22 ans après, la musique d'un des meilleurs thrillers de tous les temps continue de hanter tous ceux qui l'écoutent
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

D'une beauté lancinante et tragique, cette musique de film est l'une des plus belles jamais composées dans l'Histoire du cinéma. Retour sur un morceau légendaire, dont on ne parle pas beaucoup, mais qui reste d'une rare puissance.

En 2004, une oeuvre coréenne violente, âpre et brutale débarque sur les écrans : Old Boy. Réalisé par le maestro Park Chan-Wook et porté par un Choi Min-sik au sommet de son art, complètement possédé par un personnage à la fois fascinant et dérangeant : Oh Dae-Soo.

Old Boy
Old Boy
Sortie : 29 septembre 2004 | 1h 59min
De Park Chan-Wook
Avec Min-sik Choi, Ji-tae Yoo, Kang Hye-Jeong
Presse
4,0
Spectateurs
4,2
louer ou acheter

Pour mémoire, le récit nous emmène à la fin des années 80. Oh Dae-Soo, homme ordinaire et père de famille, disparaît brutalement sans laisser de trace. Enlevé en pleine rue, il se réveille enfermé dans une cellule privée, coupé du monde. Les années passent.

Son unique fenêtre sur l’extérieur : un téléviseur, par lequel il apprend l’assassinat de sa femme, un crime dont il est désigné comme le principal suspect. Privé de toute explication, rongé par l’incompréhension, Dae-Soo bascule peu à peu dans une obsession fiévreuse. La détresse laisse place à une rage froide, méthodique, qui devient sa seule raison de survivre.

15 ans plus tard, il est soudainement libéré, sans avertissement, sans réponse. Mais la liberté n’est qu’une illusion. Très vite, un mystérieux instigateur entre en contact avec lui et lui impose un jeu cruel : découvrir l’identité de son geôlier et les raisons de son supplice. Pour Oh Dae-Soo, la quête de vérité se transforme alors en descente vertigineuse dans un cauchemar encore plus vaste, où vengeance, mémoire et manipulation s’entrelacent jusqu’à l’insoutenable.

Wild Side

Une musique douce-amère

Oeuvre sombre et sans concessions, Old Boy a marqué son époque, raflant notamment le Grand Prix à Cannes en 2004, manquant de peu une Palme d'or qu'il aurait amplement mérité. Si le film est d'une virtuosité remarquable, dans tous les domaines, il brille aussi grâce à sa splendide musique composée par Yeong-wook Jo. Un morceau se détache particulièrement, intitulé The Last Waltz.

D’abord, il y a son contraste émotionnel. Le morceau est d'une finesse et d'une élégance étonnante, presque romantique, avec des cordes très fluides et une structure proche d’une valse. Park Chan-Wook a le génie de l'utiliser pour accompagner des scènes d’une violence psychologique extrême.

Ce décalage crée un puissant malaise, qui serre le coeur des spectateurs. Au lieu de souligner la brutalité, la musique l'enrobe d’une beauté troublante, ce qui rend l'impact encore plus fort.

Beauté funèbre

Ensuite, la mélopée est au service d'une ironie tragique. Le titre même, "Last Waltz" (dernière valse), évoque quelque chose de final, presque funèbre. Dans le contexte du film, l'infinie mélancolie qui se dégage de cette composition accompagne une révélation clé, un moment où tout bascule, ce qui lui confère une dimension fatale, inévitable.

Yeong-wook Jo a sciemment écrit un thème simple, répétitif ; on imagine facilement un couple danser sur cette musique très expressive. Par ailleurs, le morceau reste facilement en tête, un peu comme une berceuse sombre et lugubre. Cette simplicité le rend universel et immédiatement reconnaissable.

Enfin, The Last Waltz est indissociable de la mise en scène de Park Chan-wook. La façon dont la caméra, le rythme du montage et la musique s'alignent transforme la scène en une sorte de danse macabre visuelle.

La musique ne sert pas seulement d'accompagnement, elle devient une partie du langage narratif. C'est là tout le génie du réalisateur sud-coréen, qui a su tirer le meilleur parti de la magistrale composition signée Yeong-wook Jo.

Mythologie et fatalité

Ainsi, le cinéaste parvient à tisser une histoire presque mythologique, gouvernée par le destin. Ici, tout est déjà écrit à l'avance, comme dans une tragédie antique, et c'est exactement l'effet que fait The Last Waltz. Le morceau transforme la révélation finale en chorégraphie inévitable, presque élégante, comme si les personnages suivaient une partition qu'ils ne contrôlent pas.

Visuellement, Park Chan-Wook nous offre un choc psychologique extrême, et il met en contrepoids un thème musical évoquant la douceur, la fluidité et le raffinement. Ce contraste n'est pas accidentel, c'est une stratégie esthétique centrale chez le metteur en scène, qu'il déploiera également dans ses autres oeuvres.

Le réalisateur a consciemment mis en place une "violence élégante", où la musique adoucit pour mieux choquer. In fine, The Last Waltz n'est pas juste une belle musique, finement composée par un maestro ; c’est littéralement la forme sonore de la fatalité dans le film, et ce qui la rend absolument culte.

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