Gare à l'Hétérose, ce virus qui transforme les personnes queer en hétérosexuels ! Alors que Jim Queen (Alex Ramirès) règne en maître sur la vie gay parisienne, la star des salles de sport et des réseaux se voit menacée par cette étrange épidémie. Qui aurait pu penser que l'un de ses nombreux admirateurs, Lucien (Jérémy Gillet), un jeune homo chétif, pourrait être son seul espoir et celui de toute une communauté ?
Ce pitch déjanté est celui de Jim Queen, film d'animation coréalisé par Marco Nguyen et Nicolas Athane et coécrit par Simon Balteaux et Brice Chevillard. Depuis sa présentation au Festival de Cannes, en Séance de minuit, cette satire a séduit les critiques et premiers spectateurs grâce à son humour corrosif, pour ne pas dire politiquement incorrect.
Ce projet, porté par le studio d'animation français Bobbypills, se veut explosif et punk dans son ton tout en restant dans la bienveillance. Une règle importante pour les quatre créateurs de cette fable.
Autrocritique et bienveillance
"Nous avons été très libres dans l'écriture, explique le coscénariste Simon Balteaux. On ne se moque pas gratuitement des personnages, de ce qu'ils sont dans leur nature propre. On se moque avant tout de nous-mêmes. On fait une caricature des comportements en considérant la communauté gay queer comme un personnage à part entière dans le film."
Il poursuit : "On avait envie de porter un hommage. On parle des bons côtés mais quand tu aimes quelqu'un, tu lui dis ce qu'il ne va pas. C'est ce qu'on souhaitait faire ici, dans la grande tradition des roastings à la RuPaul's Drag Race [un art de la critique tourné à la dérision et popularisé dans l'émission télé américaine de Ru Paul, ndlr]."
The Jokers Films
Le projet Jim Queen d'abord né de l'imaginaire de Marco Nguyen et Simon Balteaux qui se sont inspirés de leur vécu dans la scène gay parisienne. Néanmoins, les cinéastes voulaient à tout prix rendre le film accessible à tous. "On ne voulait pas faire un film de niche qui est destiné qu'à une seule cible de spectateurs", explique le coscénariste Brice Chevillard.
Les codes très référencés de la communauté gay - les Bears, les Puppies... - ont ici été vulgarisés et s'entremêlent au monde la pop culture. La structure de Jim Queen s'inspire des règles de l'heroic fantasy et même des jeux vidéo. À l'image du périple de Lucien dont les différentes rencontres rappellent les niveaux et mondes d'un jeu.
"Un parcours du combattant"
À bien des égards, Jim Queen a tout d'une anomalie. Un film d'animation gay pour adultes à l'humour trash ? Il y a encore quelques années, le projet n'aurait jamais pu voir le jour. Au total, les cinéastes ont mis huit ans à le développer. "Personne n'en voulait, lance le coréalisateur Nicholas Athane. Aucune chaîne de télévision n'a voulu nous financer. Tout a été un vrai parcours du combattant."
The Jokers Films
Concernant la grande première au Festival de Cannes 2026, Marco Nguyen se dit profondément ému par la lumière offerte sur cette histoire : "C'est un miracle de se dire que dans le plus grand festival du monde, on nous donne l'opportunité d'être aussi visibles, après avoir été autant invisibilisés, avec un film où on nous a dit pendant des années et des années : "C'est génial, mais c'est un peu trop gay."
Gay, vous l'aurez compris, le film l'est à 100% et ne s'en excuse jamais. Et si ce projet d'animation marquait le début d'une nouvelle ère ? Jim Queen nous permet enfin de rêver à de nouvelles histoires.
Propos recueillis par Thomas Desroches, à Cannes, en mai 2026
Jim Queen est actuellement en salle