Ce soir sur Canal+ : entre Lost et Yellowjackets, la nouvelle série du créateur d'Adolescence ne vous laissera pas indifférents
Emilie Semiramoth
Emilie Semiramoth
Cheffe du pôle streaming, elle a été biberonnée aux séries et au cinéma d'auteur. Elle ne cache pas son penchant pour la pop culture dans toutes ses excentricités. De la bromance entre Spock et Kirk dans Star Trek aux désillusions de Mulholland Drive de Lynch, elle ignore les frontières des genres.

Après "Adolescence", Jack Thorne adapte "Sa Majesté des Mouches" pour la BBC. Une mini-série bouleversante, à découvrir ce soir sur Canal+.

Depuis sa publication en 1954, Sa Majesté des mouches de William Golding figure parmi les œuvres les plus lues des collégiens ou lycéens. Deux adaptations au cinéma, en 1963 puis en 1990, avaient tenté l'exercice avec des fortunes diverses. C'est désormais la BBC qui s'y attelle, pour la première fois au format série, toujours intitulée Sa Majesté des mouches. Et l'attente valait la peine.

Pour ceux qui auraient échappé au roman au fil de leur scolarité, l'histoire suit un groupe de garçons britanniques qui survit au crash de leur avion sur une île déserte. Livrés à eux-mêmes, sans adultes, ils doivent s'organiser pour survivre. Deux clans émergent rapidement. L'un cherche à maintenir un semblant de civilisation, l'autre bascule peu à peu dans une violence primitive.

Entre les deux, une question traverse le roman de Golding de bout en bout : le fameux inné ou acquis ? Est-ce la société qui nous rend humains, ou la violence est-elle tapie en chacun de nous, n'attendant que l'occasion de se manifester ?

Sa majesté des mouches
Sa majesté des mouches
Sortie : 2026-02-08
Série : Sa majesté des mouches
Avec Winston Sawyers, Lox Pratt, David McKenna
Presse
4,0
Spectateurs
3,1

Le scénariste d'Adolescence frappe encore

Difficile de ne pas évoquer Adolescence en parlant de cette série. Jack Thorne, qui co-signait le scénario de la mini-série évènement de 2025, est ici seul aux commandes de l'écriture, et la filiation est évidente. Là où Adolescence explorait comment les réseaux sociaux peuvent précipiter un jeune garçon vers la violence, Sa Majesté des Mouches pose la question inverse. Que se passe-t-il quand toutes les influences extérieures disparaissent ? La réponse est tout aussi glaçante.

Jack Thorne fait preuve d'une fidélité remarquable à l'œuvre de Golding et la mise en scène de Marc Munden, tournée en grande partie au cœur de la forêt tropicale en Malaisie, donne à la série une ampleur visuelle saisissante. Ici, la beauté de la nature est toujours menaçante.

BBC

Des plans contemplatifs et une nature inquiétante

La série ne se contente pas de raconter. Dès le début, elle installe une atmosphère. Munden privilégie les plans longs sur la jungle, les animaux, la lumière qui filtre à travers les arbres. Une grammaire classique, mais redoutablement efficace pour montrer que ces enfants se fondent spontanément dans cette nature... avant que cette même nature ne révèle sa part d'hostilité.

On pense à Lost pour l'ouverture, avec ce plan sur un rescapé du crash qui se réveille dans la végétation dense, mais aussi à Yellowjackets pour cette façon de montrer des jeunes livrés à eux-mêmes et la mécanique des dynamiques de pouvoir qui s'enclenche avec une rapidité terrifiante.

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Des enfants qui ne jouent pas aux adultes

Le vrai miracle de la série, c'est son casting. Ces jeunes acteurs – pour la plupart inconnus – portent la série avec une justesse qui sidère. On retient entre autres le nom de Lox Pratt qu'on découvrira bientôt dans le rôle de Draco Malfoy dans la série Harry Potter. Il joue Jack, le chef de la chorale dont l'ego et l'autoritarisme effraient déjà.

Winston Sawyers en Ralph incarne l'autorité naissante avec une retenue parfaite. Mais c'est David McKenna dans le rôle de Piggy qui vole la vedette. Son personnage – rond, asthmatique, moqué – est ici traité avec une tendresse et une intelligence rares. Piggy comprend très vite ce qui se passe, bien avant les autres, sans jamais singer l'adulte qu'il n'est pas encore. Il dégage un sens des responsabilités bouleversant, une lucidité qui rend chaque danger qui le guette d'autant plus insupportable à regarder.

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Une série pour adultes, pas pour enfants

C'est là que Sa Majesté des Mouches version BBC rejoint Adolescence dans son ambition. Ce n'est pas une série pour les enfants. Par son sujet (la violence, la mort, la déshumanisation) mais aussi par sa forme. La série ne prend pas ses personnages pour des êtres fragiles à protéger, et ne prend pas son public pour des spectateurs qu'il faudrait ménager. Elle respecte l'œuvre de Golding dans ce qu'elle a de plus radical : montrer que la cruauté n'a pas d'âge, et que les dynamiques de domination se mettent en place avec une rapidité déconcertante, même – voire surtout – chez les plus jeunes.

La bande originale, signée Hans Zimmer, joue sur les arrangements vocaux des garçons du chœur – cet autre groupe mené par Jack – pour créer un contraste permanent entre l'innocence affichée et la menace sourde qui gronde. Un choix qui résume bien l'esprit de toute la série. Ce que vous allez voir est beau, et terrifiant, souvent en même temps.

Sa Majesté des Mouches est diffusée ce soir à 21h10 sur Canal+ et disponible sur l'app Canal+.

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