Dans une vie de spectateurs, il arrive que l'on se dise qu'on a trouvé une pépite, un film méconnu, à côté duquel tout le monde est passé. Cela aurait pu être le cas d'Il était une fois 2 salopards, western qui réunit Lee Marvin et Charles Bronson. Et s'il ne vous dit rien, c'est un peu normal, car c'est une vaste arnaque. Explications.
Un film d'escroc
Universal Pictures
Parfois, en lançant un film, on sent tout de suite que quelque chose ne va pas. Ainsi, au générique d'Il était une fois deux salopards, on remarque la mention de trois directeurs photo. C'est assez peu courant. Et surtout, deux réalisateurs sont crédités : Samuel Fuller et Charles S. Dubin. Une autre chose intrigue : Lee Marvin est crédité en "guest star". Et on commence à comprendre que le film que l'on regarde est en fait... une sorte de long métrage "Frankenstein" !
Car ce qu'on a devant les yeux n'est pas un film mais un bricolage. Un montage de deux épisodes de la série western Le Virginien, gros succès américain de la télé américaine de 1962 à 1971, l'un avec Charles Bronson, l'autre avec Lee Marvin, le tout avec quelques nouvelles scènes et une voix off pour enrober le tout !
Cette pratique de monter des épisodes de série télé en un long métrage n'est pas née avec ce projet puisque chez Disney, on avait déjà monté l'arc narratif des 13 premiers épisodes de la série Zorro avec Guy Williams en un long métrage intitulé Signé Zorro. Sauf que là, on franchit une nouvelle étape.
Et tout est calculé !
Universal Pictures
Car au-delà de la bricole pure entre les deux épisodes, il y a clairement une volonté de tromper. Diffusé en 1974 aux Etats-Unis, ce téléfilm est sorti en salles en 1978 dans plusieurs pays européens dont la France, et sous le titre Il était une fois 2 salopards, subtile mélange entre Les Douze salopards (déjà avec Bronson et Marvin) et Il était une fois dans L'Ouest.
Visuellement, sur l'affiche française, Bronson porte sa tenue reconnaissable du film de Leone, laissant entendre qu'il s'agit d'un western spaghetti réunissant les deux acteurs, surtout avec un titre pareil. Et seul le nom de Samuel Fuller, reconnu pour son talent, est indiqué comme metteur en scène. Evidemment, c'est une escroquerie de la pire espèce, conçue pour nous avoir.
Cette histoire inédite raconte donc de façon totalement décousue le parcours de deux frères. Le premier accuse le second d'avoir assassiné leur père qui le battait. Le second reproche au premier d'avoir mené leur mère à la tombe. Un western on ne peut plus classique, et tourné dans l'esthétique américaine des 60s pré-Leone.
Et ça vaut le coup ?
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Est-ce qu'au moins, ça se regarde ? Oui et non. Si adorez Michel et Michel, les faux raccords et les montages bricolés, ce film est fait pour vous, car vous pouvez jouer à trouver auquel des deux épisodes appartiennent chaque image, et même trouver les images inédites (souvent grossières) tournées pour lier l'ensemble.
Par contre, si vous venez voir un bon western, passez votre chemin. A part le plaisir de voir à l'écran Charles Bronson, Lee Marvin, Charles Grodin, James Drury (le vrai Virginien de la série) et le vétéran Lee J. Cobb, vous ne trouverez pas grand-chose de stimulant devant ce téléfilm mal ficelé.
Comme les images des stars sont rares, des plans entiers sont utilisés plusieurs fois, Bronson est parfois (mal) incrusté sur des décors, les vis-à-vis entre personnages en fonctionnent pas, et les dialogues interminables s'enchainent. Presqu'un cas d'école.
A noter que ce n'était pas la première fois que cela arrivait puisque deux ans avant, Universal avait sorti en salles aux Etats-Unis le long métrage Le Solitaire de l'Ouest, qui cachait déjà le mix de deux épisodes du Virginien : Nobility of Kings (S04E08, déjà avec Charles Bronson !) et Duel at Shiloh (S01E15). Plus regardable, le résultat n'en était pas moins trompeur.
Enfin, Marvin et Bronson s'étaient déjà retrouvés aux génériques de plusieurs VRAIS films comme La Marine est dans le lac (le premier rôle de Charles Bronson) et Courrier diplomatique d'Henry Hathaway, Les Douze salopards bien sûr, et enfin Chasse à mort de Peter R. Hunt, sorti en 1981.
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