Depuis son lancement en 2022 sur Apple TV+, Severance s’est imposée comme un véritable phénomène. Récompensée à de multiples reprises et saluée par les critiques du monde entier, la série a même conquis des figures du genre comme Charlie Brooker, le créateur de Black Mirror. Mais au-delà de son intrigue de science-fiction captivante, la série est également louée pour la justesse de son regard sur certaines réalités du monde du travail.
C’est notamment l’avis de la psychologue canadienne Jennifer Fraser. Dans une analyse publiée par Psychology Today (via AdoroCinema), elle estime que Severance illustre avec une remarquable précision les mécanismes de répression émotionnelle qui peuvent s’installer dans certains environnements professionnels.
Une métaphore saisissante de la souffrance au travail
“La série télévisée Severance est une étude de la répression et du refoulement au travail. Elle explore le harcèlement au travail, une forme d’oppression, en expliquant en partie son origine par l’obligation faite aux employés de réprimer leurs émotions. La principale distinction entre répression et refoulement réside dans le fait que la première est consciente, tandis que la seconde est inconsciente ; la première est acquise par les conventions sociales, tandis que la seconde est une réaction à des sentiments de culpabilité et de peur.”
Pour Jennifer Fraser, le concept central de la série – la séparation totale entre la vie professionnelle et la vie personnelle des employés de Lumon Industries – constitue une métaphore particulièrement efficace des exigences parfois imposées aux salariés. Dans certains milieux professionnels, afficher ses émotions est perçu comme une faiblesse et l’on attend des employés qu’ils laissent leurs problèmes personnels à la porte de l’entreprise.
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Severance pousse cette logique à son extrême. Grâce à une intervention chirurgicale, les employés développent deux identités distinctes : leur “Outie”, qui existe en dehors du travail, et leur “Innie”, qui n’existe qu’au sein de l’entreprise.
L’Outie (l’Exter) mène une vie normale, mais ignore totalement ce qui se passe pendant ses heures de travail. À l’inverse, l’Innie (l’Inter) ne connaît rien du monde extérieur : ni sa famille, ni ses proches, ni même les événements qui rythment sa vie personnelle. Pour cette personnalité enfermée dans l’entreprise, chaque journée de travail semble se succéder sans véritable pause.
Des managers prisonniers de leurs propres mécanismes
Selon Fraser, la série ne se contente pas de montrer les conséquences de cette séparation sur les employés qui entourent le protagoniste Mark (Adam Scott). Elle met également en lumière les comportements des dirigeants qui entretiennent ce système.
La supérieure de Mark, Harmony Cobel, incarnée par Patricia Arquette, représente parfaitement cette dynamique, une personne qui “projette des sentiments désagréables sur le monde et sur les gens qui l’entourent”, en l’occurrence, ses subordonnés. La psychologue estime ainsi qu’elle illustre la tendance de certaines figures d’autorité à projeter leurs propres frustrations et émotions négatives sur leurs subordonnés.
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Dans cette logique, les employés deviennent progressivement des adversaires qu’il faut contrôler, surveiller ou faire taire. Pour Fraser, cette attitude repose sur des mécanismes de répression psychologique qui peuvent, dans certains contextes, favoriser les comportements abusifs et le harcèlement au travail.
Par conséquent, ce sont principalement les managers de la série qui refoulent leurs émotions et leurs propres sentiments. Leur justification de l’abus de pouvoir n’est autre que “le mécanisme psychologique de la répression”, qui constitue, d’une certaine manière, le fondement du harcèlement au travail.
Le secret d’un succès mondial
Cette lecture psychologique de Severance explique aussi en partie pourquoi la série rencontre un tel écho auprès du public. En explorant les frontières entre vie professionnelle et vie privée, la pression exercée par certaines cultures d’entreprise ou encore la quête de sens au travail, l’œuvre de Dan Erickson touche à des préoccupations qui résonnent chez de nombreux spectateurs.
C’est précisément cette capacité à transformer des enjeux bien réels en une fiction captivante qui fait de Severance bien plus qu’une simple série de science-fiction, et explique pourquoi son analyse du monde du travail est jugée si juste par certains spécialistes.
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Une saison 3 déjà confirmée
Les fans peuvent se réjouir : Apple TV+ a officiellement renouvelé Severance pour une troisième saison. En revanche, il faudra encore faire preuve de patience avant de retrouver Mark Scout et ses collègues.
Le tournage des nouveaux épisodes devrait débuter prochainement, mais aucune date de diffusion n’a encore été annoncée. Tout porte donc à croire que les spectateurs devront attendre encore plusieurs mois avant de découvrir la suite de l’une des séries de science-fiction les plus marquantes de ces dernières années.
En attendant, les deux premières saisons de Severance sont à (re)découvrir en streaming sur Apple TV+.
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