Quentin Tarantino est réputé pour son sens du détail. Chaque dialogue, chaque personnage et chaque élément de décor ont une importance particulière dans son cinéma. C’est pourquoi, plus de trois décennies après la sortie de True Romance, un choix artistique effectué par le réalisateur Tony Scott continue de l’irriter.
Bien avant de devenir l’un des cinéastes les plus influents d’Hollywood grâce à Pulp Fiction, Quentin Tarantino faisait ses premières armes comme scénariste. Parmi les nombreux projets qu’il a développés à ses débuts figure True Romance, dont il a finalement vendu le script alors qu’il n’était encore qu’un parfait inconnu dans l’industrie.
Le studio confie alors la mise en scène à Tony Scott. Entre la vente du scénario et la sortie du film, Tarantino connaît toutefois un premier succès avec Reservoir Dogs, ce qui contribue à attirer l’attention sur True Romance lors de sa sortie en salles, en novembre 1993.
Revenant sur cette période, le cinéaste expliquait : “Au total, j’ai dû m’essayer à plus de 30 scénarios. True Romance est le premier que j’ai achevé.”
Un récit très personnel
Le long-métrage suit Clarence Worley, interprété par Christian Slater, qui tombe amoureux d’Alabama, incarnée par Patricia Arquette. Leur rencontre, suivie d’une révélation inattendue, les entraîne dans une fuite mouvementée qui rappelle l’esprit de Bonnie and Clyde version années 90.
Même si Tony Scott est aux commandes, le film porte fortement l’empreinte de Tarantino. Plusieurs personnages et situations trouvent leur origine dans son propre vécu, notamment à travers Dick Ritchie et Floyd, deux colocataires hauts en couleur joués respectivement par Michael Rapaport et Brad Pitt.
À propos de ces séquences, le scénariste confiait : “C’est assez personnel.”
Le personnage de Dick Ritchie lui rappelle notamment ses années de galère à Los Angeles, lorsqu’il cherchait à décrocher ses premiers rôles : “J’étais parqué avec des tas d’autres mecs dans une agence de casting à essayer de décrocher un rôle de seconde zone dans Hooker ou un rôle de braqueur dans une pauvre série policière”, se souvient-il.
Une scène anodine qui cache une erreur selon Tarantino
C’est précisément dans l’appartement partagé par Dick et Floyd qu’apparaît l’élément qui fait encore grincer des dents le réalisateur.
À environ 1 h 27 du film, Clarence et Alabama rendent visite aux deux colocataires. Dans le décor, plusieurs affiches de cinéma soigneusement encadrées sont visibles derrière Brad Pitt. Parmi elles figure notamment celle de Reflets dans un œil d’or, le drame de John Huston porté par Marlon Brando et Elizabeth Taylor. Pour beaucoup de spectateurs, ce détail passe totalement inaperçu. Pas pour Tarantino.
Metropolitan
Des affiches incompatibles avec les personnages
Selon lui, ces éléments de décoration trahissent totalement la réalité sociale des personnages qu’il avait imaginés.
“J’étais comme eux, en colocation jusqu’à l'âge de 30 à peu près, jusqu’à ce que je vende le scénario de True Romance. Dick et Floyd sont un peu la vision que j’ai de mes colocataires. Pour la plupart, ils restaient vautrés sur le canapé à rien branler et mater la télé toute la journée”, dévoile le réalisateur.
Le problème ne vient pas tant des affiches elles-mêmes que de leur présentation particulièrement soignée.
“Ces posters au mur, j’ai toujours détesté ça. C’est un truc des décorateurs. Les personnages ne peuvent pas avoir tout ça. Ils n’ont pas assez de blé pour se permettre de faire encadrer les affiches. Il y en a pour 4000 dollars d’encadrement. Un acteur qui crève la dalle ne va pas faire encadrer ses affiches. Il se contente de punaises au mur”, expose le cinéaste.
Metropolitan
Une question de cohérence avant tout
Pour Tarantino, le décor doit raconter quelque chose des personnages. Or, dans ce cas précis, il estime que le travail de décoration répond davantage à une logique esthétique qu’à une logique narrative.
“Je n’imagine pas Dick Ritchie ou Floyd être des fans de Reflets dans un œil d’or. On les a collés là pour des raisons esthétiques. Ça m’a fait chier que les affiches ne reflètent pas les personnages”, déplore Quentin Tarantino.
Compte tenu de la situation financière précaire de Dick et Floyd, le reproche du réalisateur semble cohérent. Ces aspirants acteurs peinent à joindre les deux bouts et auraient difficilement eu les moyens d’investir dans des cadres coûteux pour exposer leurs affiches de films préférés.
Le perfectionnisme d’un auteur
Cette anecdote illustre parfaitement l’attention obsessionnelle que Quentin Tarantino porte à ses créations. Derrière ce qui pourrait sembler être un simple détail de décor se cache en réalité une réflexion approfondie sur la crédibilité des personnages et leur environnement.
Plus de trente ans après la sortie de True Romance, ce choix artistique continue de le frustrer, preuve que le cinéaste accorde autant d’importance aux petits détails qu’aux grandes scènes qui ont fait sa réputation.
True Romance est aujourd’hui disponible en VOD.
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