"Je ne comprends pas" : ce que Clint Eastwood pensait du dernier western avec John Wayne
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Pour Clint Eastwood, le final du dernier western avec John Wayne n'avait pas de sens. Vous souvenez-vous du "Dernier des géants" ?

Attention, l'article ci-dessous dévoile de potentiels spoilers sur le dernier western avec John Wayne. Si vous ne souhaitez pas en connaître la teneur, merci de ne pas lire ce qui suit…

Au début de l'année 1976, John Wayne, 69 ans, est en rémission d'un cancer du poumon qui lui a valu une ablation du poumon gauche et de deux côtes. Son état de santé est de notoriété publique, puisqu'il en a parlé dans les médias, et c'est dans ce contexte qu'il accepte de tourner dans un western intitulé The Shootist, Le Dernier des géants en français.

Dans ce film, il incarne un ancien shérif devenu pistolero qui apprend qu'il est atteint d'un cancer incurable et qu'il ne lui reste que quelques semaines à vivre. Il est également décidé à ne pas attendre la maladie, et choisit comment mourir. Mais la façon dont cela se déroule dans le film n'a pas de sens pour une autre grande figure du western : Clint Eastwood.

"Je ne comprends pas"

FAME PICTURES / BESTIMAGE

Dans Conversations with Clint: Paul Nelson's Lost Interviews with Clint Eastwood, récemment cité par Slashfilm, on peut lire l'incompréhension du réalisateur d'Impitoyable à propos de la séquence finale de ce Dernier des géants :

"Je n'ai pas lu le livre, donc je ne sais pas si ça s'y trouve à l'origine, mais je ne comprends pas pourquoi ils ont inventé une scène avec ces méchants dont on ne voit jamais vraiment qu'ils ont fait quelque chose de mal, et qu'il les tue."

En effet, à la fin du film, J. B. Books (Wayne) fait prévenir trois personnes à la réputation violente qu'il sera au saloon tel jour, à telle heure. Sur place, sans trop que l'on comprenne pourquoi, l'un des trois types dégaine contre Books et une fusillade s'ensuit. Le pistolero s'en tire avec des blessures, avant d'être abattu dans le dos par le barman.

Eastwood pointe donc le fait que le personnage de Wayne n'a pas vraiment d'excuse à réunir ces trois types au passé trouble, hormis pour les inciter à s'en prendre à lui afin qu'il puisse mourir sous leurs tirs (puisque se sachant condamné, il a un désir de mort). En bref, ils n'avaient rien demandé, mais sont repartis du saloon les pieds devant. On pourra rétorquer qu'ils ont dégainé les premiers, mais le débat est lancé.

John Wayne imprime sa légende

Paramount Pictures

Par ailleurs, sur le tournage de ce film, Wayne cherchera à entériner sa légende, comme Eastwood le confie avec deux anecdotes, également issues du livre :

"Don [Siegel] m'a raconté qu'un jour, il voulait que [Wayne] tire sur un type dans le dos. Il a répondu : 'Je n'abats personne dans le dos'. 'Mais le type vient d'essayer de te tuer, qu'est-ce qui te retient ?' Wayne avait simplement des idées différentes sur l'image et l'apparence qu'il voulait véhiculer."

"Le caméraman Bruce Surtees utilisait beaucoup de tons sombres, il cherchait à créer une atmosphère, mais Wayne avait surtout travaillé avec des gens qui, durant des années et des années, éclairait beaucoup plus et plus directement. Les pupilles étaient toujours éclairées au maximum. Pour avoir pas mal travaillé avec Bruce, c'était l'opposé de ça. C'était simplement une autre façon de travailler, et il n'arrivait pas à l'expliquer à Wayne."

Le Dernier des géants sera le dernier film du héros de Rio Bravo, qui décèdera trois ans plus tard, en 1979, d'un cancer de l'estomac.

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Corentin Palanchini
Il aime les superbes paysages (Ford), les sales gueules et les BO de Morricone (Leone), les héros indomptables (Hawks), les rebelles (Sollima), les solitaires (Eastwood), les délires (Les Mystères de l’ouest), la guerre de Sécession (The Good Lord Bird, Glory) et l'héritage de tout ça (Yellowstone).
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