauphins Ric O'Barry est aujourd'hui un défenseur acharné des cétacés. A Taiji, au Japon, il se mobilise contre le massacre de plusieurs milliers de dauphins par an, perpétré à l'abri des regards. Avec l'équipe de l'Oceanic Preservation Society, O'Barry entreprend de révéler la vérité sur Taiji au monde entier...
Couvert de prix dans divers festivals internationaux, notamment à Sundance où il remporte en 2009 le Prix du Public, récompensé par l'Oscar du Meilleur documentaire en 2010, The Cove - La Baie de la honte est un documentaire choc tourné dans l'illégalité et en caméra cachée, et tout à la fois ahurissant, bouleversant, intelligent et essentiel. C'est aussi le douloureux combat d'un homme, Ric O'Barry, fondateur malgré lui du business du dauphin, qui a passé les 35 dernières années de sa vie à lutter contre une industrie qu'il a initiée.
EuropaCorp Distribution
Côté japonais, la ligne n'a pas vraiment changé. La Préfecture de Wakayama publia dans la foulée de la sortie du documentaire une réponse officielle, le condamnant sans surprise. La chasse reste donc toujours ouverte pendant 6 mois, et pas question de mettre fin à cette tradition vieille de 400 ans, comme le déclarait encore en janvier 2014 le maire de Taiji, Kazukata Sangen.
Et lorsque l'Ambassadrice des Etats-Unis au Japon à l'époque, Caroline Kennedy (fille de JFK), s'en est émue publiquement dans un tweet officiel, celle-ci fut sèchement renvoyée dans ses cordes au sein des réseaux sociaux japonais.
En 2013, des vétérinaires et spécialistes du comportement étudièrent la méthode d'abattage des dauphins à Taiji, et ont conclu qu'une telle méthode d'abattage ne pourrait être tolérée dans un pays appartenant au monde développé. Pas de quoi faire frémir ou donner des remords aux autorités locales...
En 2018, la cinéaste japonaise Megumi Sasaki consacra un documentaire sur l'après The Cove, intitulé A Whale of a Tale. L'occasion de vérifier que, des années après le film choc oscarisé, la blessure restait vive à Taiji. Tout en constatant que la consommation de chair de baleine et de dauphin est largement ignorée par la jeune génération, au point de s'éteindre progressivement. Sauf chez les irréductibles et les tenants d'une tradition séculaire...
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