"Un film feel good et plein d’espoir pour d’autres" : Élodie Bouchez et Laetitia Masson nous révèlent les secrets de Ulysse
Olivier Portnoi
Olivier Portnoi
-Journaliste Cinéma
Elevé à la fois par Freddy Krueger, le T-800, Johnny Utah et les riffs l’ampli à onze d’Eddie Van Halen, Olivier a autant oeuvré pour la presse rock et punk rock que le cinéma de genre qui brûle les rétines.

Dans "Ulysse" de Laetitia Masson, Élodie Bouchez est une mère prête à tous les combats pour offrir une chance à son fils atteint d’un trouble génétique. Une odyssée touchante, sensible et feel good. Rencontre avec la réalisatrice et son actrice.

ARP 2026

Pour Ulysse, son nouveau film, la réalisatrice Laetitia Masson filme le combat d’une mère (Élodie Bouchez) qui se bat pour donner une chance à son fils lourdement handicapé d’un syndrome génétique. Comment offrir une place à un enfant né différent dans une société qui pour le ‘protéger ‘ cherche à l’enfermer dans des institutions ?

Laetitia Masson s’inspire directement de son parcours de mère pour réaliser non pas un film auto-biographique mais une ‘fiction vraie’ comme elle l’explique en interview.

Par ailleurs, son fils Alphonse, atteint d’un trouble génétique, incarne Ulysse adolescent face à une Élodie Bouchez toujours aussi lumineuse et bouleversante.

Nous avons rencontré Laetitia Masson et Élodie Bouchez lors du Festival de Cannes 2026.

Allociné : Élodie, vous avez été surprise que Laetitia vous propose cette histoire qui s’inspire de sa relation avec son fils ?

Élodie Bouchez : J’ai été surprise qu’elle accepte de faire un film qui la concerne si intimement. Je connais sa pudeur, sa délicatesse. Je sais que ce n’est pas quelque chose qui lui plait. J’ai été surprise oui, mais je me suis dit, si elle elle ose, il faut vraiment qu’en tant qu’actrice, je sois à la hauteur de cette décision.

Laetitia, à quel moment vous êtes vous dit, je veux raconter cette histoire au cinéma ? Qu’est-ce qui en a été le déclencheur ?

Laetitia Masson : Quand on décide faire un film, c’est plein de raisons qui s’agrègent. C’est pas juste une idée. J’étais en pleine réflexion sur mon parcours de cinéaste, qui a fini par être très art et essai et expérimental. Je voyais bien que le le monde changeait, que le rapport au cinéma changeait. Avec mes précédents films, j’étais peut-être arrivée au bout de quelque chose. Tout le monde me disait, il faut que tu aies un vrai sujet. Et j’avais un vrai sujet, celui que je ne voulais pas faire justement, parce que je pense que le cinéma, ce n’est pas les sujets mais la mise en scène. Quand on voit les grands films américains, Une bataille après l’autre par exemple, il n’y a pas un sujet précis, c’est plus abstrait. J’aime ce cinéma et je déteste les films Dossiers de l’écran. Mais j’avais ce sujet et j’en avais une intime connaissance de l’intérieur. Comme j’aime les films politiques et que je considère que tout geste doit être politique aujourd’hui si on veut que le monde ne tombe pas dans les extrêmes, il fallait que je m’y confronte. Ça a été comme un challenge cinématographique. J’ai eu l’idée de suivre un enfant de 0 à 18 ans. Il a été essentiel que je filme Ulysse dès la petite enfance pour que l’on comprenne que c’est avant tout un enfant et pas un handicapé. Qu’Élodie accepte ce rôle m’a complètement détaché de ma propre biographie. Il n’y a de biographique dans ce film que le rapport à l’enfant. Le reste est fictionnel.

C’est compliqué de jouer avec des enfants en situation d’handicap ?

Élodie Bouchez : C’est déjà compliqué à la base de jouer avec des enfants parce qu’ils sont libres. Mais la balance entre ce qui a été parfois compliqué et la magie qui a opéré, est vraiment en faveur de la magie. Malgré le peu de moyens que l’on avait, le regard de chacun d’entre nous était extrêmement bienveillant et on est resté ouvert aux propositions des enfants.

Laetitia Masson : La générosité d’Élodie et des acteurs mais aussi de l’équipe technique était une nouvelle preuve que j’avais raison, que l’on peut intégrer des personnes un peu différentes dans des systèmes extrêmement rigoureux. Le cinéma est un système extrêmement rigoureux et chronométré, mais on a pu intégrer ces enfants sans rajouter des jours de tournage. On s’est tous adaptés. Et quand je dis adapté, c’est que l’on avait tous une part d’humanité en plus. On était moins impatients, tout le monde avait adouci son propos, tout le monde a compris que la technique n’était pas le plus important et qu’on était là pour capter une forme de magie comme le dit si bien Élodie. C’était très touchant.

Laetitia, c’est votre fils Alphonse qui joue Ulysse adolescent ?

Laetitia Masson : Oui, c’est ça.

Il a tout de suite été enthousiaste quand vous lui avez proposé l’idée ?

Laetitia Masson : L’idée est venue de mes producteurs. Je n’y avais pas du tout pensé. Mais Alphonse est très enthousiaste à l’idée de toute expérience dans la vie. Si je lui dis, j’ai rencontré quelqu’un d’AlloCiné, comme il adore aller au cinéma, ça va l’intéresser. Il a sa carte UGC, tout l’intéresse. Mais ce qu’il l’a le plus intéressé dans le processus, c’était la régie… On peut avoir l’impression qu’il n’est pas très concentré parfois, mais ce qui lui a permis de jouer les scènes d’émotion, c’est son rapport avec Élodie. J’essayais de me mettre le plus en retrait possible. C’est Élodie qui l’entrainait dans ces moments. Il était très impressionné de voir Élodie dans la vraie vie d’autant plus qu’il disait qu’elle était très sympa avec lui. C’est ce dont il me parlait après. « Je voulais être à la hauteur du jeu d’Élodie. » Ce n’est pas quelqu’un qui formule de grandes phrases. Mais il a souvent la phrase juste qui résume parfaitement la chose.

Ulysse reste très optimiste et feel good malgré son sujet. L’histoire autour du film Chef de Jon Favreau qui fascine Ulysse et lui donne envie d’être cuisinier, est inspirée de la réalité ?

Laetitia Masson : Absolument. J’ai un copain qui est chef déco et qui sans connaître mes enfants m’a dit un jour « je viens de voir le film de Jon Favreau, le réalisateur d’Iron Man, et il a fait un super film très personnel sur la cuisine ». On a adoré. Mon autre fils aussi qui est très cinéphile a adoré. Je voulais qu’Ulysse finisse par aller en Amérique seul sur les traces de Chef, son film préféré.

Ce qui parait inconcevable au début du film.

Laetitia Masson : Absolument. On croit qu’il va rester enfermé dans un centre en banlieue parisienne à faire de la pâte à modeler et que sa vie se résumera à ça. Mais non. C’est tout le combat d’Élodie dans le film, offrir une chance à son fils malgré sa différence. Je le voulais en Amérique, à Las Vegas, dans la déco et l’ambiance de Chef, le film qu’il adore. Je n’ai qu’un rêve, que Jon Favreau voit Ulysse. J’ai vu Chef quatre ou cinq fois. J’étais aux anges quand on a tourné à Las Vegas. Le cinéma m’a sauvée. J’imagine que c'est aussi le cas pour Élodie. Le cinéma, c’est comme un médecin. Il y a des films remèdes. Je suis contente que pour mes enfants cela soit pareil. Et j’espère que mon film sera un film feel good et plein d’espoir pour d’autres. Qu'il le devienne pour chacun de nos enfants, qu’ils soient étranges ou pas, pour ceux d'entre nous qui se sentent un peu bizarre. J'aimerais qu’il leur offre quelque chose de lumineux, romanesque. Je voulais tout sauf faire un film glauque.

Vous collaborez régulièrement ensemble. Comment décririez-vous votre relation à toutes les deux ?

Laetitia Masson : Après notre première expérience très particulière pour le web de France TV, Élodie a continué de me suivre avec toute sa générosité. Elle est très différente de moi par sa nature et j’adore être inspirée par des gens qui ne me ressemblent pas. Elle est devenue une vraie source d’inspiration. Je ne m’en lasse pas. Et comme c’est une grande actrice, on explore plein de choses différentes. C’est très fort.

Élodie Bouchez : C’est très particulier ce que l’on fait toutes les deux. On a eu la chance avec Ulysse d’avoir été vus par Thierry Frémeaux qui nous a invitées à Cannes. On a cette manière un peu sauvage de faire du cinéma. C’est une grande relation de cinéma et une manière de faire des films malgré tout. Malgré les difficultés à parfois financer les projets et à les faire accepter.

Propos recueillis par Olivier Portnoi au festival de Cannes 2026.

Ulysse de Laetitia Masson au cinéma depuis le 17 juin 2026.

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