Le 20 juin 2018, la série Yellowstone débarquait aux Etats-Unis sur la plateforme Paramount+. Première création originale de la plateforme, elle mettait en scène la famille Dutton, en lutte pour la préservation de son ranch, énorme propriété au sein du Montana.
L'attraction principale du show est alors Kevin Costner en tête d'affiche, et la question est de savoir si le créateur de la série, Taylor Sheridan, bon scénariste de cinéma (Comancheria, Sicario, Wind River) va réussir le passage à la série. Et au départ, personne n'y croit.
Au début, la presse fait mal
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A l'époque, la critique passe globalement à côté. Indiewire écrit : "Le cadre à lui seul suffit à vous émerveiller, mais ce n’est là que le fruit d’un bon repérage de lieux, et non d’une narration magistrale." Le Guardian appuie sur le fait que "même si Yellowstone offre un terrain propice, [Taylor Sheridan] n'a pas fait le travail nécessaire pour le cultiver." EW titre : "Yellowstone est une série de mauvaise qualité qui cherche désespérément à être prise au sérieux".
Pas mieux pour le Hollywood Reporter, qui n'y trouve qu'un "ramassis de clichés grandiloquents, désordonnés et mielleux, alimentés par la testostérone". Pourtant, le public va répondre favorablement à la série, et ce dès le début. Que s'est-il donc passé ?
A côté de quoi la critique est-elle passée ?
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Le succès de Yellowstone arrive très rapidement. Dès la première saison en 2018, la série devient selon Paramount et Nielsen, la série câblée la plus regardée derrière The Walking Dead. Autrement dit, aux Etats-Unis, le carton est total, au point que la plateforme renouvelle la série pour une deuxième saison avant même la fin de diffusion de la première. En France, cependant elle n'est encore suivie que par une niche.
Ce succès fulgurant de Yellowstone ne vient pas de tout le public américain. Ce sont majoritairement les spectateurs ruraux qui s'approprient la série, reconnaissant dans la lutte des Dutton pour leur domaine et leur opposition aux ingérences gouvernementales ou privées dans leurs affaires, un contexte qu'ils connaissent bien. Beaucoup d'Américains des campagnes ont connu le démantèlement et les mises en faillite des ranchs, la paupérisation des cowboys (et d'autres) qui en découle et les Amérindiens luttant localement pour retrouver leurs terres.
Taylor Sheridan n'est pas du Montana mais du Texas, et il connait ces problématiques mieux que n'importe quel scénariste de Hollywood. Bien que poussées à leur maximum pour les besoin de la fiction, certaines des péripéties de Yellowstone touchent l'Amérique en plein coeur. Une Amérique qui jusque-là était peu montrée à l'écran, surtout le petit. Elle véhicule également des valeurs plus proches des républicains que des démocrates, parti statistiquement un peu plus représenté dans les campagnes.
De l'authenticité et un brin de folie
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En plus, Yellowstone tire la majorité de ses ficelles scénaristiques de celles du genre "soap", les feuilletons tournés à la chaîne à la Dallas, Feux de l'amour et autres Amour, gloire et beauté. Rien n'est ridicule du moment que c'est joué au premier degré, et l'expression "aller trop loin" est bannie. Tout est possible dans Yellowstone, du moment que la série reste cohérente.
Ces ficelles de soap ont fait leurs preuves depuis des décennies et, utilisées dans Yellowstone, garantissent la bonne dose de mélodrame pour les spectateurs un peu moins impliqués dans les thématiques du show, qui peuvent pleinement s'investir dans les émotions et drames subis par les personnages et l'évolution humaine de la famille Dutton.
Et s'il fallait en rajouter, la série étant tournée en Utah et dans le Montana, elle propose de superbes décors naturels, permettant des plans de chevauchées magnifiques à travers la nature, procurant un dépaysement garanti. D'autant que la photographie du show signée Ben Richardson est superbe, son budget très confortable (7 millions par épisode pour la première saison) et que revoir Kevin Costner à cheval dans des paysages sublimes est une madeleine de Proust pour tout fan de western.
"Yellowstone", c'est l'Amérique
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Yellowstone est le reflet de l'Amérique d'aujourd'hui, elle pointe la division du pays, opposant les "gens en costumes" aux cowboys, sans toutefois choisir un camp. Car si les héros de l'histoire sont les Dutton, il est assez rapidement montré dans la série le sale boulot qu'ils se permettent d'accomplir pour garder un ranch sur le déclin et promis à disparaître. Les Dutton sont présentés comme des passéistes, et durant toute la série, cherchent à retarder l'inévitable. En résumé, ils sont des héros qui ont tort, ce qui en fait des personnages magnifiques.
Yellowstone ne cherche pas à montrer qu'un camp a raison plutôt qu'un autre. Les méthodes des Lakotas, des Dutton, des businessmen et des représentants du gouvernement sont les mêmes - violences, manipulation, intimidation - chacun se justifiant par son objectif à atteindre. Sheridan renvoie tout ce beau monde dos à dos et choisit de défendre le bon sens et la nature.
Pour conclure, à bien y regarder, dans Yellowstone, il y en a pour tout le monde. Et Taylor Sheridan et son collègue producteur et scénariste John Linson, cocréateur de la série, sont des hommes d'affaires trop avisés pour ne pas l'avoir conçue ainsi.
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