Réaliser une suite est une mission ô combien périlleuse. L'attente qui entoure Le Diable s'habille en Prada 2 démontre bien le statut de classique que s'est forgé l'original sorti il y a 20 ans déjà. Pour ce nouveau volet, toute l'équipe est de retour : d'abord, le quatuor d'acteurs - Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt et Stanley Tucci - mais aussi le réalisateur et la scénariste du film précédent, David Frankel et Aline Brosh McKenna. Cette dernière signe un scénario original qui, surprise, n'adapte pas la deuxième livre, Vengeance en Prada, publié en 2013.
Si le premier film nous invitait dans les couloirs d'une rédaction d'un magazine prestigieux et nous ouvrait les portes du monde impitoyable de la mode, que pourrait bien nous raconter la suite ?
Ce deuxième chapitre capture les évolutions de notre temps. L'industrie de la mode occupe toujours un rôle majeur dans l'intrigue - tout comme les tenues haute couture - mais Le Diable s'habille en Prada 2 a beaucoup de choses à dire sur la crise des médias et l'avenir plus qu'incertain des journalistes.
Un film qui décortique notre époque
En 20 ans, le paysage médiatique a bien changé, à commencer par le déclin de la presse papier au profit du digital. Cette révolution numérique impacte considérablement la trajectoire des personnages principaux et nommant celle d'Andy Sachs (Anne Hathaway). La première scène du film donne le ton et nous rappelle à la réalité du métier : Andy apprend son licenciement et celui de ses collègues par SMS. Une situation qui va de nouveau la mener vers Runway.
Né d'un père journaliste pour le New York Times, le réalisateur David Frankel avait à cœur de s'emparer de ce sujet, à l'instar de la scénariste Aline Brosh McKenna dont le fils est également journaliste. Le tout, avec le soutien des acteurs, à commencer par la très engagée Meryl Streep.
Twentieth Century Studios
"Tous les deux ou trois mois, une nouvelle publication ferme ses portes ou licencie tout son personnel, explique le cinéaste en interview avec AlloCiné. Le Washington Post a licencié un tiers de sa rédaction il y a deux mois, de même pour la BBC à Londres et le Daily News à New York. Alors oui, c'est la réalité du métier. La publicité papier a disparu. Tout est passé au numérique. Et même sur le numérique, il est devenu de plus en plus difficile de capter l'attention."
"Je pense que pour se lancer dans un tel domaine aujourd'hui, il faut avoir une ambition différente, une véritable passion et être prêt à faire certains sacrifices qui n'étaient pas nécessaires auparavant", ajoute Aline Brosh McKenna.
En une question, la scénariste résume l'intention de ce nouveau film : "Comment préserver son humanité, ses objectifs, son ambition et ses rêves dans un monde où la course au profit écrase tout le monde ?"
"Terrifié à l'idée de faire une suite"
Le Diable s'habille en Prada 2 s'inscrit dans la lignée du premier film. Il préserve tout le glam, l'acidité des personnages, la drôlerie des répliques et les titres pop qui faisaient le charme du précédent. Mais cet état des lieux de notre quotidien et son regard posé sur le monde des médias ajoutent une réelle pertinence à ce n°2, lui permettant d'être bien plus qu'une suite destinée à faire de l'argent.
"Pendant 20 ans, nous n'avons pas osé, rappelle David Frankel. J'étais terrifié à l'idée de faire une suite. C'est après une remise de prix, qui rassemblait Meryl, Anne et Emily sur scène, que l'idée a germé. Leurs retrouvailles nous ont rappelé leur complicité et leur humour. Il fallait travailler dur car le premier film avait placé la barre haute." Le défi est relevé.
Propos recueillis par Thomas Desroches, à Paris, le 16 avril 2026.
Le Diable s'habille en Prada 2, actuellement au cinéma