Aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands classiques de la science-fiction, Retour vers le futur aurait pourtant pu se conclure de manière radicalement différente. Avant d’opter pour son célèbre final autour de la foudre et de la tour de l’horloge, les scénaristes avaient imaginé une séquence beaucoup plus spectaculaire... et nettement plus sombre.
Une explosion nucléaire à la place de la foudre
Dans le film que tout le monde connaît, Marty McFly (Michael J. Fox) retourne en 1985 grâce à l’énergie d’un éclair capté par la DeLorean. Mais les premiers storyboards racontaient une tout autre histoire. En effet, en 2016, 113 storyboards inédits, dessinés par Andrew Probert, l’artiste du film, ont été découverts. Vendus pour 6 000 dollars, ils ont été présentés au public pour la première fois.
Dans cette version abandonnée, l’armée se prépare à un essai nucléaire dans le désert. Plusieurs hommes se tiennent dans la tour d’essai lorsqu’ils aperçoivent une DeLorean fonçant sur eux. Doc Brown (Christopher Lloyd), à la radio, a parfaitement calculé le moment précis où Marty se précipite sur le site. Il y a toutefois quelques similitudes avec la fin du film : Doc découvre la lettre annonçant sa mort en 1985 et la vieille voiture refuse de démarrer. Mais pour le reste, tout est différent : un compte à rebours démarre : 5, 4, 3, 2, 1… et la bombe explose juste au moment où Marty atteint 142 km/h. Une bombe atomique explose alors derrière lui. La déflagration détruisait entièrement la ville factice construite pour le test, avant que la DeLorean ne réapparaisse miraculeusement en 1985.
On passe ensuite en 1985, où des visiteurs sont rassemblés sur le site de l’ancien essaim nucléaire. Tandis qu’un guide leur parle des rumeurs concernant les étranges phénomènes qui s’y sont produits, un éclair et une rafale de vent marquent la réapparition de la DeLorean. Marty McFly est de retour chez lui, et sa DeLorean, qui peinait à démarrer, a miraculeusement survécu à une explosion nucléaire.
Universal Pictures
Pourquoi cette fin a été abandonnée
Si cette idée spectaculaire n’a jamais vu le jour, c’est principalement pour des raisons budgétaires.
Bob Gale, co-scénariste du film aux côtés de Robert Zemeckis, expliquait à Collider en 2020 : “La chose la plus chère était le tournage en extérieur et la construction de cette ville. Nous nous sommes dit que si nous pouvions supprimer cette étape – si nous pouvions éviter les tournages en extérieur et la construction de la ville et tourner dans un lieu que nous possédions déjà, à savoir le studio extérieur – nous économiserions facilement un million de dollars.”
Le studio cherchait alors à réduire les coûts de production, ce qui a conduit à l’abandon de cette séquence particulièrement ambitieuse.
Une meilleure fin pour Marty et Doc
Avec le recul, ce changement a probablement servi le film. Le final retenu offre un véritable moment de tension et de triomphe : Marty retrouve son époque, sa famille connaît un avenir meilleur et Doc échappe à la mort.
À l’inverse, une conclusion centrée sur une explosion nucléaire aurait considérablement modifié le ton de cette aventure familiale et aurait jeté une ombre sur le dénouement : personne n’a envie de penser à la guerre nucléaire en regardant une comédie sur le voyage dans le temps. L’histoire de Marty et Doc repose avant tout sur l’ingéniosité, l’humour et l’émotion, bien davantage que sur le spectaculaire à tout prix.
Un autre changement a d’ailleurs été effectué : Doc devait initialement déchirer le mot de Marty et le jeter dans la DeLorean. Andrew Probert a convaincu Bob Gale que Doc devrait plutôt glisser les morceaux dans sa veste, estimant que cela rendrait sa survie dans le présent véritablement surprenante. “Si on n’y est pas préparé, on passe à côté du fait qu’il ignore le but de la lettre… parce qu’elle n’a plus d’importance”, a expliqué Probert à Syfy WIRE. “Alors Bob a dit : ‘OK, faisons un storyboard et on verra ce que ça donne.’ Je l’ai fait et ça a marché.” En effet, cela renforce l’impression de triomphe qui se dégage de la fin.
Universal Pictures
Une idée qui a peut-être inspiré Indiana Jones
Fait amusant, cette version abandonnée comportait aussi un réfrigérateur utilisé comme abri face à l’explosion nucléaire. Une scène qui rappelle fortement Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, où le célèbre aventurier survit à une déflagration atomique en se cachant dans un réfrigérateur.
Selon l’acteur Jon Cryer, qui avait auditionné pour le rôle de Marty McFly, cette scène figurait bien dans l’une des premières versions du scénario. “Cette séquence vous rappelle quelque chose ?”, s’est-il amusé à commenter sur X (anciennement Twitter) en 2020.
Une habitude de supprimer des scènes sombres
Si la fin apocalyptique de Retour vers le futur n’a jamais été tournée, certaines scènes plus sombres ont bel et bien été filmées et sont encore visibles aujourd’hui.. Dans Retour vers le futur II, Marty se retrouve dans une réalité alternative où Biff (Thomas F. Wilson) est devenu riche grâce à l’almanach sportif venu du futur. Au lieu d’utiliser cet argent pour faire le bien, il s’est fait construire un casino et une tour gigantesques, tandis que Hill Valley, rongée par le crime, se dégrade autour de lui. Dans une scène coupée au montage, Marty, allant confronter ce Biff alternatif, tombe sur son frère Dave (Marc McClure), devenu un alcoolique à l’air hagard. Avant que Marty ne puisse l’aider, Dave prend la fuite.
Dans une autre scène coupée du troisième chapitre cette fois, l’atmosphère était encore plus sombre : le shérif de Hill Valley de 1855 (James Tolkan) est abattu par Buford Tannen sous les yeux de son jeune fils. Cette séquence, censée rendre Buford plus menaçant, a été judicieusement supprimée du montage final.
Plus grand n’est pas toujours mieux
Près de quarante ans après sa sortie, Retour vers le futur reste un modèle d’équilibre entre aventure, humour et émotion. La fin nucléaire aurait sans doute été plus spectaculaire, mais elle aurait aussi privé le film de ce qui fait encore aujourd’hui sa force : voir Marty et Doc Brown triompher grâce à leur débrouillardise plutôt qu’au milieu d’un champignon atomique.
Comme souvent à Hollywood, la meilleure idée n’est pas forcément la plus grandiose.
La trilogie Retour vers le futur est à revivre sur Disney+.
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