"Je me dis à ce moment là : On est foutu"... Et pourtant, il y a 30 ans, ce rôle inoubliable a valu à Nicolas Cage l'Oscar du Meilleur acteur
Brigitte Baronnet
Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, elle est journaliste pour AlloCiné depuis 15 ans.

Le film "Leaving Las Vegas" est ressorti au cinéma ce mercredi, 20 ans après sa sortie initiale sur les écrans français. Un rôle qui a valu un Oscar à Nicolas Cage ! De passage à Paris, le réalisateur a partagé des secrets de tournage rares..

20 ans après, Leaving Las Vegas revient au cinéma ! Une restauration éclatante arrive sur grand écran, grâce au travail conjoint de StudioCanal et Dulac Distribution. Cette version 4K permet de redécouvrir la splendeur du film écrit et réalisé par Mike Figgis, dont l'une des particularités est bien sûr les décors si cinématographiques de Las Vegas, mais aussi et surtout la performance bluffante de Nicolas Cage. Ce rôle lui a d'ailleurs valu un Oscar !

Dans Leaving Las Vegas, Nicolas Cage joue Ben, un scénariste alcoolique, fraichement licencié de la société de production où il travaillait. Il part pour Las Vegas avec l’intention de s’y perdre entièrement. Installé dans un hôtel miteux, à proximité des bars ouverts jour et nuit, il rencontre Sera (Elisabeth Shue), une prostituée dont il tombe amoureux. Elle choisit de l’héberger et l’accompagne dans sa déchéance, tandis qu’une relation intense et fragile se noue entre eux, au cœur des excès de la ville...

Leaving Las Vegas
Leaving Las Vegas
Sortie : 20 mars 1996 | 1h 51min
De Mike Figgis
Avec Nicolas Cage, Elisabeth Shue, Steven Weber
Spectateurs
3,8
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"Dès qu'il a lu le le scénario, il m'a appelé pour me supplier de surtout n'envoyer le scénario à personne d'autre !"

Beaucoup de choses ont été dites sur ce film, sur les conditions de tournage, son budget... Mais ce que l'on sait peu est comment Nicolas Cage est parvenu à ce jeu si authentique et intense. A l'occasion d'une avant-première du film à Paris, le mois dernier, nous avons demandé comment Nicolas Cage s'était préparé pour le rôle, et sa réponse est étonnante !

"Nicolas Cage est toujours très très imprévisible. Ce qui a été très payant pour nous est qu'il était volontaire. Dès qu'il a lu le le scénario, il m'a appelé pour me supplier de surtout n'envoyer le scénario à personne d'autre, à aucun autre acteur ! Il était très emballé. .Je pense que ça a vraiment changé la dynamique, que ce soit lui qui vienne vers moi plutôt que moi qui qui le supplie de faire le film."

Et d'ajouter : "Il a vraiment fait le film pour trois fois rien, et l'année suivante, il faisait un gros film pour Paramount. Sa proposition initiale, c'était d'être saoul de A à Z pendant tout le le tournage !

"Je me dis à ce moment là : On est foutu."

Ma réaction a été : "hors de question !" Il y a une scène où il était quand même ivre mort pour de vrai... C'est la scène où il détruit le le casino. La productrice est venue me voir un peu terrifiée en me disant : "Il vient de boire une bouteille de vodka entière en à peine une heure." Donc, il arrive complètement titubant sur le le plateau, et je me suis dit : "On s'est donné un mal de chien pour avoir une autorisation à tourner dans un casino, il est en train de casser une table, ensuite il casse un écran, ensuite il bouscule une une serveuse."

Je vois le le patron me regarder avec hantise. Je me dis à ce moment là : "On est foutu." Et en fait, les joueurs du casino commencent à l'acclamer, et je vois le patron se détendre, et là, tout commençait à aller mieux. C'était moins une ! Et autant, j'avais vraiment la rage contre Nicolas Cage dans ce moment-là, autant je trouve que la scène est vraiment forte, mais quand je repense à sa proposition de faire tout le film dans cet état, je me dis que ça aurait été un put*** de cauchemar !"

Leaving Las Vegas est l'adaptation d'un livre de John O’Brien. Ce projet est arrivé dans les mains du réalisateur de Mike Figgis alors qu'il venait de faire face à un cuisant échec à Hollywood avec le film Mr Jones, porté par Richard Gere.

"A ce moment-là, j'étais vraiment un homme brisé qui détestait l'industrie du cinéma"

"A ce moment-là, j'étais vraiment un homme brisé qui détestait l'industrie du cinéma, qui détestait le monde hollywoodien, se souvient-il face au public du cinéma L'Arlequin. Je me suis dit : "Je quitte Los Angeles, c'est fini pour moi." J'avais un copain galeriste à Los Angeles, qui m'a tendu ce livre, Leaving Las Vegas, que j'ai trimballé avec moi pendant deux mois dans ma sacoche. J'avais une certaine culpabilité à l'avoir, mais ne pas le lire. J'étais convaincu que c'était un livre assez mauvais.

Et puis, je me suis plongé dedans. Au bout de 10 pages, je me suis dit : "En fait, c'est un livre génial. Il est parfaitement déprimant, très sombre, et en même temps, je pense que si je l'adapte, il présente tout ce que Hollywood déteste." Pour moi, c'est l'assurance de faire un bon film en étant à l'abri des studios. J'ai obtenu des financements en France, donc merci la France. C'est un film qui a été rejeté par les studios jusqu'à la fin de sa production. Et aussi déprimant soit le sujet, c'était un matériau qui était excellent.

"Le fait de travailler sans la moindre interférence de studio, ça a été très précieux pour moi."

A cette époque, on m'avait envoyé, par le biais de mes agents, beaucoup de scripts qui étaient terribles. J'avais des conversations assez déprimantes avec l'industrie, c'est-à-dire que des cadres hollywoodiens qui ne connaissent rien à la vie me disaient comment j'étais censé écrire un personnage, structurer une histoire en trois actes. Et c'est des gens qui vivent dans une voiture, qui vont d'un point A à un point B, qui sont complètement dans une bulle et qui ne connaissent rien d'autre en dehors de leur propre industrie. Toutes ces interactions avec eux m'avaient déprimé.

J'ai vécu la découverte de ce livre vraiment comme un don du dieu du cinéma ! Ça a été un processus merveilleux de faire ce film : ma rencontre avec Nicolas Cage, ma rencontre avec Elisabeth Shue, le fait de décider de le faire en 16 mm, le fait de s'astreindre à un petit budget... (...) Alors bien sûr, il y a une dimension un peu "Je vous em****e", c'est-à-dire que je fais le film que j'ai envie de faire. J'ai vraiment adoré ce processus très libérateur. Le fait de travailler sans la moindre interférence de studio, ça a été très précieux pour moi."

Leaving Las Vegas est actuellement au cinéma. A noter la sortie d'un coffret 4K UHD + BLU-RAY avec plus de deux heures de suppléments (interviews, commentaire audio, making-of...), en simultanée de cette ressortie cinéma.

Propos recueillis le 17 avril 2026 au cinéma L'Arlequin à Paris. Traduction assurée par Emile Bertherat

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