Une autofiction animée et bouleversante… portée par une galerie d’animaux !
Juliette Mansart
Juliette Mansart
-Rédactrice cinéma séries
Amatrice de comédies en tout genre, surtout celles qui ne se prennent jamais au sérieux, Juliette passe avec autant de plaisir de l'absurde à la tendresse, avec un attachement particulier pour les répliques que l'on ressort à tous les dîners.

Création artistique, liens familiaux, relations amoureuses… Des thèmes que Bouchra, en salle cette semaine, explore avec humour, mélancolie et tendresse. La vraie originalité de cette pépite animée ? Être portée par une distribution de tout poil !

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Une autofiction intime et profondément sensible 

Bouchra, 35 ans, cinéaste marocaine installée à New York, est paralysée par la peur de la page blanche. Un appel de sa mère depuis Casablanca ravive souvenirs et émotions enfouis. Au fil de leur échange, doux et fragile, une brèche s’ouvre, les images reviennent, les désirs aussi.

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Premier long-métrage de Meriem Bennani et Orian Barki, Bouchra apparaît comme une œuvre profondément personnelle, puisant directement dans l’histoire d’une des co-scénaristes. Au travers d’un récit délicat et singulier, Bouchra suit le parcours d’une coyote vivant à New-York, réalisatrice et lesbienne qui tente, avec son prochain projet cinématographique, de se raconter à ses proches. Les deux cinéastes expliquent avoir principalement travaillé sur des documentaires ou avec des non-acteurs jouant leur propre rôle, “donc intégrer [leurs] vies dans un film [leur] a semblé un élan naturel”, raconte Meriem Bennani. 

Bouchra
Bouchra
Sortie : 3 juin 2026 | 1h 23min
De Orian Barki, Meriem Bennani
Presse
3,9
Spectateurs
3,2
Séances (39)

Cette volonté d’ancrer l'œuvre dans le réel se ressent d’autant plus dans les échanges téléphoniques entre Bouchra et sa mère. “Ce n’est qu’un an après le début de la production que nous avons intégré les appels téléphoniques avec ma mère. Rien de ce que nous avions écrit ne semblait aussi nuancé et fort que ces conversations”, explique Meriem Bennani. Cette approche confère au long-métrage une authenticité bouleversante, comme si la frontière entre fiction et documentaire s’effaçait peu à peu. 

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Cette dimension intime irrigue alors l’ensemble du long-métrage. En effet, les deux cinéastes se sont investis dans chaque étape de la création, du scénario au montage, allant même jusqu’à prêter leur voix au personnage de Bouchra et de Yani, sa meilleure amie. Cette collaboration artistique semble ainsi nourrie par une proximité personnelle profonde. “Depuis que je connais Meriem, elle réalise des œuvres inspirées par sa famille et son foyer, confie Orian Barki. Sa mère joue dans beaucoup de ses films, mais jamais en tant qu’elle-même. J’avais le sentiment qu’un jour, elle voudrait faire un film sur leur relation. Je suis honorée qu’elle m’ait confié cette histoire”. À travers cette création à quatre mains, Bouchra apparaît alors comme une œuvre profondément intime, mais aussi résolument ouverte aux autres et au partage des émotions. 

Au-delà du récit du coming-out, l'œuvre cherche surtout à capter la complexité des liens affectifs. Plutôt que de reposer sur un affrontement frontal, Bouchra construit une tension plus diffuse, presque silencieuse. L'œuvre privilégie alors la délicatesse, explorant autant l’amour, la tendresse et l’attention qui circule dans les relations que les distances, les non-dits et les silences qui les traversent.

Une animation originale et expressive, au service des émotions 

Dans la continuité de leur web-série 2 Lizards, qui retraçait avec justesse et ironie des anecdotes de confinement lié au Covid-19 contées par des animaux anthropomorphes, les réalisatrices ont de nouveau choisi de donner vie à une faune hybride et expressive. Ce choix esthétique ne relève pas seulement du jeu visuel, mais permet aussi de traduire les contradictions intérieures des personnages. “Bouchra est quelqu’un qui cherche à plaire à tout le monde, toujours maîtresse d’elle-même, mais elle porte en elle des émotions intenses et de la rage. Nous avons donc pensé qu’un coyote rendrait bien cette tension. C’est un animal sauvage qui a l’air domestiqué”, explique Orian Barki. D’une certaine manière, l’univers graphique de Bouchra semblait déjà en germe dans leurs précédentes créations. 

L’animation devient ainsi bien plus qu’un simple dispositif formel : elle accompagne les émotions du personnage et enrichit son rapport au monde. “L’animation est aussi un excellent moyen de créer à la fois une proximité et une distance avec Bouchra, alors qu’elle évolue dans des mondes, des langues et des situations multiples”, précise Meriem Bennani. Entre douceur et mélancolie, humour et vulnérabilité, Bouchra semble alors dessiner le portrait d’une héroïne en quête de sa propre place, tout en invitant le spectateur à pénétrer dans une intimité profondément universelle. 

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Cette approche donne naissance à une œuvre visuellement saisissante. Les personnages sont conçus pour paraître réels, comme s’il suffisait de tendre la main pour effleurer leur peau et leur fourrure. Grâce à des expressions faciales subtiles, ils expriment des émotions complexes et nuancées. Dès lors, l’animation devient un véritable langage émotionnel, un moyen de raconter des histoires pleines de finesses.

Drôle, délicat et profondément touchant, Bouchra s’impose comme une œuvre d’animation singulière, à découvrir dès maintenant au cinéma.

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