L'objet du délit : Agnès Jaoui et Daniel Auteuil pour la première fois réunis dans une comédie sur MeToo !
Brigitte Baronnet
Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, elle est journaliste pour AlloCiné depuis 15 ans.

Agnès Jaoui revient à la réalisation et à l'écriture pour une comédie audacieuse sur MeToo. Elle s'entoure d'une joyeuse troupe, dont Daniel Auteuil, avec qui elle joue pour la première fois au cinéma. Nous les avons rencontrés.

De quoi ça parle ?

Dans les coulisses d'une ambitieuse production de l’opéra "Les Noces de Figaro", les tensions montent lorsqu’une accusation d’agression sexuelle éclate, mettant en péril la production et forçant chacun à prendre position. Les conflits d’opinion et de génération se font jour, et comme toujours chez Agnès Jaoui, le rire n'est jamais loin du drame.

L'Objet du délit
L'Objet du délit
Sortie : 27 mai 2026 | 2h 13min
De Agnès Jaoui
Avec Agnès Jaoui, Daniel Auteuil, Eye Haïdara
Presse
3,3
Spectateurs
3,2
Séances (754)

Il fallait oser, Agnès Jaoui l'a fait ! Un an après Michel Leclerc (avec la comédie Le Mélange des genres), c'est au tour d'Agnès Jaoui de se frotter au sujet de MeToo sous la forme d'une comédie. Pour son premier film en solo depuis la disparition de Jean-Pierre Bacri, elle a écrit et réalisé une comédie audacieuse et piquante dont l'intrigue se passe dans le milieu du spectacle vivant. Pourquoi avoir voulu réaliser un film sur ce sujet ? Nous avons rencontré Agnès Jaoui avec Daniel Auteuil et Claire Chust, quelques jours avant la présentation du film à Cannes.

AlloCiné : Pour commencer cette interview, j'aimerais citer des propos de Jean-Pierre Bacri. Lors d'une interview, nous lui avions demandé d'où venait l'inspiration quand vous commenciez à écrire ensemble.

« C'est parce que ça démange que l'on se gratte. On veut se gratter, on veut en finir avec cette démangeaison, donc on écrit. Il faut qu'on soit motivé par quelque chose de puissant et d'urgent. »

En voyant le sujet de votre film, j'ai l'impression que cela colle parfaitement. Est-ce qu'il y avait une démangeaison à l'origine de ce projet ?

Agnès Jaoui : Oui, tout à fait. Depuis quelques années et le mouvement MeToo, j'observe plein de choses que je trouve géniales. Je trouve extraordinaire que les femmes parlent, que l'on devienne audible. C'est formidable que les jeunes filles ne se laissent plus emmerder, qu'elles prennent conscience de leurs droits, et que les actrices ne se sentent plus obligées de se mettre à poil pour faire ce métier.

Mais il y a des endroits où, effectivement, ça me gratte, ça me démange et me procure une sensation de malaise. J’ai assisté à des moments de jurys populaires, à des situations où j'ai l'impression que répondre à une injustice par une autre injustice ne va plus. À un moment donné, je m'inquiète des retombées de cette forme d'attitude.

Il y a beaucoup de choses qui me posent problème. Par exemple, la délation me dérange totalement. J'ai l'impression que c'est devenu complètement normal, alors qu'on dit à nos enfants qu'il ne faut pas dénoncer les autres.

En même temps, et c'est ce que j'essaie de dire dans le film, devant l'impunité qui a eu cours – et qui a encore cours dans le reste de la France et dans d'autres métiers –, je comprends qu'on ait envie de hurler, que ça se sache, et de se dire que ce n'est pas possible qu'ils s'en sortent comme ça.

Donc, sur plein d'aspects, je n'ai pas de solution. En revanche, l'idée de rester sur une position idéologique figée et de bannir toute pensée déviante du dogme, je sais que ce n'est pas la solution et que c'est contre-productif. C'est pour cela que j'avais besoin de parler de ce sujet.

Le film va être présenté à Cannes, qui est une caisse de résonance immense. Est-ce que vous avez commencé à imaginer les réactions à ce film, et quel type de retours espérez-vous ?

Daniel Auteuil : Moi, j'attends énormément de rires. Et à la fin du film, une réconciliation. Que les hommes et les femmes, les hommes entre eux, les femmes entre elles, aient envie de se prendre dans les bras. J'attends ça.

Claire Chust : Je suis d'accord. Par moments, j'ai été très en colère et je pouvais tendre vers une forme de grande radicalité par rapport aux inégalités hommes-femmes, aux violences sexistes ou au harcèlement, notamment par rapport à mon parcours personnel. Et là, cela fait du bien de se dire que, sans pour autant pardonner ou excuser les violences et les comportements inappropriés, on peut enfin en parler. Sinon, qu'est-ce qui se passe après ? Il faut bien qu'on ait une perspective. On va devoir cohabiter, on va être obligé de vivre ensemble.

Ce film m'a fait du bien à cet endroit-là. Au moins, les paroles sortent, chacun s'exprime. On peut ne pas être d'accord du tout et mal le prendre, mais au moins, on dialogue. Qu'on pardonne ou non, il se passe quelque chose et il y a un horizon. C'est ce qui m'a fait du bien en sortant du film. Et les rires aussi, parce que c'est vraiment une comédie. C'est beau, il y a du spectacle, de la musique, c'est touchant. On en ressort un peu bouleversé, ému. Il y a quelque chose de remuant.

Aurait-on pu imaginer cette histoire dans l'univers du cinéma, ou était-ce trop sensible ? Était-ce une volonté de votre part que cela se déroule dans le cadre de l'opéra ?

Agnès Jaoui : Oui, j'avais envie que ce soit un peu décalé. De plus, l'opéra connaît le mouvement MeToo, mais beaucoup moins que le milieu du cinéma. C'est sûrement aussi parce que cela intéresse moins les médias, les noms étant moins connus du grand public. Cela permettait également de le mettre en perspective avec une œuvre du passé, qui avait été assez révolutionnaire par rapport aux droits des femmes et aux rapports sociaux. C'est une pièce fondamentale. Enfin, je n'avais pas du tout envie qu'on se dise : « Ah bah oui, c'est le milieu du cinéma, donc elle décrit untel ou unetelle ».

Vous n'aviez encore jamais joué ensemble, Agnès et Daniel. Comment est-ce possible ? Y a-t-il eu des occasions manquées ?

Agnès Jaoui : Il y en a eu une ou deux, mais les choses ne se sont pas faites. Et là, ça y est, les étoiles se sont alignées.

Comment s'est passé ce projet de collaborer ensemble ? Comme cela n'avait jamais eu lieu...

Daniel Auteuil : Un coup de fil a suffi, j'étais prêt à accepter avant même de lire. Agnès a tenu absolument à ce que je lise le scénario, mais je n'en avais pas besoin. Je l'ai lu quand même, mais ce n'était pas nécessaire. C'était une joie absolue, un bonheur total, une envie absolue. J'ai été très heureux d'être avec elle, bien sûr.

Je crois aussi au fait très bizarre de s'admirer et de s'être vus à travers nos films respectifs. J'espère que tu regardais mes films ! Moi, je regardais les tiens. Donc on se connaît par ce biais. C'est évident qu'à un moment donné, il y a des rendez-vous que l'on ne veut pas rater. Je n'ai pas raté un seul instant de ce tournage, j'ai tout regardé tout le temps.

Propos recueillis par Brigitte Baronnet, à Paris, le 4 mai 2026

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