Aujourd’hui encore, difficile d’imaginer un autre visage que celui de Michael J. Fox dans le rôle de Marty McFly. Pourtant, lorsque le tournage de Retour vers le futur a commencé, ce n’était pas lui qui incarnait le célèbre adolescent propulsé à travers le temps.
Pendant plusieurs semaines, c’est en effet Eric Stoltz qui donnait la réplique à Christopher Lloyd dans le rôle principal du film de Robert Zemeckis. Un choix qui semblait alors définitif, avant qu’un revirement spectaculaire ne change le destin du long-métrage.
Une annonce surprise au cœur de la nuit
Près de six semaines après le début du tournage, Robert Zemeckis et le producteur Steven Spielberg ont progressivement réalisé que l’interprétation de Stoltz ne correspondait pas à la vision qu’ils avaient du personnage. Là où Marty McFly devait être spontané, léger et doté d’un sens naturel de la comédie, l’acteur apportait une approche beaucoup plus dramatique.
Cette décision prend de court une grande partie de l’équipe. Dans une interview accordée à GQ en 2022, Christopher Lloyd s’est souvenu de ce moment inattendu.
“Il y avait un autre acteur et Michael est arrivé après six semaines de tournage. Ils ont simplement décidé qu’ils avaient besoin de quelqu’un avec un talent comique. Et Stoltz est un acteur merveilleux, je n’avais aucune idée que ce changement allait arriver. Une nuit, nous tournions au centre commercial, la séquence de début, on nous a tous demandé de venir dans l’une des caravanes à une heure du matin et [le producteur Steven] Spielberg était là et a annoncé le changement.”
Une erreur de casting reconnue par le réalisateur
Des années plus tard, lors d’un entretien accordé à George Stroumboulopoulos sur CBS, Zemeckis est revenu sur cette décision qui l’a profondément marqué.
“Cela n’avait rien à voir avec son talent”, a-t-il ainsi raconté au sujet de l’interprète original de Marty. “Eric est un acteur brillant, on l’aime dans tout ce qu’il fait. J’ai simplement fait une erreur de casting, et j’ai appris une vraie leçon (...). Ça fait souffrir tout le monde. Ce qu’il faut, c’est faire le casting de la bonne manière, et avoir le sentiment d’avoir bien fait les choses. Autrement, il vaut mieux ne pas vous lancer.”
Pour le réalisateur, cette expérience est devenue un rappel constant de l’importance cruciale du casting dans la réussite d’un film.
Dans l’ouvrage We Don’t Need Roads: The Making of the Back to the Future Trilogy de Caseen Gaines, sa partenaire de jeu depuis quelques semaines, Lea Thompson, a quant à elle expliqué la situation en ces termes : “Eric avait une telle intensité. Il voyait le drame dans les choses. Il n’était pas vraiment un comédien, et ils avaient besoin d’un comédien. Il est super drôle dans la vraie vie, mais il n’abordait pas son travail comme ça, et ils avaient vraiment besoin de quelqu’un qui avait ce talent.” Un constat partagé par Christopher Lloyd, qui saluait les qualités d’acteur de Stoltz tout en estimant “qu’il n’apportait pas cet élément de comédie à l’écran.”
L’annonce la plus difficile de sa carrière
Reconnaître une erreur est une chose. L’annoncer à l’intéressé en est une autre. Conscient que le problème ne venait pas du talent de l’acteur mais d’une inadéquation avec le rôle, Zemeckis a dû prendre une décision particulièrement douloureuse : mettre fin à la participation d’Eric Stoltz et trouver un remplaçant.
Le cinéaste se souvient encore de cette conversation comme d’un moment extrêmement pénible : “Lui dire qu’il allait être remplacé ? C’était horrible. C’était la pire expérience de ma carrière, c’était tout simplement horrible. Je ne veux plus jamais revivre ça.”
Plus de quatre décennies après les faits, cette décision demeure l’un des choix les plus délicats de la carrière de Robert Zemeckis, mais aussi l’un des tournants les plus célèbres de l’histoire d’Hollywood.
Universal Pictures
Les inquiétudes de Christopher Lloyd
Pour l’interprète du docteur Emmett Brown, cette annonce n’était pas non plus sans conséquences. Une partie importante des scènes avait déjà été tournée et devait potentiellement être recommencée. L’acteur reconnaît avoir traversé une période d’incertitude après l’arrivée de Michael J. Fox.
“Ma plus grande crainte était que, comme je travaillais vraiment pour que Doc soit parfait, je me suis dit : ‘Je ne sais pas si je pourrai refaire [toutes les scènes]’. J’étais donc inquiet. Mais tout s’est bien passé”, a-t-il confié.
Une alchimie qui a tout changé
L’arrivée de Michael J. Fox va finalement transformer la dynamique du projet. Déjà populaire grâce à la série Sacrée Famille, l’acteur trouve immédiatement ses marques face à Christopher Lloyd. Cette complicité naturelle deviendra l’un des ingrédients essentiels du succès de Retour vers le futur, puis de ses deux suites.
Lloyd explique : “Michael [et moi], nous avions une alchimie qui a duré tout le temps. Nous pouvions revenir après une pause et être présents [dans la scène], nous n’avions pas à travailler pour cela. Donc c’était génial.”
Cette connexion spontanée entre les deux acteurs a largement contribué à faire de la trilogie l’une des plus appréciées du cinéma des années 1980.
Universal Pictures
Une histoire qui s’est terminée sans rancœur
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, cet épisode n’a jamais créé d’animosité durable entre Michael J. Fox et Eric Stoltz. Plusieurs décennies après les faits, les deux acteurs ont eu l’occasion d’échanger sur cette expérience commune et ont même développé une relation amicale.
Dans son autobiographie Future Boy, Fox est revenu sur cette rencontre avec beaucoup de recul : “Ce qui s’était passé sur Retour vers le Futur ne nous avait pas rendus ennemis ni rivaux ; nous étions simplement deux acteurs dévoués ayant investi autant d’énergie l’un que l’autre dans le même rôle. Le reste ne dépendait pas de nous. Il s’est avéré que nous avions bien plus en commun que notre passage dans la peau de Marty.”
Miramax Films
Si Michael J. Fox est devenu indissociable du personnage de Marty McFly, Eric Stoltz n’a pas disparu pour autant des écrans. L’acteur a poursuivi sa carrière avec des apparitions remarquées dans plusieurs productions, notamment Pulp Fiction (1994), Les Quatre Filles du Docteur March (1994), Jerry Maguire (1996), Anaconda (1997), L’Effet Papillon (2004) ou encore Harvey Milk (2008). Il s’est aussi illustré dans le drame biographique Mask, sorti la même année que Retour vers le futur, un film qui retrace le parcours d’un jeune homme atteint d’une malformation faciale. Dans celui-ci, il partage l’affiche avec Cher et Sam Elliott. Son interprétation lui permettra d’obtenir une nomination aux Golden Globes.
En parallèle, on a pu le voir à la télévision, notamment dans New York, police judiciaire. Il est également passé derrière la caméra en mettant en scène plusieurs épisodes de séries à succès comme Grey’s Anatomy, Glee, Madam Secretary et Bull.
Une œuvre toujours aussi populaire
Plus de quarante ans après sa sortie, Retour vers le futur continue de séduire de nouvelles générations de spectateurs. Christopher Lloyd mesure encore aujourd’hui l’impact du personnage de Doc Brown, certains admirateurs lui ayant confié avoir choisi une carrière scientifique ou d’ingénieur après avoir découvert la saga.
Devenue un monument de la culture populaire, la trilogie conserve intact son pouvoir de fascination et reste l’un des symboles les plus marquants du cinéma des années 80. Elle est disponible en VOD.
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